C. de Courson : "Des heures et des heures de discussion sur le budget pour pas grand-chose, parfois on se demande à quoi servent les députés" | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
Charles de Courson s'est confié à Atlantico sur ses attentes à l"Assemblée nationale
Charles de Courson s'est confié à Atlantico sur ses attentes à l"Assemblée nationale
©REUTERS/Philippe Wojazer

Rituel de l'année

C. de Courson : "Des heures et des heures de discussion sur le budget pour pas grand-chose, parfois on se demande à quoi servent les députés"

Le budget 2015 sera discuté dès lundi. Le député UDI Charles de Courson revient sur ses attentes face à des débats en partie déjà réglés, alors même que les enjeux pour cette année sont cruciaux dans un contexte où rien ne semble arrêter les déficits.

Charles de Courson

Charles de Courson

Charles de Courson est député UDI de la 5e circonsription de la Marne, maire de Vanault-les-Dames et vice-président du Conseil général de la Marne.

Voir la bio »

Alantico : Les tendances du budget qui va être discuté à partir de lundi sont déjà connues, Manuel Valls ayant déjà donné les grandes lignes directrices. Qu'en attendez-vous malgré tout ?

Charles de Courson : Je dirai que c’est un peu le budget "vérité". Les finances publiques dérapent de partout, que ce soit l’Etat ou la Sécurité sociale. Le gouvernement ne pourra plus dissimuler la situation budgétaire. Côté dépenses, nous attendons avec impatience de voir où sont les 21 milliards d’économies, car on ne le sait toujours pas. Quelle sera la réalité de ces économies ? Sur les recettes, nous avons à peu près l’ensemble des arbitrages du gouvernement. La grande mesure est celle de l’impôt sur les revenus, ainsi qu’une nouvelle augmentation du tarif de l’essence et du gasoil. Pour la mesure sur l’impôt sur le revenu, il est assez paradoxal de voir un gouvernement qui après l’avoir massivement augmenté se rend compte du ras-le-bol fiscal, supprime une tranche, ce qui accoisera la concentration de cet impôt sur les couches moyenne de la population. Cela promet donc d’être en tout cas un moment intéressant, un moment de vérité.  

Quelle va être l'ambiance générale des discussions alors que le gouvernement reste très contesté ?

Les choses se tendent, même au sein de la majorité. Une partie de celle-ci se rend très bien compte des effets de la stratégie de la première moitié du quinquennat, et de l’extrême difficulté d’une politique qui est l’inverse de ce qui a été défendu par François Hollande lorsqu’il était candidat. Et cela va se traduire par des désastres électoraux, qui ont déjà commencé d’ailleurs. L’aile gauche du PS conteste, et souhaite une stratégie de relance. C’est assez puéril d’ailleurs, car cela ne sert à rien de faire une relance à crédit au bénéfice des entreprises étrangères, plus compétitives...

Comment l'opposition va-t-elle pousser pour faire entendre sa voix 

Il y a deux composantes dans l’opposition, l’UMP et l’UDI. Du côté de l’UDI à laquelle j’appartiens, nous avons toujours dit au gouvernement que nous étions des opposants constructifs. Nous avons toujours proposé une alternative aux  budgets du gouvernement, et nous continuerions à apporter des idées différentes. Par exemple sur l’impôt sur le revenu, le gouvernement a fait tellement d’excès qu’il ne peut plus l’augmenter sur les plus hauts revenus (la limite constitutionnelle étant atteinte), et ils se sont rendu compte qu’ils ont fait basculer plusieurs millions de nos concitoyens, de manière assez brutale, dans l’assiette de cet impôt. Ils sont maintenant en train de reculer… Mais la vrai question c’est de savoir si on est une grande démocratie quand il y a moins de la moitié de la population qui paie l’impôt sur le revenu ? Est-ce vraiment démocratique ? La stratégie de repli qu’ils essaient de mettre en œuvre les met en extrême difficulté.  

Vous êtes député depuis 1993, quels enseignements tirez-vous de votre expérience à l'Assemblée nationale sur la question des discussions budgétaires ?

Le grand problème de la discussion budgétaire qui commence début octobre et dure jusqu’à la veille de Noël, c’est que l’on parle des heures et des heures pour ne pas déplacer grand-chose. En recettes, le budget de l’Etat c’est 300 milliards et la Sécurité sociale un peu plus de 400 ; depuis plus de vingt ans, on doit déplacer l’équivalent de plus ou moins 400-500 millions. Côté dépense, le déplacement est même extrêmement réduit. Parfois on se demande à quoi l’on sert… Passer un moment à s’exprimer sur la question à l’Assemblée nationale est sûrement sympathique, mais pour ceux qui aiment l’efficacité et pensent qu’être parlementaire est un rôle utile, c’est un peu désespérant. J’ai vécu des cas où les gouvernements ont essayé d’associer certains membres de la majorité pour préparer en amont. C’est là où on a probablement été le plus utile. Je pense à des dossiers comme la réforme de la taxe professionnelle, l’arrêt du bouclier fiscal, la réduction des effets néfastes de l’ISF… Mais en général les discussions prennent un temps très long, et ceux qui au parlement ont réellement un peu d’influence ne sont pas légion. On se demanderait presque si les absentéistes n’ont pas raison – ce que je ne pense pas évidemment !

Vous êtes député UDI. Quelle place peut prendre votre parti dans la recomposition de l'opposition, dans un contexte encore incertain de leadership 

Pour ne parler que de l’UDI, la première de nos priorités, c’est la campagne électorale – en train de se terminer – pour l’élection à la présidence du parti, notre direction étant provisoire depuis le départ de Jean-Louis Borloo. La campagne se passe bien, nous avons quatre candidats, sans doute un ballotage… l’UDI est donc un parti où l’on peut s’exprimer, sans s’insulter, et sans piratage de listes électorales. La deuxième priorité, dès que la direction de notre parti sera en ordre de marche, sera de formuler nos propositions pour résoudre les trois ou quatre grands problèmes que la France connaît. Nous voulons éviter les programmes « catalogue » qui ne sont que l’accumulation de promesses dont la plupart ne seront pas tenu. Nous concentrerons donc nos priorités sur la compétitivité des entreprises, la construction européenne, ou la réforme du système d’éducation. Arrêtons cette vie politique faite de petites phrases et de querelles de personnes qui donnent une image détestable. Montrons que nous voulons apporter au débat des solutions sans se critiquer constamment en oubliant d’écouter les Français.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !