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Bien que sur Twitter, Benoît XVI n'est pas encore un "wiki-pape"
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Prière assistée par ordinateur

Bien que sur Twitter, Benoît XVI n'est pas encore un "wiki-pape"

En s'inscrivant sur Twitter, le pape se place-t-il au même niveau que ses (fidèles) "followers" ? Pas exactement, car l'Eglise continue de considérer les nouveaux médias dans une logique d'émission et de verticalité. Pourtant, d'autres acteurs catholiques ont une conception toute autre de l'utilisation d'Internet...

David Douyère

David Douyère

David Douyère est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris XIII, au sein du Pres Sorbonne Paris Cité, et chercheur au LabSic.

Ses recherches portent notamment sur la pensée et les pratiques de la communication dans le christianisme catholique.

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Atlantico : Quels rapports entretiennent l'horizontalité des réseaux sociaux comme Twitter et la verticalité du catholicisme ?

David Douyère : La communication de Benoît XVI est très descendante. Twitter est pourtant un réseau, où les messages s’interconnectent. Le pape lira-t-il les messages de ses « followers », s’intègrera-t-il dans cette dynamique posée comme « horizontale » des réseaux sociaux ? Des commentaires seront-ils possibles sur News.va ? Ce n’est pas certain. Il s’agit, là encore, d’imposer, de proposer une parole descendante.

L’Internet n’est pas utilisé ici pour faire participer et témoigner des communautés chrétiennes de base, mais pour figurer et diffuser la parole du Pape et des organes d’information romains. Le portail News.va relève donc d’une forme de centralisme informationnel. Pour être présent sur Twitter, le pape n’est pas pour autant « communautaire »… Le web est utilisé ici comme un média de masse, dans une logique « d’émission » et non comme un échange horizontal d’interactions libres.

C’est en ce sens qu’il me paraît difficile de parler de « Vatican 2.0 », ou même de Web 2.0. D’abord parce que le web a toujours été « participatif » et a toujours placé l’utilisateur [1] comme producteur de contenu, et qu’en réalité, seule une faible partie des internautes « contribue » [2]. Ensuite parce que le web est utilisé ici comme un média de masse, dans une logique « d’émission » et non comme un échange horizontal d’interactions libres. Le modèle est davantage le site de CNN que Wikipédia…

Le Vatican est-il le seul dans l’Eglise à utiliser ainsi les technologies de communication numérique ?

Non, ces initiatives rejoignent des initiatives d’ordres religieux. Les Jésuites français avec « Notre-Dame du Web », les Dominicains de Lille avec « Retraite dans la ville » ont su utiliser les ressources du web, dans une dynamique dite « communautaire » pour renouveler le rapport à l’expression et à la lecture de textes liés à la foi.

Dans un monastère bénédictin québécois, j'ai rencontré des sœurs qui étaient connectées au monde, utilisaient le courrier électronique, regardaient des vidéos du pape Benoît XVI sur Internet dans leur salle commune, consultaient le site d’information Zenit Elles savaient tout de l’actualité catholique internationale, derrière leur clôture !

D’autres usages des nouvelles technologies de communication se centrent davantage sur la prière. Ainsi, les Powerpoints chrétiens, « prières méditatives en diaporamas » réalisées par les sœurs bénédictines de l’abbaye Sainte-Marie des deux Monts, proposent-elles véritablement une « prière assistée par ordinateur » [3]. La liturgie des Heures sur iPhone (comme iBréviaire) constitue elle aussi une aide numérique à la prière…

Quelle est plus généralement la place de la communication dans l'Eglise catholique ?

De la cloche à Twitter, en passant par l’imprimerie, toutes les formes de communication ont été utilisées par l’Eglise pour transmettre le message que Dieu lui demandait de transmettre.

Le christianisme est une religion de la médiation, et utilise toutes sortes de médiations pour exister, et mettre en relation avec le divin. Twitter peut être l’un d’elles… Il y a l’idée que toutes les techniques de communications sont bonnes, que les médias et outils de communications sont aussi des dons de Dieu, créés par l’homme pour « Le glorifier ». Les réseaux numériques font apparaître à l’Église l’Internet comme un espace de dialogue et de rencontres, où peuvent émerger aussi des « témoins numériques ».

_________________

[1] Cf Michel Authier, entretien, Fing, 24.11.2000.

[2] Cf Franck Rebillard, Le Web 2.0 en perspectives : une analyse socio-économique de l'internet, (L'Harmattan, 2007) et Philippe Bouquillion et Jacob Matthews, Le Web collaboratif dans le capitalisme : mutations des industries de la culture et de la communication (PUG, 2010)

[3] David Douyère, « La prière assistée par ordinateur », revue Médium, n°27, avril-mai-juin 2011, p.140-154. 

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