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Camps d’internement, défi à Hollande, 42 heures de travail hebdo… : cette stratégie qui commence à se dégager de la petite musique émise par Laurent Wauquiez
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Phrases chocs

Camps d’internement, défi à Hollande, 42 heures de travail hebdo… : cette stratégie qui commence à se dégager de la petite musique émise par Laurent Wauquiez

Large vainqueur des dernières régionales avec un discours nettement marqué à droite, Laurent Wauquiez est l'un des hommes de LR qui montent. Nommé n°2 du parti en remplacement de NKM, le nouveau Président de la région Rhône Alpes détonne par des phrases et des positions chocs. A l'image de Nicolas Sarkozy il y a quelques années, il met les pieds dans le plat. Mais son bilan régionale sera scruté de près.

Matthieu  Goar

Matthieu Goar

Matthieu Goar est journaliste politique au quotidien Le Monde.

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Atlantico : Depuis plusieurs années Laurent Wauquiez a durci son discours. Celui-ci est davantage proche de la droite dure et dénote une ambition certaine. Pourtant, le Président de la région Rhône Alpes a annoncé qu'il se retirerait au profit de Nicolas Sarkozy si celui-ci est le candidat de la droite en 2017. Quelle est la stratégie de Laurent Wauquiez et quel but sert-elle ?

Matthieu Goar : La droite a déjà les yeux rivés sur la primaire de la fin de l'année qui doit permettre de dégager un candidat pour 2017. Dans ce contexte de forte polarisation du débat, Laurent Wauquiez se positionne comme le lieutenant de Nicolas Sarkozy si ce dernier est élu pour représenter LR en 2017. Depuis le retour de l'ex-chef de l'Etat, en 2014, Wauquiez, pourtant ancien Filloniste, a fait campagne pour Sarkozy lors de son élection à la présidence de l'UMP. Une fois élu, Nicolas Sarkozy a construit une direction équilibrée entre le pôle plus centriste et la frange plus à droite. Nathalie Kosciusko-Morizet, la numéro 2, et Laurent Wauquiez, le numéro 3, ont ainsi symbolisé deux grandes lignes de la droite LR. Wauquiez, tout particulièrement, avait un rôle stratégique. Il s'occupait de toute la logistique du parti et de ses fédérations. 

Par la suite, Laurent Wauquiez a finalement pris du galon en devenant le numéro 2 du parti lorsque NKM a été évincée à la fin de l'année. Cette évolution démontre que Sarkozy est en train de consruire une direction sur une ligne beaucoup plus dure. Compte tenu de sa promotion, Laurent Wauquiez fera la campagne de Nicolas Sarkozy. Il faut comprendre que le Président de région peut être un recours pour cette droite très à droite si Nicolas Sarkozy est empêché d'aller à l'élection présidentielle.

Pourrait-il aller jusqu'à sortir du parti pour présenter sa propre candidature pour 2017 si lui-même et Nicolas Sarkozy se trouvaient hors-jeu au lendemain de la primaire ?

C'est impossible à deviner. Il s'agit là de politique fiction. Laurent Wauquiez pourrait tout aussi bien rejoindre une autre écurie. Etant donné son positionnement, il aurait difficilement une place prépondérante au sein du parti si Juppé remportait la primaire. Ils n'ont pas du tout les mêmes idées. Leurs personnalités sont par ailleurs très éloignées l'une de l'autre.

Je suis persuadé que Laurent Wauquiez a raté le coche en ne se présentant pas face à Sarkozy en 2014 pour la présidence de l'UMP. Il ne l'a pas fait à la différence de Bruno Lemaire qui a finalement pris de l'avance sur François Baroin, NKM, et donc Laurent Wauquiez. Ce dernier est donc dans une toute autre logique. Il se projette davantage en pensant notamment à 2022. Le n°2 du parti est trop malin pour se présenter dès 2017 face au candidat sorti vainqueur de la primaire. Il ne veut pas apparaître comme celui qui, potentiellement, peut faire perdre la droite. Faire perdre son camp lors de la prochaine présidentielle pourrait lui nuire plus tard, notamment en 2022. Et il le sait très bien. 

Lorsque Laurent Wauquiez affirme que l'assistanat est un "cancer", il montre bien une volonté de parler fort et dur. Est-il dans l'héritage de Nicolas Sarkozy à ce niveau ? Quelles sont ses influences ?

