Benoit XVI : pas si conservateur que ça ! | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
International
Benoit XVI arrive ce jeudi à Madrid pour les Journées Mondiales de la Jeunesse.
Benoit XVI arrive ce jeudi à Madrid pour les Journées Mondiales de la Jeunesse.
©Reuters

Pape star

Benoit XVI : pas si conservateur que ça !

Benoit XVI arrive ce jeudi à Madrid pour les Journées Mondiales de la Jeunesse. L'ex Cardinal Ratzinger ne fait pas l'unanimité, même dans son propre camp. L'occasion de dresser le bilan de son action politique et religieuse durant les six premières années de son pontificat.

Paul Colonge

Paul Colonge

Paul Colonge a été professeur à l'Université Charles-de-Gaulle Lille-III.

Il est docteur ès lettres en études germaniques et spécialiste de l' Eglise Catholique.

Il est l'auteur de "Benoit XVI : la joie de croire" (Cerf)

Voir la bio »

Atlantico : Quelles sont les différences notables entre Benoit XVI et son prédécesseur Jean Paul II ?

Paul Colonge : En terme de communication, Benoit XVI est au départ moins bien armé que Jean-Paul II, qui avait fait dans sa jeunesse du théâtre. Mais il s'est amélioré. Au début, on le sentait relativement gêné, il n’avait pas l’habitude de parler devant des foules. Progressivement, il s’est habitué.

Benoit XVI a aussi fait preuve d'une certaine transparence dans sa communication. Sur le problème des prêtres pédophiles irlandais, il a certes été poussé à intervenir par les médias mais il est intervenu en toute transparence. Jusque-là, l’Eglise essayait de régler les choses sans que cela transpire à l’extérieur. Il est allé même plus loin que ce qu’exigeait les médias. Il a envoyé une lettre à tous les catholiques irlandais, lettre qui a été publiée. Il n’a pas eu peur d’exposer sur la place publique les problèmes de l’Eglise catholique.

Sur le fond, Benoit XVI semble être plus conservateur que ne l'était Jean-Paul II...

Benoit XVI était en parfaite harmonie avec Jean-Paul II. Ils étaient tous les deux sur la même longueur d’onde. Si l’on considère que Jean-Paul II était conservateur, on peut considérer que Benoit XVI l’est tout autant. Il faut différencier le plan religieux et la vie en société. En ce qui concerne la doctrine chrétienne, il ne transige pas. Sur d’autres points, comme les questions sociales, je ne trouve pas qu’il soit un conservateur.


Benoit XVI a-t-il un rôle à jouer dans la crise économique ?

Il ne peut guère intervenir. Je ne pense pas qu’il puisse peser sur les décisions mais il a tout de même l’oreille de certains dirigeants. Par exemple, les deux Présidents successifs russes, Vladimir Poutine et Dimitri Medvedev, sont venus le voir à Rome. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il influence les grands de ce monde mais en tout cas, on le consulte, ce n’est pas rien.

Au sujet de la crise, il a quand même déclaré qu’il n’était pas normal que la spéculation puisse dominer la vie économique et sociale. Sa troisième encyclique « Caritas in veritate », montre que la charité, l’amour du prochain, doit entrer en ligne de compte dans les décisions économiques.

Six ans après son élection, quels ont été les grands axes de son pontificat ?

Il y a déjà un certain nombre de choses qui resteront dans l’histoire de son pontificat. Dans le domaine des relations extérieures, il est arrivé à établir des relations diplomatiques avec la Russie, ce que Jean-Paul II n’avait pas pu faire. D’autre part, sur le plan de l’œcuménisme, dans les rapports avec l’orthodoxie et l’anglicanisme, il a fait avancer les choses. En ce qui concerne la vie interne de l’Eglise, il a de biens meilleurs rapports avec les conférences épiscopales de différents pays - notamment de France et d’Allemagne - que n’en avait Jean-Paul II.

Qu'en est-il des relations entre le catholicisme et l'islam sous Benoit XVI ?

Il y a maintenant à Rome une instance de consultation permanente avec l’Islam. C’est une commission d’étude islamique qui est en contact permanent avec certaines « têtes » de l’Islam dans plusieurs pays. Avant lui, existait un embryon de projet mais la commission a maintenant un caractère permanent. Elle a été développée grâce, ou à cause, de son discours de Ratisbonne en 2006. L'une des citations de ce discours, sur le lien entre la violence et l’Islam, avait déclenché bon nombre de protestations dans beaucoup de pays islamistes. Cette commission a pour but d’apaiser les rapports entre les deux religions.

D’ailleurs le roi d’Arabie Saoudite s’est depuis rendu à Rome. C’est la première fois qu’un rapport s’établissait entre l’Arabie Saoudite et le Vatican. Un autre a permis aux deux grandes religions monothéistes de se rapprocher. l’islam comme le catholicisme, se sentent menacées par le climat d’athéisme ambiant.

Quels seront les futurs défis à relever pour Benoit XVI ?

Sur le plan intérieur de l’Eglise, ce qui reste sans doute encore à faire serait de modifier le célibat des prêtres ou de permettre l’ordination des femmes. Je ne pense pas qu’il soit ouvert à ce genre de propositions.

Sur le plan extérieur, il va avoir du pain sur la planche. Benoit XVI attache énormément d’importance au christianisme africain. Il pense que c’est en Afrique que le gros du travail est à effectuer, il s’agit de conforter les positions de l’Eglise. Pour ce qui est de l’Amérique du sud, le catholicisme se trouve concurrencé par de nouvelles églises évangéliques. Il fait face là-bas à un défi de taille.

Il s’intéresse aussi énormément au catholicisme chinois. Il essaye de réconcilier les deux églises chinoises. L’église officielle qui dépend de l’Etat et l’église clandestine poursuivie par ce même État. Il a envoyé une lettre aux catholiques de Chine leur demandant de se réconcilier. Les clandestins, fidèles à Rome reprochent aux autres leur compromission avec le système communiste. Les autres reprochent aux clandestins d’être à la botte des européens.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !