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Bienvenue dans l’univers des playlists dédiées à la santé mentale
©Thomas SAMSON / AFP

Bienfaits de la musique

Bienvenue dans l’univers des playlists dédiées à la santé mentale

La plateforme de streaming Spotify a observé une forte augmentation des playlists dédiées à la santé mentale, à la méditation et au bien-être personnel.

Pascal Neveu

Pascal Neveu

Pascal Neveu est directeur de l'Institut Français de la Psychanalyse Active (IFPA) et secrétaire général du Conseil Supérieur de la Psychanalyse Active (CSDPA). Il est responsable national de la cellule de soutien psychologique au sein de l’Œuvre des Pupilles Orphelins des Sapeurs-Pompiers de France (ODP).

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Atlantico : Que sait-on des bienfaits de la musique sur le cerveau et sur la santé mentale ?

Pascal Neveu : La musicothérapie est née au début du 20ème siècle. Un institut de recherche a, par exemple, été créé à Genève en 1915. Puis des recherches approfondies en France : l'Association de Recherche et d’Application des Techniques Psychomusicales mais aussi l'Institut Karajan à Salzbourg.

En France, Jacques Jost,  ingénieur du son, pense dans les années 50, qu'on peut soigner avec la musique. Il effectue et valide des recherches sur les émotions et la musique, en lien avec la Faculté de Médecine mais aussi l’ORTF. Le premier congrès mondial de musicothérapie a eu lieu en France en 1974 à la Salpêtrière.

Pour autant il existait déjà chez les Grecs des « musicothérapeutes » attribuant toutes sortes de vertus à la musique, qui  « influençait » les humeurs en utilisant divers instruments, rythmes et sons. En fonction de la problématique ils choisissaient deux instruments : l'aulos qui crée un son extatique et émouvant ou celui doux et harmonieux de la lyre. Telle musique disposait au courage, à l'action ; telle autre, à la sobriété, à la retenue ; telle autre, à la mollesse, au plaisir. Dans l'éducation des enfants la musique a eu une place de première importance, et elle était considérée comme indispensable pour former le caractère.

Pythagore lui-même écrivait qu’il fallait mettre en symbiose l'humanité et les sphères célestes ! Sans oublier Platon et Aristote qui ont longuement développé la théorie de l'influence de la musique sur les passions et sur la moralité. C’est la naissance des premiers chants nationaux et militaires.

Plus tard sous la Dynastie chinoise Tang va corréler  la théorie des cinq éléments (bois, feu, terre, métal, eau) à des sons qu’ils associent aux saisons, aux organes Yin et Yang. Par exemple le Do correspond aux organes cœur et intestin  ainsi qu’à l’élément feu et à la saison été.

Sur le plan cérébral, plusieurs zones sont sollicitées faisant appel à des essentiels :
- la mémoire : un air familier active l’hippocampe et le cortex frontal
- la motricité : battre la mesure se mouvoir impliquent le cervelet et les cortex moteur
- le langage : écouter de la musique sollicite les aires de Broca et de Wernicke
- les émotions : le cortex orbito-frontal et l’amygdale jouent un rôle majeur.

Ecouter de la musique crée dans notre cerveau une « symphonie neuronale » mettant en jeu les quatre lobes cérébraux, le cervelet ou encore l'hippocampe, surtout connu pour son rôle dans la mémoire. Dans l'hippocampe il y a plus d'activité cérébrale chez les musiciens que chez les non-musiciens et la quantité de neurones augmente en fonction du nombre d'années de pratique et de l'intensité de cette dernière. Ceci est dû à la plasticité du cerveau.

La musique est une forme d’expression particulière de notre intelligence qui trouve sa source dans le besoin de notre cerveau d’associer expériences sensorielles, motrices et émotionnelles, que ce soit dans une visée purement hédonique ou dans un objectif de création. La musique est donc un stimulant cognitif et cérébral. Car harmonie, timbre, rythme et mélodie viennent toucher nos mondes cognitif, affectif, psychomoteur… Il s’agit bien d’une psychodynamique en lien avec la musique.

Dans une période de confinement, la musique peut-elle être particulièrement bénéfique pour ceux qui sont seuls ?

Une étude de l'Université de Groningue aux Pays-Bas, a établi la relation entre certains morceaux de musique et l’influence sur la personne. Elle met en évidence trois critères pour permettre des effets positifs sur le bien-être des personnes: le tempo, qui doit être de 150 battements par minute, des paroles positives, et l'utilisation de notes en gamme majeure. Par exemple, il apparaît que la chanson « Don’t stop me know »  du groupe Queen  est la chanson qui rend le plus heureux !

Le simple fait d’écouter la musique via des écouteurs dans le métro bondé en rentrant à la maison, est par exemple, bénéfique.

 Utilisée à l’origine pour apaiser les souffrances psychiques, la musicothérapie était surtout un moyen de relaxation ou de renforcement de l’estime de soi. Aujourd’hui elle est davantage utilisée pour stimuler les fonctions intellectuelles ou cognitives.

 On reconnaît :
- une application active, lorsque l’intervenant travaille avec des sujets en groupe ou en individuel autour de la pratique instrumentale
- une application réceptive, basée sur la relaxation par la musique

La première technique favorise l’expression de soi, facilite la communication ou peut participer à la resocialisation. La technique réceptive est surtout utilisée dans le traitement de la douleur, de l’anxiété et de la dépression par le biais de la relaxation et la détente et par le détournement de l’attention. En relation avec le thérapeute, la musique peut être aussi utilisée comme déclencheur d’un échange verbal sur les émotions qu’elle provoque, elle sert à analyser et prendre conscience des pathologies développées dans une démarche psychanalytique.

