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Cancer de la prostate : une maladie classée secret d’Etat dans la classe politique.
©GABRIEL DUVAL / AFP

Bonnes feuilles

Cancer de la prostate : une maladie classée secret d’Etat dans la classe politique

Jean-Marc Sylvestre publie « Tout n’est pas foutu ! » aux éditions Albin Michel. Jean-Marc Sylvestre livre un témoignage plus que jamais vivant face au tabou intime. Le journaliste raconte sans fard et avec un humour ravageur ses années de galères d'homme. Jean-Marc Sylvestre nous donne une formidable leçon de vie. Plus qu'un témoignage sur le cancer de la prostate, son livre est un manuel de combat pour surmonter les affres du vieillissement et le déclin annoncé de sa sexualité. Extrait 2/2.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

Voir la bio »

De Donald Trump au général de Gaulle, en passant par François Mitterrand, on n’a jamais parlé du mal qui les a touchés. Depuis qu’on a découvert ce type de cancer, les prostates ont toujours été classées secret d’État.

L’humour, c’est le moyen que le Tigre de la IIIe République avait choisi pour assumer le mal qui a miné sa fin de vie. Il en a rarement parlé. Le sujet était encore plus tabou qu’aujourd’hui. Quand il s’est mis à en parler, il l’a fait sans retenu et son courage a été de traiter le mal par la plaisanterie. La réalité, c’est qu’il s’est mis à en parler quand sa carrière a été bel et bien terminée.

Winston Churchill, dont l’humour était encore plus corrosif, s’en était tiré, lui, avec des pirouettes du même ordre. Le vieux lion est mort à 90 ans des suites d’une attaque cérébrale, mais on sait peu de chose sur les causes des affreuses douleurs qui ont marqué la fin de sa vie. Ce qu’on sait, c’est que son petit-fils qui porte le même nom et le même prénom – et qui a fait de la politique au parti conservateur britannique –, est mort en 2010 des suites du cancer de la prostate. Il est mort en ayant eu le temps et la force de faire une campagne de sensibilisation aux risques de ce cancer, en mettant l’accent sur les facteurs génétiques qui devraient inciter les personnes à risques à se faire dépister très tôt. C’est le seul indice qui nous permettrait d’éclairer un peu la fin de vie de son célèbre grand-père. Le cancer de la prostate était dans la famille.

Jusqu’à la fin du XIXe siècle, on connaît peu de choses sur les personnages de l’histoire, qu’ils soient politiques ou non, et leur sensibilité au cancer de la prostate. On sait que les maladies sexuellement transmissibles, comme la syphilis, ont fait des ravages chez les souverains de l’Ancien régime. Mais il faut dire que jusqu’au XIXe siècle les conditions d’hygiène étaient déplorables. Versailles était sale et les nobles y mouraient beaucoup plus vite que s’ils étaient restés dans leur château de Province où l’eau était sans doute de meilleure qualité.

Si les hommes politiques ont été dans l’ensemble épargné par la vengeance de Dieu, c’est qu’ils mou[1]raient jeunes. L’espérance de vie a commencé à s’al[1]longer avec l’amélioration des conditions de vie, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Mais à partir du XXe siècle, et plus précisément après la Seconde Guerre mondiale, le cancer de la prostate est devenu un secret d’État. Pas question d’avouer le mal, pas question d’en parler. Hier comme aujourd’hui.

 

Le cas le plus troublant ces dernières années est celui de Donald Trump. Tous les confrères journalistes américains en conviennent, il y a un secret sur la chevelure de Donald Trump et ce secret en couvre peut-être un autre sur l’état de sa prostate. Lors de sa première campagne présidentielle en 2018, Donald Trump avait fait de ses cheveux une signature marketing, une marque de fabrique. À l’âge où beaucoup d’hommes perdent leurs cheveux et essaient de dissimuler leur calvitie disgracieuse, le futur Président des États-Unis avait fait de ses cheveux un marqueur de vitalité et même de « mâle triomphant ».

