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©BORIS HORVAT / AFP

#Lundi14septembre

Causes justes, moyens illégitimes : le cas des tenues "provocantes" et "indécentes" des collégiennes et lycéennes

Des lycéennes ont lancé un appel ce lundi à s’habiller de manière "indécente" pour dénoncer le sexisme. Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté et ancienne ministre de l'Égalité femmes-hommes, a apporté son soutien au mouvement sur Twitter.

Michel Fize

Michel Fize

Michel Fize est un sociologue, ancien chercheur au CNRS, écrivain, ancien conseiller régional d'Ile de France, ardent défenseur de la cause animale.

Il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages dont La Démocratie familiale (Presses de la Renaissance, 1990), Le Livre noir de la jeunesse (Presses de la Renaissance, 2007), L'Individualisme démocratique (L'Oeuvre, 2010), Jeunesses à l'abandon (Mimésis, 2016), La Crise morale de la France et des Français (Mimésis, 2017). Son dernier livre : De l'abîme à l'espoir (Mimésis, 2021)

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Qu’une cause soit JUSTE, faut-il en déduire que tous les moyens pour la servir le sont pareillement ? Il s’agit là, bien entendu, d’une question philosophique : celle de « la fin et des moyens ». L’affaire du port de tenues vestimentaires qualifiées par les intéressées elles-mêmes, collégiennes et lycéennes, de « provocantes » et d’« indécentes », illustre à merveille la question développée jadis par Emmanuel Kant en particulier. Dans un réflexe quasi-unanime, politiques, Marlène Schiappa en tête, « intellos » et, plus surprenant peut-être, parents eux-mêmes, soutiennent ce mouvement, autoproclamé antisexiste, né le 14 septembre dernier sur les réseaux sociaux, mouvement qui a déjà reçu un million de signatures.

Mais réflexe (à caractère émotionnel de surcroît) n’est pas réflexion. Réfléchissons donc un instant et ouvrons un débat dans ce pays qui ne le pratique plus depuis longtemps puisqu’il n’y a plus en effet, en cette société, que des opinions censées avoir, toutes, la même légitimité, que de la « pensée » unique et de la stigmatisation pour celles et ceux d’entre nous qui s’en écartent, fut-ce d’une virgule (voir le débat sur la « cancel culture » traité dans ces mêmes colonnes).

Procédons par étapes. Le combat contre les discriminations sexistes est-il une juste cause ? Bien évidemment, et c’est, je crois, l’opinion de tous les démocrates et hommes et femmes de « bonne volonté ». Que des adolescentes puissent subir quolibets, insultes, se faire harceler pour le port de tenues féminines : une jupe, une robe, un bustier, une épaule dénudée, un décolleté prononcé, relève de l’ignominie et doit par conséquent être sévèrement condamné. Les conduites masculines agressives doivent être traquées sans relâche et sans complaisance aucune. La liberté vestimentaire est un droit et un choix dont les sociétés démocratiques peuvent s’honorer. 

Cependant, depuis une trentaine d’années, des dérives (terme de chefs d’établissement scolaire) sont apparues dans nos écoles, touchant tant les garçons que les filles : pour ceux-là port de pantalons « baggy », XXL, laissant percevoir caleçon, voir raie des fesses des intéressés, pour celles-ci, jupes volontairement très courtes (au ras des fesses), bustiers laissant percevoir la poitrine des intéressées. Les chefs d’établissement ont, cas par cas, réagi en produisant des règlements intérieurs prohibant des tenues jugées à leurs yeux « incorrectes » en milieu scolaire. Faut-il les en blâmer ? Une institution, qu’elle soit scolaire ou professionnelle, a ses règles qui condamnent généralement vêtements inappropriés (voir affaire des bermudas pour les hommes travaillant dans les bureaux) ou manifestement indécents (jupes trop courtes pour les femmes pour reprendre cet exemple).

Dans l’affaire qui nous occupe ici, il y a en réalité deux questions : une question générale, celle du combat antisexiste, et une question plus particulière qui taraude l’institution scolaire depuis de nombreuses années, celle de « la tenue scolairement correcte ». Je soupçonne fortement les collégiennes et lycées, soit disant « en lutte » contre le sexisme, de « manipulation », d’utiliser en réalité la cause antisexiste comme « prétexte » pour faire avancer en fait des droits individuels au sein de leurs écoles. Réclamer le droit de se vêtir « comme bon nous semble », pour reprendre leurs termes, au nom d’un individualisme souverain dont on sait qu’il veut pour chacun le libre choix de tout, en tout et partout, est tout simplement et proprement « antisocial ». Les tenues vestimentaires sont toujours adaptées à un milieu, une circonstance, une époque. Que le choix d’une tenue soit négocié entre toutes les parties prenantes est une chose, qu’elle soit totalement libre en est une autre. La dissociation s’impose.

Reposons donc ainsi la question initiale. Faut-il, pour une collégienne ou une lycéenne, s’habiller de manière « provocante » et « indécente » (elles croient donc à l’indécence !) pour lutter contre les discriminations sexistes ? N’est-ce pas comme si l’on disait qu’il faut absolument se teindre le corps en noir pour défendre le combat contre le racisme ? Nous ne croyons pas à cette nécessité, même ponctuelle.

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