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Benoît XVI, 
père spirituel de Besancenot ?
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Don Camillo et Peppone

Benoît XVI, père spirituel de Besancenot ?

C'est aujourd'hui jeudi 10 mars que sort le livre de Benoît XVI, "Jésus de Nazareth" (tome 2)". L'occasion de revenir sur les idées de ce pape souvent jugé ultra-conservateur... mais qui pourrait pourtant donner des leçons à plus d'un altermondialiste !

Les tristes sires qui donnent le la dans les médias nous ont habitués à dépeindre le Pape - les papes - depuis bien quarante ans, en père fouettard, ignoble ou ridicule c’est selon, misérable figure carnavalesque que l’on conchie en toute quiétude.

Ces représentations infamantes, moqueuses, ironiques dans le meilleur des cas, sont même devenues la marque d’un esprit sain dans le corps malsain du contemporain, si l’on en juge par les caricatures qui ont fait mille fois la Une de Charlie ou de Siné Hebdo, ou ces portraits mielleux excellant dans la mesquinerie, qui ont fait les belles heures de la culture du soupçon, propre aux chroniqueurs religieux d’un grand quotidien du soir... Il n’y a guère que Jean-Paul II qui en ait parfois réchappé, par sa stature, son allure et ses accents médiatiquement plaisants.

 Benoît XVI : un pape méconnu

Affirmer que Benoît XVI est une bête de scène comme son prédécesseur serait un non sens. Mais cela tombe assez bien, finalement, puisque seuls des adeptes inconditionnels de la Star Academy pourraient réclamer qu’il ait été casté sur de tels critères, pour jouer ce rôle, qui n’en est pas un d’ailleurs.

Les citoyens des démocraties contemporaines, s’ils s’en donnent souvent à cœur joie à propos de leurs dirigeants, demeurent pour la plupart respectueux, au fond, de la fonction qu’incarnent ces hommes qui les gouvernent. Le Pape, qui n’a nulle division sous ses ordres et reste apatride, pourra heureusement toujours compter sur les quelques uns parmi le milliard de chrétiens qui ont encore un peu de courage et de lucidité pour le défendre. Ainsi, instruits que nous sommes des questions de préservatif, de Sida ou de pédophilie, nous prétendons ignorer l’intégralité du reste du message de l’Eglise catholique, quand bien même et surtout il s’exerce sur les questions temporelles, lesquelles ne requièrent pas d’adhésion à la foi catholique.

 Cent ans, cent vingt ans même, que les Papes publient sur la question sociale en général et que les Européens, les Français particulièrement, font la sourde oreille. Ils ne savent quelle condamnation lumineuse et prophétique du communisme et des totalitarismes en général ces textes contenaient ; ils ne savent pas non plus quelle mise en garde perpétuelle contre la tentation libérale, ou néo-libérale, ils recèlent. Personne n’a lu ni Rerum Novarum  de Léon XIII, ni Populorum progressio de Paul VI, ni Centesimus annus de Jean-Paul II, soyons clairs.

Ce que l’alter-mondialisme doit au pape…

Si on les avait vraiment lus, on se soucierait de savoir ce que disait et redit l’Église catholique sur les racines autant que sur les conséquences du désastre permanent qui s’est baptisé du nom de capitalisme. On se soucierait aussi de savoir en quoi Ratzinger-Benoît XVI est l’héritier éclairé de cette tradition critique. On saurait que presque tout dans l’économie sociale ou alternative de notre temps doit à la pensée chrétienne : que le mutualisme, la coopérative remise à l’honneur involontairement par Eric Cantona ; l’alter-mondialisme, le commerce équitable, la « finance islamique » même avec sa condamnation de l’usure, sont des fruits directs de la pensée sociale du christianisme. Mais qui se soucie de cela ?

Joseph Ratzinger est l’homme qui a remis sur le droit chemin la théologie de la libération - source d’inspiration de l'altermondialiste -  proférant au passage quelques condamnations que sa fonction de Préfet de la Doctrine de la foi lui imposait. Si on lisait attentivement les textes qu’il a donnés à l’époque, et si on consultait parallèlement Caritas in veritate sa dernière encyclique, on verrait là où se trouve la critique la plus opérative du néolibéralisme. Et ce n’est pas chez Olivier Besancenot, ce grand progressiste.

 

Benoît XVI, Jésus de Nazareth, de Nazareth à Jérusalem (éditions du Rocher)

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