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Cachez-moi ces vols en jet privé que je ne saurais voir : quand les Torquemada du fact-checking utilisent le Gorafi pour protéger Jean-Luc Mélenchon
©Capture d'écran

Hypocrites !

Cachez-moi ces vols en jet privé que je ne saurais voir : quand les Torquemada du fact-checking utilisent le Gorafi pour protéger Jean-Luc Mélenchon

« Errare Atlanticum est ». Dans un article sur un déplacement de Mélenchon en jet privé paru hier dans ces colonnes une phrase malencontreuse pouvait laisser penser que le Gorafi, site parodique bien connu, était une source comme une autre. C’est une maladresse qui prête plus à sourire ou hausser les épaules qu’à s’indigner.

Google et Yahoo, internet

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président d'Aimer Paris et candidat à l'élection municipale de 2020. Il est l'auteur de La marche des lemmings ou la 2e mort de Charlie, et de Nous-Fossoyeurs : le vrai bilan d'un fatal quinquennat, chez Plon.

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On connaît la suite de la locution latine : "Sed persevare diabolicum". Ouf ! Justement Atlantico a recadré immédiatement le propos et rendu au canular ce qui appartient au canular, pardon pour César.

>>> Lire l'article : Après la péniche, le jet insoumis de Mélenchon : petit voyage entre amis (du luxe) <<<

Mais cela n’a pas suffi. Dans un emballement médiatique étonnant, sans doute dû au climat électrique de cette fin de campagne, Le Monde, 20 minutes, Libération et d’autres se sont rués sur l’ "affaire" pour se gausser et tenter de discréditer le site.

Au passage, pif, paf, pouf ! Un miracle médiatique s’est produit. On ne parle quasiment plus du fond de l’affaire à savoir que notre tribun chavezien national a laissé son goût pour l’insoumission en consigne dans les aéroports pour happy few. Voilà Mélenchon sauvé d’un questionnement gênant sur ce hiatus entre son comportement et son discours. Déjà qu’il avouait ne voyager qu’en classe affaires car il a des problèmes de dos … n’imaginons pas le Monde lui demander un certificat médical.

Seul Libération a fait l’effort minimum de demander à son équipe si l’information de base, la seule qui compte, était vraie. Son goût pour l’investigation a toutefois calé quand il lui fut répondu que le candidat n’avait pas de temps à perdre avec cette histoire. Circulez en jet privé, il n’y a rien à voir ! 

Cette équipée aérienne fait penser à l’escapade en avion officiel de Valls avec son fils pour soutenir le Barça en Allemagne ou aux contorsions de Hollande pour faire croire, en début de mandat, qu’il n’utiliserait que le train pour ses déplacements. Soyons honnêtes : François Fillon a été lui aussi critiqué pour son usage intensif de l’aviation pour aller de Paris en Vendée quand il était Premier ministre.

Mais LA grande différence est qu’à chaque fois qu’une affaire éclate et qu’elle est gênante pour le camp du bien, extrémistes compris, elle finit vite en clapotis à défaut d’être reprise en boucle comme peuvent l’être les scandales réels ou supposés qui touchent la droite.

Faisons par exemple un bref récapitulatif de ce qui pourrait salement gêner Macron et qui, systématiquement, a fait long feu : son ruineux déplacement publicitaire à Las Vegas et ses frais de bouche de pré-campagne à Bercy, l’incroyable évaporation de ses économies qui ne lui laisse quasiment plus de patrimoine déclaré, le financement de sa campagne dont les sommes avouées ne correspondent en rien aux dépenses évidentes, sa faute de goût avec son nom sur la tombe de Roger Hanin en Algérie, ses propos insultants sur la colonisation française tenus en terre étrangère, sa confusion entre deux candidats lors du débat à onze, son soutien hors antenne à un individu tenant des discours teintés de salafisme, etc. A chaque fois cela fait pschitt, selon la formule chiraquienne. Le moindre début de justification, même tiré par les cheveux et hop ! La polémique est close.

Et ne parlons pas, sur un sujet qui touche une autre figure "progressiste" des dix années passées par Anne Hidalgo à l’Inspection du travail sans qu’on trouve trace de son activité, mystère sur lequel nous avons fait plusieurs articles sans que jamais un autre titre ou site daigne s’y intéresser.

Et pourquoi ? 

D’abord parce que les organes de presse sont bien plus nombreux à être de gauche que de droite, ce qui permet un effet de roulement et de passage de témoin pour, en permanence, entretenir les diatribes. 

Ensuite et surtout parce que, structurellement et culturellement, la grande majorité des journalistes n’a pas envie de gêner ceux dont elle pense qu’ils sont des gens "bien", du bon côté du combat politique. S’ils sont troubles qu’importe puisqu’ils agissent pour une juste cause.

Il s’agit d’un choix sous-jacent, tantôt conscient tantôt inconscient. Des aventures comme celle d’Atlantico restent isolées. Mais c’est encore trop pour la coalition médiatique dominante. D’où la recherche et la montée en épingle du moindre faux-pas, de la plus petite imprécision.

Tant que la droite, toutes sensibilités confondues, n’aura pas fait l’effort de créer une école de presse et de développer des médias s’attachant à un traitement plus équilibré de l’actualité le problème perdurera. 

C’est un des enseignements et non des moindres de cette incroyable campagne.

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