 Depuis longtemps, les effets bénéfiques sur un champ très vaste de pathologies ont été démontrés de façon empirique. Depuis plus de vingt ans, l’évolution des techniques de neuro-imagerie permet d’identifier précisément les effets et les modifications que la musique peut provoquer dans notre cerveau :

«La musique capte facilement notre attention : dès qu’il y a de la musique dans l’environnement, le cerveau se synchronise très naturellement. Les voies d’entrée de la musique dans le cerveau sont beaucoup plus complexes que celles de la parole, par exemple, et sollicitent différentes régions cérébrales : la musique stimule, relaxe, calme la douleur, mais a aussi la capacité d’augmenter la plasticité du cerveau et de provoquer les modifications au niveau des connections synaptiques. Chez les personnes autistes, qui ont une hypersensibilité à la musique, outre sa fonction de médium de communication, elle a un impact considérable sur les capacités d’attention et de concentration et par conséquent, diminue les troubles de comportement. Dans les cas des patients en rééducation neurologique suite à un traumatisme crânien ou un accident vasculaire cérébral, la musique peut accélérer la récupération de certaines fonctions intellectuelles endommagées : la simple écoute régulière de la musique augmente les capacités attentionnelles et améliore les fonctions défaillantes de la mémoire. » résume Hervé Platel professeur en neuropsychologie, que j’ai eu la chance de connaître.

La plateforme de musique Spotify a remarqué que de très nombreuses « mental health playlists », des compilations pour la santé mentale, avaient vu le jour. Quel est le type de musique que l’on retrouve dans ces playlists ?

Spotify l'a annoncé le mois dernier : la pandémie a entraîné une augmentation massive des flux de « listes de lecture de santé mentale »  sur sa plate-forme, avec des listes de lecture liées à la « pleine conscience », à la « relaxation » et aux « soins personnels » enregistrant une augmentation de 57% des flux depuis un an. Les podcasts liés à l'auto-assistance et aux soins personnels ont également connu une augmentation spectaculaire sur la plate-forme, avec une augmentation considérable de 122% des flux.

Tout démontre que nous avons besoin de quelque chose d'apaisant à écouter en ces temps obscures avec tant de morts sur notre planète.

Alors bien sûr nous avons tous les paroles en mémoire de nos parents et de notre mère nous donnant le sein ou le biberon, mais aussi les comptines, sans oublier ensuite les stars de notre adolescence…

La musique est liée à notre existence… les premiers instruments de musique étant nés il y a plus de 30000 années.

Comme la plupart des listes de lecture « Made For You » de Spotify, ce que vous obtenez de « Daily Wellness » est principalement dicté par nos habitudes d'écoute. Il y a donc de fortes chances que nous trouvions des morceaux que nous aimons.

Et il existe des podcasts orientés sur le bien-être comme « Yoga Girl Daily » et « Daily Quote » ou de la poésie de « The Slowdown » bien mélangés pour nous aider à éclairer notre esprit. Cette liste de lecture, née depuis avril, est mise à jour deux fois par jour, le « mix » du matin étant davantage orienté sur les moyens afin de permettre aux auditeurs de se lever en bonne forme pour la journée… puis l'édition du soir est davantage consacrée à aider à se détendre et à se préparer pour une bonne nuit.

Si l’on souhaite choisir des musiques pour créer sa propre playlist pour la santé mentale, quelles musiques privilégier ou au contraire éviter ? Ya-t-il des titres qui sont bons pour le moral ?

Chacun peut choisir le style de musique qu'il préfère.

Mais une étude a montré que l’enchainement des musiques qui ne lui sont pas familières, dans une logique dite en « U » : stimulant-relaxant-stimulant n’est pas forcément positive. Il est plutôt conseillé de commencer par un rythme proche du rythme cardiaque et avec des harmonies riches, pour poursuivre en ralentissant le rythme et en simplifiant le tissu musical, et dans la dernière séquence revenir à un rythme plus soutenu en complexifiant les harmonies.

Tout le monde a déjà vibré sur un air de la Callas.  Il suffit également de voir dans quelle transe entre Alex DeLarge, le sociopathe ultraviolent du film « Orange mécanique », de Stanley Kubrick, dès les premières notes de la 9ème symphonie de Beethoven. L'écoute de la musique peut engendrer une légère sudation et une modification des rythmes respiratoire et cardiaque, un phénomène physiologiquement comparable à l'orgasme. Tout comme la nourriture, le sexe ou les drogues, la musique sollicite le circuit de la récompense dans le cerveau de l'auditeur.  C’est la dopamine qui crée un frisson musical, ce qu'a révélé, en 2011, une équipe canadienne de l'université McGill en utilisant des techniques d'imagerie cérébrale.

La musique peut engendrer une certaine addiction... parfaitement inoffensive. Elle ne se contente pas de provoquer un raz de marée émotionnel, elle laisse dans nos cerveaux des traces durables, que l'on soit musicien ou simple auditeur. Aussi entre une liste de lecture apaisante de New Âge comme Enya et Yanni, mais d’un autre côté du death metal, tout comme Julio Iglesias, ou Wagner pourront provoquer une catharsis singulière.

Alors, comment créer une liste de lecture sur la santé mentale qui plaira à tout le monde ?

Laissez vous porter sur vos choix et vos ressentis.

Car par exemple, il est difficile de ne pas penser que nous sommes mi novembre et que les décorations de Noël apparaissent déjà. Les décorations de fêtes et les chants de Noël ont toujours été un moment chaleureux, et cette année, nous en avons plus que jamais besoin… mais nous risquons de ne pas les vivre.

Et Nietzsche écrivait : « La vie sans musique est tout simplement une erreur, une fatigue, un exil. »

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