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Bras de fer : pourquoi la ligne Philippot - Le Pen n'est plus si intouchable
©Benjamin CREMEL / AFP

Crise identitaire

Bras de fer : pourquoi la ligne Philippot - Le Pen n'est plus si intouchable

Proche de Florian Philippot, Sophie Montel dénonce une "rediabolisation du FN, qui est du fait du FN", accusant ainsi son propre parti de redevenir volontairement infréquentable, ceci faisant suite à son éviction de la présidence du groupe pour la région Bourguogne Franche-Comté.

Raul Magni-Berton

Raul Magni-Berton

Raul Magni-Berton est actuellement professeur de science politique à Sciences Po Grenoble. Il est également auteur de notes et rapports pour le think-tank GénérationLibre.

 

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Atlantico : Proche de Florian Philippot, Sophie Montel dénonce une "rediabolisation du FN, qui est du fait du FN", accusant ainsi son propre parti de redevenir volontairement infréquentable, ceci faisant suite à son éviction de la présidence du groupe pour la région Bourguogne Franche-Comté. Alors que le bras de fer est engagé entre les deux courants du FN, comment anticiper jusqu'ou cet affrontement peut aller ? Qui est le mieux armé pour remporter ce bras de fer ? 

Raoul Magni-Berton : Il y a quelques mois, l'axe Philippot -Le Pen me semblait intouchable. Depuis l'adoption de cette ligne, le Front National a fait de loin ses meilleurs scores électoraux et ce, dans toutes les élections. De plus, c'est une équipe qui a intérêt à être soudée. Sans le FN, Philippot n'aurait plus d'avenir, sans Philippot, le FN perdrait ce qui lui a permis d'obtenir un électorat plus jeune, plus féminin et, surtout, plus nombreux. 

Naturellement, on pouvait s'attendre à des tensions au sein du FN, et que ces tensions se manifestent, comme d'habitude, quand les échéances électorales sont éloignées. Il est aussi certain que ces tensions se calmeront dès que la prochaine élection arrivera. Bref, l'heure pour se disputer c'est maintenant. 

Ce qui est moins clair, pour moi, est si l'axe Philippot -Le Pen est toujours aussi intouchable. En effet, l'arrivée de Macron au pouvoir a produit des stratégies assez inédites. Certains socialistes, mais aussi certains Républicains, se sont ralliés à lui. Dès lors, ces deux partis se sont radicalisés: ce sont les socialistes de gauche ou les Républicains de droite qui tendent à rester. Avec un centre aussi fort, des hypothèses d'union des droites et union des gauches deviennent plus réalistes que ne l'étaient auparavant. Pour le FN, qui est bien encré dans un électorat de droite, cette situation pourrait être l'occasion pour changer de cap. 

Florian Philippot a pu tirer les leçons du départ de Bruno Mégret en 1998, et son échec qui s'en est suivi. En quoi Florian Philippot a t il plus intérêt à mener une lutte interne plutôt qu'à tenter une nouvelle "aventure" à l'extérieur du FN ? 

Philippot n'a aucun intérêt à sortir du FN, et je ne crois pas que ce soit dans son agenda. Évidement, cela pourrait être un coup de poker dans une situation où il serait marginalisé. Mais je ne crois pas que cela arrive. 

Après vous savez, les départs plus ou moins solitaires des partis politiques aboutissent généralement à des échecs, mais il y a des exceptions. Mélénchon, par exemple, a réussi en moins de dix ans à créer un mouvement qui a eu plus de voix du parti qu'il a quitté. A son avantage, Mélénchon avait l'opportunité de rallier à lui une série de partis et mouvements de gauche éparpillés, à partir des communistes. A l'extrême droite, cette opportunité n'existe quasiment pas. 

De par ses méthodes de fonctionnement, le Front national est il en mesure de dépasser ses clivages internes ? Le Front national peut il "fonctionner" en intégrant plusieurs courants en son sein ? 

Dans toute organisation il y a plusieurs courants, et au Front national également. Ce n'est pas nouveau - vous me parliez par exemple de Bruno Mégret toute à l'heure. Par contre, les courants se voient plus dans les partis où il y a beaucoup d'élus, puisqu'une fois que les militants deviennent visibles et disposent d'une base électorale, ils peuvent se permettre de marquer publiquement leurs différences avec leur parti. Le FN est un parti en transition, il a beaucoup de conseillers régionaux, il fait des bons scores électoraux, mais il n'a pas encore de nombreux fiefs électoraux. Il est donc normal que ses courants commencent à se voir davantage, mais cela restera beaucoup moins visible des partis français traditionnels. Marine Le Pen ne se prononcera pas, et quand elle le fera, la dispute sera finie. 

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