Du coup, pendant de nombreux mois, la presse et les agents de renseignements du monde entier ont spéculé sur la recette qui permettait ce résultat aussi spectaculaire que miraculeux. C’est le médecin particulier du Président qui a vendu « la mèche », si on peut dire, en révélant le secret de cette abondance d’un jaune poussin dont l’entourage est si fier.

Selon la presse américaine qui rapportait la confidence de ce médecin, le Président serait traité avec un médicament nommé finastéride, très connu des dermatologues pour lutter contre la calvitie. Ce qui a permis au médecin de dire que le Président avait tous ses cheveux, lui !

En réglant ce débat, le médecin particulier du président en a toutefois ouvert un autre. Et la presse américaine en a fait ses manchettes. Quant aux réseaux sociaux, ils débordent encore de sarcasmes. Ce médicament, la finastéride, est certes utilisé contre la perte de cheveux, mais ça n’a jamais été sa finalité première. Ce médicament a été développé au départ, et testé avec succès, pour lutter contre le cancer de la prostate. Il a pour effet de faire tomber le taux de PSA (l’antigène prostatique spécifique) et, de fait, on sait par les bulletins de santé que le taux de PSA du président est extrêmement bas.

Pour les partisans de Trump, c’est la preuve qu’il n’a pas de cancer. Pour d’autres plus sceptiques, c’est peut-être la conséquence du traitement d’un cancer par la finastéride, qui entraîne du même coup la pousse des cheveux. Débat cornélien. Débat sans fin scientifique où les intérêts politiques ne sont pas absents.

La finastéride est commercialisée en France sous le nom de Propecia. C’est un médicament autorisé en France contre la calvitie masculine pour les hommes âgés de 18 à 45 ans. Ceci dit, l’Agence du médicament, qui en a autorisé la vente en 1999, a précisé que le médicament pouvait être utilisé dans le traite[1]ment du cancer, mais a prévenu qu’il avait des effets sur la libido et l’érection. Et quand les scientifiques disent qu’il a des effets, ils parlent d’effets négatifs.

C’est-à-dire qu’on retrouve dans les effets secondaires du médicament les dégâts collatéraux à une ablation ou un traitement de la prostate.

 

Le président François Mitterrand avait été d’une habileté redoutable en taisant complètement la réalité de ce dont il souffrait. Il faut dire que dans les années 1980, les réseaux sociaux n’avaient pas le pouvoir qu’ils ont aujourd’hui.

Quand le général de Gaulle a été opéré de la prostate, le silence a été aussi total. On était en 1965. Il a fallu attendre 1988, l’année où François Mitterrand se présente pour un deuxième mandat alors qu’on commence à dire en coulisses qu’il souffre du cancer. À ce moment-là, Gilbert Mitterrand, le fils du président déclare sur TF1, par adresse ou par habileté politique, que le général de Gaulle avait été opéré d’un cancer de la prostate le 17 avril 1964, ce qui ne l’a pas empêché d’être candidat à la présidence de la République et d’être réélu. Là encore, l’intention politique est claire : « Si de Gaulle l’a fait, mon père peut le faire. »

Officiellement, le mutisme est total parmi les proches de Mitterrand.

Cependant, le fils du général de Gaulle, l’amiral Philippe de Gaulle, sénateur RPR, réplique au fils de Mitterrand en niant ses propos. Il se veut catégorique, « mon père, le général de Gaulle n’a eu à suivre aucune espèce de cancer, sinon il se serait retiré avant l’élection présidentielle pour écrire ses Mémoires. »

Et il ajoute que, le 17 avril 1964, le général de Gaulle avait été opéré à l’hôpital Cochin d’une prostate qui l’avait gêné durant un assez long voyage aux Antilles et en Amérique centrale du 15 au 24 mars précédent.

En fait, l’information avait été donnée à l’époque par l’agence France-Presse (AFP), mais reléguée aux Archives nationales qui a fait sortir le document bien après la mort du général. Le texte est clair : « Le général de Gaulle a subi vendredi matin à l’hôpital Cochin une intervention chirurgicale. Il s’agit de l’opération de la prostate. Elle a été pratiquée par les professeurs Pierre Aboulker et Roger Couvelaire, de la faculté de médecine de Paris, tous deux spécialistes des voies urinaires. Selon des informations puisées à bonne source, l’opération, qui ne présentait pas un caractère d’urgence, se serait déroulée de façon entièrement normale et l’état du malade serait, selon l’agence France-Presse, très satisfaisant. » L’AFP ne prend aucun risque, elle cite le communiqué qui banalise l’affaire avec une prudence redoutable.

L’amiral de Gaulle corrige la date donnée par Gilbert Mitterrand (ce qui n’est pas neutre), mais ne précise pas si, au cours de l’opération, on a trouvé des cellules cancéreuses ou pas. Ça pouvait n’être qu’un simple adénome. Quinze jours après avoir été opéré de la prostate, le général de Gaulle écrit à son beau-frère, Jacques Vendroux, avec qui il entretient de longue date une relation de confiance très forte :

« Mon cher Jacques, avec retard dont je m’excuse, je vous adresse mes meilleurs souhaits de fête. En même temps, je tiens à vous dire combien j’ai été sensible à votre fraternelle pensée et à celle de Cadu. L’épreuve est maintenant surmontée. Reste à trouver une période de convalescence (…) Toutes mes meilleures affections. Votre frère, Charles de Gaulle. »

Cette lettre est datée du 3 mai 1964. Il a été opéré, l’amiral confirmera l’information de l’AFP, le 17 avril 1964, par le professeur Aboulker, le grand ponte de l’urologie à Cochin à cette époque.

A priori, on n’en sait pas davantage sur le mal dont souffrait de Gaulle. La vérité se cache dans le secret des archives de Cochin. Un seul élément sur de Gaulle, qui aurait été dit à un de ses compagnons d’armes qui l’interrogeait sur la rumeur concernant la prostate :

« Vous savez, j’ai encore l’âge, la force et l’envie de faire de la politique au service de la France, mais je n’ai plus l’âge, ni l’envie de trouver dans ma prostate une quelconque utilité. » C’est une forme d’aveu. En fait de Gaulle en revient à Georges Clemenceau.

 

On trouvera peut-être aussi dans les mêmes archives la vérité sur la prostate de François Hollande. En février 2011, un mois avant de se déclarer candidat à la primaire socialiste en vue de la présidentielle, François Hollande se fait opérer de la prostate. Il n’en a pas dit un mot pendant la campagne. Cette information sera dévoilée par France Info le mercredi 4 décembre, elle est confirmée quelques minutes plus tard par l’Élysée, qui en minimise la gravité : « François Hollande a bien été hospitalisé pendant quelques jours, en février 2011, au service d’urologie du CHU Cochin, à Paris, pour une hypertrophie bénigne de la prostate. À la suite de cette intervention, aucun suivi médical n’a été jugé nécessaire. » Point barre !

Si le communiqué dit vrai, l’opération est banale et bénigne. Alors pourquoi ne pas en avoir parlé ? Selon les spécialistes de la politique, il risquait de polluer sa campagne et de la perdre.

Depuis Georges Pompidou, qui n’avait que des maux de tête, à François Mitterrand chez qui on n’a jamais déclaré le moindre dysfonctionnement, alors que, et on le sait maintenant, le corps médical a considéré sa survie comme un miracle, les médecins personnels et les entourages ont toujours protégé les gens de pouvoir.

A lire aussi : Cancer de la prostate : le coupable serait-il dans nos assiettes ?

Extrait du livre de Jean-Marc Sylvestre, « Tout n’est pas foutu !, le cancer a sauvé ma libido », publié aux éditions Albin Michel.

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