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Quand l'affaire DSK
ringardise le film "La Conquête"
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French biopic

Quand l'affaire DSK ringardise le film "La Conquête"

Le film "La Conquête" qui retrace les cinq années qui ont porté Nicolas Sarkozy au pouvoir est présenté ce mercredi 18 mai au Festival de Cannes et dans les salles françaises. Ce biopic français réussira-t-il à dépasser son modèle hollywoodien ? Difficile à l'heure où l'affaire DSK défraye la chronique...

Dimitri Capra

Dimitri Capra

Dimitri Capra est un journaliste spécialisé dans le cinéma qui écrit sous pseudonyme pour Atlantico.

 

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Préambule : l'auteur de cet article n'a pas encore vu le film La Conquête qui sort aujourd'hui en salle. Son propos s'appuie sur les biopics français et américains déjà produits.

Très clairement, le biographical motion picture - qui raconte sous forme de fiction la vie d'un personnage réel - est un genre typiquement hollywoodien, avec ses codes (jeunesse, apogée, déclin) et ses thèmes - à commencer par celui, aussi général que discutable, de la prédestination. Pourtant, le biopic a connu plusieurs phases nettement distinctes. 

Historiquement, son origine est à trouver du côté de destins déjà mythiques, de légendes ayant effectivement vécu : c’est Billy the Kid, Citizen Kane, Moïse ou Cléopâtre… Autant de trajectoires de vie que le temps aura déjà presque rendu fictives, symboliques, avant même que le cinéma ne s’en empare. Le caractère véritablement biographique de ces films reste alors assez souple, au second plan, l’image mythique comptant davantage qu’une précision véritablement documentée. 

C’est donc surtout à partir des années 1980 qu’émerge le biopic tel qu’on le connaît aujourd’hui, essentiellement en questionnant des personnalités politiques. Avec Hoffa, JFK, Evita, Gandhi ou Nixon, la recette paraît simple : un cours d’histoire de deux heures, titré et développé comme un article Wikipédia, à l’intérêt souvent plus didactique que cinématographique.

Genre grand public et assez peu audacieux, parfois proche du panégyrique, le biopic se contente alors généralement de quelques « grandes scènes » censées résumer une existence. Ainsi, hormis peut-être leMalcolm Xde Spike Lee, rares sont les biopics politiques ayant véritablement su prêter à débat .

"La Conquête" : un biopic en deçà de la réalité

Assurément, La Conquête de Xavier Durringer fait écho à ce type de tentatives usuelles du cinéma hollywoodien. Son principal intérêt vient donc de son immédiateté, de la proximité temporelle entre la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 et son actuelle présidence. On peut néanmoins douter de sa pertinence, et ce à plusieurs niveaux.

D’une part, le cinéma hollywoodien lui-même semble avoir compris que l’itinéraire politique d’un homme était une question sans doute plus complexe que ce qu’un film pouvait présenter. Ainsi les biopics américains traitent-ils aujourd’hui plutôt de destinées artistiques que politiques, à travers des films aussi divers que Rayou Last Days. Face à cela, La Conquête paraît à contretemps, un peu comme le récent Mesrineavec Vincent Cassel.

Mais l’essentiel du problème n’est pas là. D’ailleurs, les biopics français autour d’artistes (Coco Chanel, Edith Piaf…) ont rarement été des réussites - hormis, peut-être, le Gainsbourgde Joann Sfar. Non, le problème, c’est surtout qu’en dépit du savoir rigoureux d’un Patrick Rotman, scénariste du film, on peut parier que La Conquête ne pourra qu’immanquablement rester en deçà de la réalité.

Télescopée avec l’affaire Strauss-Khan, symptôme éloquent des mœurs cachées du pouvoir, l’histoire officielle (et déjà largement connue) de la campagne de Nicolas Sarkozy paraît déjà bien pâle. D’autant que le candidat UMP n’a jamais manqué de mettre en scène sa vie privée, qu’il s’agisse de ses aventures conjugales ou de ses rivalités politiques… Ceci dit, peut-être l’interprétation de Denis Podalydès sauvera le film de son impossible projet. Auquel cas, un La Conquête 2 : la grossesse de Carla pourrait bien être à craindre… En attendant la sex-tape de DSK ?

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