En 2011, Laurent Wauquiez a opéré un virage radical, certains diront par opportunisme, lui par conviction. Héritier de Jacques Barrot, démocrate-chrétien et europhile, il a profondément évolué il y a 4 ans. Son livre "La lutte des classes moyennes" l'atteste. C'est à cette époque qu'il assimile l'assistanat à un cancer. Il a alors adopté par ailleurs une position eurosceptique assez prononcée. 

Les conseillers qui l'entourent ont aussi un grand rôle dans ce changement. Il a notamment rencontré Patrick Buisson l'année dernière encore. Donc ce tournant s'explique à la fois par l'influence de l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy mais aussi en partie par son propre opportunisme. Il a senti qu'une partie de la droite évoluait sur ces questions par rapport à l'Europe, notamment sur Schengen. Et puis il a suivi l'évolution de Nicolas Sarkozy entre 2008 et 2012 marquée par le Discours de Grenoble.

Au moment où le Président Sarkozy commence à voyager de nouveau en France au cours de son quinquennat, Patrick Buisson lui souffle l'idée de visiter des lieux symboliques d'une France glorieuse et chrétienne. Il y a eu le Mont Saint Michel mais aussi les églises du Puy-en-Velay, chez Laurent Wauquiez. C'est à cette époque que s'est confirmé ce rapprochement idéologique entre Sarkozy, Buisson et donc l'actuel Président de la région Rhône Alpes.  

Le problème n'est-il pas qu'à force de chercher la petite phrase, Laurent Wauquiez et les défenseurs d'une droite dure, notamment sur des questions cruciales comme la baisse du chômage ou la hausse du pouvoir d'achat ?

Wauquiez est un quadragénaire qui a été biberonné aux médias. Il joue la carte de la surenchère pour se rendre visible et être entendu. Quand le débat se focalise sur les 35h, il sort la carte des 42 voire 45h. Il sait qu'à travers cette démarche, il est sûr d'être repris dans la presse. Mais il y a des idées dans le discours de Wauquiez. Il suffit de reprendre sa campagne régionale pour s'en convaincre. Laurent Wauquiez propose notamment une préférence régionale aux entreprises de la région. Ce n'est ni plus ni moins que la préférence nationale prônée par le FN. Il s'agit d'offrir aux entreprises de la région Rhône Alpes, un accès privilégié au marché public. Il met en forme son idée en surfant sur le vocabulaire du Front national. En flattant le régionalisme, il a mené au début une campagne anti parisienne et plutôt axée sur l'économie.

Mais quand survient le 13 novembre, il s'est précipité à Paris et a proposé l'enfermement des 4 000 fiches S ainsi qu'un bouclier de sécurité pour la région doté d'un budget de 45 millions d'euros notamment pour protéger les lycées. Il sent le virage du 13 novembre et il présente très vite des mesures pour répondre à la situation de crise.

Certes dans les médias, il en rajoute toujours un peu pour être citer et repris. Mais il est aussi à ce moment-là dans une campagne où il applique à l'économie et à la sécurité des idées concrètes et très à droites, certes parfois populistes. Il a par ailleurs eu l'intelligence politique de s'allier avec l'UDI (basé sur un accord national avec LR) et le MoDem. Il a par conséquent été élu assez largement et cela a été la preuve, selon Nicolas Sarkozy, que la campagne devait se dérouler sur des lignes assez dures. Dans son livre paru cette semaine, l'ancien chef de l'Etat met d'ailleurs en avant le fait que les candidats marqués plus à droite sont ceux qui ont obtenus les meilleurs résultats LR lors de dernières régionales. Et sans le citer, il pense bien entendu à Laurent Wauquiez. Mais il a aussi très certainement en tête la future campagne de 2017.  

Mais les phrases chocs telles qu'elles sont utilisées dans les médias par Laurent Wauquiez ne risque-t-il pas de l'éloigner d'une nécessité de résultats sur le fond, notamment dans le domaine économique ?

Il faut bien comprendre que lorsqu'il apparaît sur les plateaux de télévision, comme c'est le cas cette semaine, c'est en tant qu'opposant à François Hollande. Donc effectivement il reproduit le théâtre politique. Mais encore une fois, il sent très bien les médias et c'est une qualité dans la sphère politique. C'est pour cette raison qu'il est détesté par certains de ces collègues qui critiquent ce qui leur semble être une certaine forme d'opportunisme. Son changement de ligne politique en 2011 a en ce sens horripilé une partie de sa famille. En même temps, force est de constater qu'il est à la tête d'une des plus grandes régions de France et qu'il sera jugé en définitive sur ses actes.

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