Bruno Martinaud - École Polytechnique : "La France a pendant longtemps fabriqué des élites dont l’objectif était d’intégrer les grandes administrations" | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Bruno Martinaud - École Polytechnique : "La France a pendant longtemps fabriqué des élites dont l’objectif était d’intégrer les grandes administrations"
©Reuters

L'Interview Atlantico Business

Bruno Martinaud - École Polytechnique : "La France a pendant longtemps fabriqué des élites dont l’objectif était d’intégrer les grandes administrations"

Plus que quelques jours pour vous inscrire au programme "Ignite". La formation lancée en partenariat avec l'École Polytechnique et la Stanford Graduate School of Business propose à des ingénieurs et des scientifiques d'acquérir outils et compétences pour lancer des initiatives entrepreneuriales. Le but, créer des entreprises à haut potentiel mais aussi évoluer plus facilement vers un poste à responsabilité, explique Bruno Martinaud, directeur de Master à Polytechnique et responsable du programme Ignite.

Atlantico Business : En quoi consiste la formation et à qui s'adresse-t-elle ?

Bruno Martinaud : C’est une formation courte à l'entrepreneuriat et à l’innovation du jeudi soir au samedi soir, donc compatible avec une vie professionnelle en parallèle. L’objectif est d'apporter les bases de l'entreprise et de l’innovation. La formation s'adresse à des chercheurs, des scientifiques, des doctorants qui n’ont pas de formation à l’entrepreneuriat. Le programme va leur apporter le socle méthodologique et la motivation pour s’engager dans un projet de startup à partir d’un travail de recherche. L’autre cible ce sont les ingénieurs qui sont en poste. Cela peut être l'occasion, pour eux, d’élargir le spectre d’évolution au sein de l’organisation. Un ingénieur pourra évoluer plus facilement vers un poste à responsabilité ou de management plus global de projet. L’idée étant de créer un environnement suffisamment multiculturel pour que l’interaction créative puisse se développer à son maximum.

[LES AUTRES ARTICLES DE VOTRE BRIEFING ATLANTICO BUSINESS]
 

 

Quand on écoute les entrepreneurs, ils sont nombreux à dire que l'écosystème n'est pas favorable. N'est-ce pas un paradoxe d'encourager ces professions à l'entrepreneuriat ?

L’entrepreneuriat est intéressant justement parce que c’est une voie incertaine et difficile. La formation n’a pas pour objet d’amener les gens à créer des start-ups, à les développer, etc. L’idée c'est surtout de créer un environnement favorable à l’éclosion de projets innovants risqués dont une majorité in fine échouera. Mais dans le flux, on arrivera à trouver quelques pépites. J’ai vu l’an dernier des projets dans les domaines de la biotech, de l’impression 3D, de l’entrepreneuriat social, sur lesquels les porteurs de projets continuent à travailler pour essayer de le faire émerger. En général, les projets de nature innovante restent dans des univers dans lesquels se situe l’École Polytechnique.

Vous expliquez vouloir apporter un "socle" entrepreneurial, cela veut-il dire que l'on manque de formation de ce type-là dans l'enseignement français ?

Je ne pense pas que l’on manque en France de ces connaissances. Il ya énormément de programmes dans toutes les écoles d’ingénieurs, sans parler des business school qui s’y sont mis bien avant. Par contre, il y a beaucoup de gens qui démarrent  une carrière d’ingénieur ou qui s’engagent dans une carrière de recherche sans aucune formation à l’innovation et l’entrepreneuriat. Je considère que cela peut-être un frein à leur carrière ou un frein culturel. Le chercheur va passer sa vie à chercher sans jamais se poser la question de créer une start-up à partir de ses travaux. Et ça c’est une grande différence par rapport aux Etats-Unis. Là-bas, ce sera naturel pour un chercheur américain une ou plusieurs fois dans sa carrière de s’engager dans un projet de création de start-up à partir de ses recherches, puis de revenir à son travail d’ingénieur d’origine. Il y a un décalage culturel entre l’entrepreneuriat de la recherche dans un environnement américain et l’entrepreneuriat dans un environnement d’éducation francophone. 

Nombreux sont les mouvements et think-tank français qui plaident pour plus d’entreprise tout au long du parcours scolaire. Qu'en pensez-vous ?

Je suis d’accord avec ça. Ceci étant, on touche à des choses qui sont culturelles. Il faut remonter dans l’histoire du système d’enseignement supérieur. On a, pendant longtemps, fabriqué des élites dont l’objectif premier était soit d’entamer une carrière dans les grandes administrations, soit dans des grands groupes. Simplement, le monde a changé et les étudiants commencent seulement de se rendre compte qu’une carrière dans une grande administration ou dans un grand groupe ce n’est pas forcément la voie rêvée vers le bonheur terrestre ! Pour un nombre croissant de personnes, les voies entrepreneuriales vont induire des challenges d’une toute autre ampleur. Pour certains cela pourra être plus épanouissant. Dans notre cas, la limite pour le chercheur et pour les ingénieurs au début de leur carrière, c’est qu’ils ont une motivation essentiellement technique, il s’intéresse à la technologie, à la science. Pour eux, la dimension business est parfois dévalorisante voire carrément hors-sujet. Et puis, les actions commencent à produire des effets mesurables en termes d’augmentation du nombre de chercheurs qui créent des entreprises. Il va de fait s’écouler du temps, encore.

 

Le sujet vous intéresse ?

Thématiques

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !