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Le business de la drogue ne tue pas seulement des trafiquants...
Le business de la drogue ne tue pas seulement des trafiquants...
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Mafia

Drogue : il faut attaquer les trafiquants au portefeuille

L'ancien ministre socialiste de l'Intérieur, Daniel Vaillant, préconise une "légalisation contrôlée du cannabis" dans un rapport qu'il vient de publier cette semaine. Plusieurs voix s'accordent à dire que ce serait la solution pour lutter contre les trafiquants. Mais est-ce vraiment la bonne issue ?

Aurélien Véron

Aurélien Véron

Aurélien Véron est président du Parti Libéral Démocrate et auteur du livre Le grand contournement. Il plaide pour passer de l'Etat providence, qu'il juge ruineux et infantilisant, à une société de confiance bâtie sur l'autonomie des citoyens et la liberté. Un projet qui pourrait se concrétiser par un Etat moins dispendieux et recentré sur ses missions régaliennes ; une "flat tax", et l'ouverture des assurances sociales à la concurrence ; le recours systématique aux référendums ; une autonomie totale des écoles ; l'instauration d'un marché encadré du cannabis.

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La lutte contre la drogue engloutit chaque année des dizaines de milliards d’euros dans le monde. La France consacre officiellement 30 millions d’euros par an à ce combat. Mais avec 137 594 interpellations pour usage de stupéfiants chaque année, elle mobilise des forces de police, de gendarmerie, des magistrats et des places de prison qui montent la facture à des sommes bien plus conséquentes. Plus radicaux dans leur combat, les Etats-Unis y consacrent au moins 40 milliards de dollars. 

Les premières victimes de la guerre contre la drogue, ce sont les civils

Des balles perdues aux massacres en série, le business de la drogue ne tue pas seulement des trafiquants. Parmi les dizaines de milliers de personnes tuées à cause de la drogue au Mexique, on trouve aussi de nombreuses victimes civiles collatérales. Le combat effréné des Etats-Unis contre ce fléau depuis plusieurs décennies a profondément déstabilisé l'Amérique Latine. Plusieurs pays ont encore du mal à s'en remettre. Malgré l'accumulation de rapports dénonçant l'échec dramatique de cette approche dogmatique, aucun politique d'envergure n'ose s'attaquer à ce tabou aux Etats-Unis. Cette guerre est devenue un business au moins aussi prospère que celui de la drogue. 

L'argent consacré à la prétendue éradication de la drogue finance les armes et le salaire de dizaines de milliers de fonctionnaires qui vivent de ce choix répressif. Certes, une partie d'entre eux risque sa vie (et parfois la perd) pour cette mission, c'est son choix et il mérite le respect. Mais paradoxalement, cette lutte sans merci déstabilise des pays entiers, et encourage par conséquent les mafias en assurant leur prospérité. C'est la raison pour laquelle des personnalités aussi sérieuses que les ex présidents du Mexique et du Brésil plaident pour une stratégie diamétralement opposée, tant pour des raisons de sécurité que de santé publique.

Car aux victimes des gangs, il faut ajouter celles des produits frelatés, mal coupés. Les consommateurs ont affaire à des criminels mafieux qui échappent non seulement à tout contrôle qualitatif, mais aussi à tout recours judiciaire en cas de drame. Le concombre bio et le steak haché font aussi des victimes, au moins ont-elles (ou leur famille) les moyens de sanctionner les responsables et d'obtenir de lourdes réparation aux vertus dissuasives. L'inconvénient majeur de l'illégalité, c'est aussi l'irresponsabilité juridique de ses acteurs. Les victimes, encore une fois, ce sont les consommateurs. Même s'ils commettent un petit délit, l'Etat a-t-il raison de leur faire courir ce type de risque plutôt que de penser à leur sécurité et à leur santé ?

Lutter contre la drogue par une politique de l’offre

Ceux qui restent persuadés que seule la prohibition limite les ravages de la drogue n’ont qu’un seul argument à l'apparence sérieuse à opposer. Les mafias ont toujours existé et prospéré sur des secteurs d’activité interdits : aujourd’hui la drogue, demain le trafic de cigarettes ou de clandestins. Or, l’observation factuelle montre le contraire. La fin de la prohibition a non seulement entraîné une décrue de la consommation des produits précédemment interdits, mais aussi des petits délits qui gravitaient autour d’eux. C’est aussi bien le cas aux Pays-Bas qu’au Portugal ou en Australie comme l’exposent plusieurs études citées par la Global Commission on Drug Policy, institution internationale qui compte parmi ses membres Kofi Annan, Paul Volcker et George Papandréou. 

Le secteur mafieux est un secteur économiquement rationnel qui se développe et régresse au gré des marchés qui s'offrent à lui. Tout repose sur le rapport entre les risques et le rendement. Un risque élevé permet d’élever la marge, donc le rendement, surtout si la demande est forte. Le racket fiscal sur la cigarette illustre bien ce jeu pervers. A 5,90 euros, le fumeur d’un paquet quotidien consacre 175-180 euros par mois, dont 140-145 euros de taxes (4,80 euros par paquet, soit 81 % du prix). Quand vous êtes salarié au SMIC, payer 13 % de votre salaire en taxes sur la cigarette n’est tout simplement pas tolérable. La contrebande répond à une demande massive que rien ne pourra arrêter. Alignez ces taxes sur la seule TVA, et la contrebande disparaîtra aussi facilement qu'elle s'est installée. 

Le jour où une demande importante rencontre une offre raisonnable et légale, le marché n’offre aucune prise aux mafias. Et si seuls les secteurs les plus affreux restent interdits, tels la traite des femmes ou les réseaux de clandestins, la demande de niche ne leur assure plus un volume d’activité suffisant pour conserver une ampleur comparable à ce qu’elles couvrent actuellement. Ses membres sont alors contraints de se reconvertir dans des secteurs plus ouverts au meilleur rendement rapporté au risque, la politique par exemple. Serait-ce l'explication de l'opposition de la classe politique à une légalisation qui pourrait dévaster ce marché illicite ?

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