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Martine Aubry, elle voudrait elle aussi faire trépasser Montebourg...
Martine Aubry, elle voudrait elle aussi faire trépasser Montebourg...
©Reuters

Petits meurtres entre camarades

Bienvenue chez les Borgia roses

Arnaud Montebourg contre Jack Lang. Malek Boutih opposé à Julien Dray. Alors que la présidentielle et les législatives approchent, l'ambiance est au règlement de comptes au PS...

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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« C’est le tango des bouchers de la Villette / C’est le tango des tueurs des abattoirs / Faut que ça saigne ! Faut que ça saigne ! » La chanson est de Boris Vian, et il serait excessif d’insinuer qu’elle pourrait opportunément devenir l’hymne officiel du Parti socialiste. De toute façon, elle est trop crue, trop vulgaire, en un mot trop « peuple » pour le délicat parti de Martine Aubry (on n’ose plus dire de François Hollande depuis qu’il a fait savoir, à sa façon, que l’odeur du sang l’incommodait). Car les couteaux de boucherie, ce n’est pas le genre, mais pas du tout le genre des socialistes.

Leur parti, fondé par François Mitterrand que l’on surnomma naguère « le Florentin », se veut bien plus raffiné. Tendance Renaissance… Ici, rue de Solférino, dans les fédérations, dans les mairies, on affectionne la dague et le stylet. Et ce qu’on joue, ce n’est pas Bienvenue chez les Ch’tis (encore qu’avec les scandales qui éclaboussent la Région Nord-Pas-de-Calais…) mais « Bienvenue chez les Borgia ».

N’empêche qu’il y a du sang comme il y en avait à Florence. Arnaud Montebourg veut tuer le clan marseillais des Guérini, et il est en passe de réussir. Inutile de demander aux frères Guérini ce qu’ils veulent faire au sémillant député de Saône-et-Loire. Jack Lang, mêlé par ce dernier au scandale qui ébranle la fédération du Pas-de-Calais, a, lui, carrément mis un contrat sur la tête de Montebourg, puisqu’il annonce vouloir le traîner en justice. Du jamais-vu : un hiérarque socialiste qui va porter plainte contre un autre hiérarque socialiste ! Jack Lang en demande quand même trop. Il devrait s’estimer heureux de voir son nom cité à propos d’un système de corruption. C’est quand même moins pire que d’être impliqué dans un système partouzard à Lille (la porte d’à côté)…

Quant à la pauvre Martine Aubry, elle voudrait elle aussi faire trépasser Montebourg, lui reprochant d’avoir un « ego surdimensionné » et de tout faire pour qu’on parle de lui. Et Montebourg, la mère Denis du PS, celui qui lave plus blanc ? À première vue, il voudrait tuer tout le monde, ce qui est un très vaste programme, pour le moins radical.

Cette chronique sanguinaire ne serait pas complète si l’on oubliait le très fratricide combat qui oppose Julien Dray à Malek Boutih, ce dernier reprochant simplement au premier de truquer les votes des militants. Et là, pour les vrais amateurs de théâtre, on frôle Corneille et Racine. Dray et Boutih ont été successivement présidents de SOS-Racisme. L’un (Julien Dray) a préparé l’autre (Malek Boutih) à lui succéder et l’a fait roi. Des amis, des copains, des camarades, des potes, et maintenant entre eux ce n’est plus « Touche pas à mon pote » mais « Je flingue mon pote » !

Les turpitudes du PS ne font pas de lui – disons-le tout de suite – un parti pire que les autres. Il n’est pas plus corruptible que l’UMP (pas moins non plus). Et s’agissant des haines personnelles, la rage avec laquelle Rachida Dati combat François Fillon à Paris ou, auparavant, les règlements de comptes entre chiraquiens et balladuriens montrent – si besoin était – qu’il n’y a pas d’exception socialiste. Mais le PS est fragilisé par plusieurs raisons qui tiennent à sa nature. Il est supposé être le parti des petites gens, des classes modestes, des pauvres. Au nom de quoi il se proclame hautement et fièrement vertueux. La droite, elle, plus prudente et plus pragmatique, se contente de dire qu’elle est efficace. C’est pourquoi le PS déguste bien plus quand certains de ses cadres sont soupçonnés de corruption.

En outre (mais ce n’est vraiment pas sa faute car on ne va pas lui reprocher ses succès électoraux), le PS dirige la quasi-totalité des régions françaises. C’est un considérable pouvoir politique et un énorme pouvoir financier. Des milliards… Pas surprenant que quelques billets de banque restent parfois collés aux doigts de ceux qui ont à manier ces sommes faramineuses.

Enfin – last but not least depuis la mort de Mitterrand, ce parti qui, à sa naissance, avait trouvé une vitalité fertile avec des courants d’idées qui s’affrontaient est devenu une sorte de gigantesque haras avec de multiples écuries présidentielles. Leurs combats sont féroces et sans pitié. On a beau aimer les canassons, on chercherait vainement ce qui sur le fond différenciait Fabius de DSK ou, aujourd’hui, Martine Aubry de François Hollande. C’est peu dire que ces affrontements n’entretiennent ni l’amitié, ni la camaraderie, ni le fair-play.

Il serait dommage néanmoins de terminer sur une note aussi amère. La tentation serait grande de se tourner vers les purificateurs : Montebourg (il est encore à l’intérieur, mais pour combien de temps ?), Mélenchon (avec son « qu’ils s’en aillent tous ! ») ou Marine Le Pen qui surfe sur le « tous pourris, tous des voleurs ! ». Mais avec les coupeurs de têtes, il y a toujours un problème : les têtes coupées ne repoussent jamais. Alors accordons au PS, puisque c’est lui aujourd’hui qui se donne en spectacle, la commisération due à ceux qui font ce qu’ils peuvent.

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