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Le Front National vient d'adresser une circulaire à ses candidats pour qu'ils mettent en évidence sur leur affiches électorales "une photo de leur village ou de leur ville avec une église".
Le Front National vient d'adresser une circulaire à ses candidats pour qu'ils mettent en évidence sur leur affiches électorales  "une photo de leur village ou de leur ville avec une église".
©Reuters

Ding, dang, dong

Cachez ces églises que je ne saurais voir : après les "Français de souche", la police de la morale a encore frappé

Les querelles de clochers sont ce que nous avons de mieux. Pacifiques, douces et sympathiques.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Le Front National, dont il est entendu qu'il ne recule devant aucune bassesse ou ignominie, vient d'adresser une circulaire (nauséabonde, bien sûr) à tous ses candidats. Il leur est demandé de mettre en évidence, dans leurs affiches ou professions de foi "une photo de leur village ou de leur ville avec une église" ! Face à une telle initiative, tout esprit éclairé et épris de progrès ne peut que bondir d'indignation…

Le but de cette sournoise manœuvre est de salir. Salir la mémoire vénérée de François Mitterrand qui, en 1988, posa dans une célèbre affiche ("la force tranquille") devant un petit village avec son église, ce qui lui assura sa réélection. Salir surtout, et c'est bien plus frais, l'image d'Alain Finkielkraut qui a confié au Journal du Dimanche qu'il était "tombé en pamoison" devant un petit village du Périgord, Saint Amand de Coly, "avec son église merveilleuse". Ainsi, le philosophe, déjà suspecté d'accointances avec Marine Le Pen au prétexte qu'il aime la France et la langue française, a reçu le coup de grâce.

Trêve de plaisanteries. Nul ne peut contester que les églises font partie du paysage français. Et donc de sa mémoire. La nature façonne les terres sur lesquelles nous vivons. Et l'homme laisse sa marque avec des constructions de toutes sortes, édifices religieux, châteaux, manoirs, maisons typiques. C'est ainsi qu'en retour le paysage le façonne lui-même.

Vivre dans les collines toscanes au milieu des cyprès et d'admirables villas romaines n'est pas tout à fait la même chose qu'habiter la taïga sibérienne avec ses bouleaux, ses mélèzes et ses fleuves glacés. Habiter les contreforts de l'Himalaya et contempler les plus hauts sommets du monde différencie à coup sûr ceux qui y vivent des nomades qui guettent au loin l'oasis miraculeuse du désert saharien. Et on porte un autre regard sur soi-même quand on a grandi dans les vignes qui bordent la Moselle que quand on chemine dans l'infini des blés d'or d'Ukraine.

Il est donc bien naturel que le sensible Alain Finkielkraut ait été touché par la grâce de la petite église de Saint Amand du Coly. Mais il serait dommage qu'il s'arrête là. Loin du Périgord, dans l'Ain, il y a, au Mas du Rillier, un campanile dont les sonorités dépassent en grâce celles des cloches de Notre-Dame. Et surtout, s'élève là-bas une monumentale statue de la Vierge Marie, la plus haute d'Europe. Elle n'est pas très belle, et c'est peu dire. Une masse coulée dans le béton.

Elle est belle autrement. Par l'amour qui l'illumine. Elle fût érigée en 1941 (mais commencée en 1938 sous le Front Populaire), grâce aux efforts d'un prêtre qui était persuadé de devoir sa guérison miraculeuse à la Vierge Marie. Chaque année, en juillet, au pied du monument, on y concélèbre une messe avec des milliers de participants. Le curé de la paroisse est un homme fin, intelligent, cultivé et ouvert (il y avait à côté de lui deux prêtres africains du Bénin, et un Arabe, un grec orthodoxe du Liban). Lors de sa dernière homélie, il a dit, après avoir convenu de la laideur de la statue, qu'elle était "notre Taj Mahal à nous" ! Inspirée par la même passion de la Vierge Marie que celle qui animait l'empereur moghol quand il construisit ce célèbre palais en mémoire de sa bien-aimée.

Le maire de la commune (Miribel) ne rate aucune de ces messes. Il est sénateur. Sénateur PS. Un socialiste bon teint. A l'ancienne. Un chic type. Rien ne le sépare de ses administrés (j'allais dire de ses paroissiens…). Et il n'a pas eu un seul mot de travers quand certains d'entre eux sont partis, en train ou en car, rejoindre la Manif pour tous à Paris. Pour conclure, il faut revenir au Front National. Relevons que la fameuse circulaire sur les clochers a été rédigée par le responsable national de ce parti à la communication numérique. Son nom : David Rachline. Comme on dit souvent, ces  gens-là sont partout…

A lire du même auteur : Le gauchisme, maladie sénile du communisme, Benoît Rayski, (Atlantico éditions), 2013. Vous pouvez acheter ce livre sur Atlantico Editions.

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