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Benalla : quand les oppositions atteignent le moment où elles se tirent une balle dans le pied
©GERARD JULIEN / AFP

Motion de censure

Benalla : quand les oppositions atteignent le moment où elles se tirent une balle dans le pied

Les deux motions de censure déposées par LR et les communistes n'ont pas fait vaciller le gouvernement. De l'extrême-gauche, des socialistes, des Républicains ou du Rassemblement National, qui risque le plus de souffrir d'un excès d'engagement dans cette affaire ?

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est essayiste et auteur de nombreux ouvrages historiques, dont Histoire des présidents de la République Perrin 2013, et  André Tardieu, l'Incompris, Perrin 2019. 

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Atlantico : Les deux motions de censure déposées par LR et les communistes ce mardi ne devraient pas faire vaciller le gouvernement, qui bénéficie d'un soutien certain de sa majorité. Mais ne tend-elle pas à délégitimer l'opposition, qui, comme notre sondage Ifop pour Atlantico l'avait montré, en fait trop selon 41% des Français (ou même pas assez pour 28%) ?

Maxime Tandonnet : Oui, l'attitude de l'opposition parlementaire est en décallage me semble-t-il avec les Français dans leur ensemble. L'affaire Benalla écrase l'actualité depuis plus de quinze jours. Elle est dans la continuité d'une vie politique qui, depuis quelques années, se réduit à une succession de scandales. Les polémiques ne cessent de s'enchaîner, et, une ou deux fois par an, un véritable séisme fait trembler la démocratie fançaise sur ses bases: DSK, Cahuzac, les "sans dents", le livre "un président ne devrait pas dire ça", le déchaînement contre la candidature de Fillon et les élections présidentielles saccagées de 2017, aujourd'hui Benalla... Quelle est la logique? La politique n'est plus qu'une affaire d'image personnelle qu'il faut soit adorer, soit lyncher. Elle ne cesse de s'enfoncer dans le sensationnel et le grand spectacle. La crise d'hystérie autour de l'affaire Benalla est disproportionnée. Un membre du cabinet présidentiel a gravement failli dans son comportement. Cela mérite -t-il de mobiliser le pays pendant trois semaines? Les oppositions tentent d'exploiter cette nouvelle tempête médiatique pour affaiblir la présidence de la Répubique et le pouvoir LREM dans une logique politicienne. Mais les Français, globalement, sont fatigués de ce scandale qui s'éternise après tant d'autres et ils attendent propbablement autre chose des oppositions de droite comme de gauche.

Est-ce pour cela que certains leaders restent relativement en retrait (par exemple Laurent Wauquiez ou Valérie Pécresse) ?

C'est possible et si c'est le cas, tant mieux. Les deux motions de censure sont maladroites. Elles ne font que donner l'occasion au gouvernement et à la majorité LREM d'une victoire facile. Ce nouveau scandale met la France d'en haut, politico-médiatique, en transe. Les Français, dans leur ensemble, ont d'autres préoccupations: le chômage de masse – qui augmente selon les dernières statistiques – la violence quotidienne, la maîtrise des frontières, la pauvreté, le logement, la dégradation des services publics, en particulier la SNCF, la dette publique, les impôts, le déclin du niveau scolaire... Ces questions méritaient davantage la mise en cause de la responsabilité du gouvernement à travers une motion de censure. C'est le rôle d'une opposition responsable de critiquer l'action ou l'inaction du pouvoir et de présenter une alternative crédible et raisonnable. En revanche, il est inutile et contre-productif, quatre ans avant les prochaines élections nationales, de brasser de la boue pour affaiblir l'équipe gouvernementale. L'effet est exactement inverse: victimiser les dirigeants du pays et leur donner l'occasion de faire front. Et cette attitude ne favorise pas à terme l'image d'une opposition responsable et motivée par le sens de l'Etat.

La riposte d'Edouard Philippe à l'Assemblée, où il a pointé du doigt l'écart entre la gestion par son gouvernement de l'affaire Benalla et la gestion d'affaires précédentes tel que les sondages de l'Elysée ou l'affaire Cahuzac par le Parti Socialiste ou Les Républicains permet-elle pour autant de relancer la dynamique de "nouveau monde" que l'affaire Benalla avait clairement remise en cause pendant quelques semaines ?

Non, c'est très improbable. Personne au fond, n'en sortira gagnant. Dans la vie politique moderne, il est très difficile de redresser une image, de modifier une impression populaire.  L'idéologie LREM se fondait sur le renouvellement des moeurs de la République à la suite de ce qu'il a été convenu de nommer "l'affaire Fillon" qui fut son acte de naissance. "Un nouveau monde", vertueux, incarné par la jeunesse du président de la République, devait se substituer à "un ancien monde", dans une logique bien française de "table rase". Ce discours idéologique a bien fonctionné auprès des élites économiques, administratives, politiques sans pour autant convaincre pleinement l'opinion dans son ensemble. Il achève aujourd'hui de s'effondrer avec l'affaire Benalla qui  montre une République toujours autant rongée par la courtisanerie, les passe-droits et le copinage. L'image présientielle comme celle de la majorité sont gravement touchées, comme sous le quinquennat précédent, et ne s'en remettront sans doute jamais.

De l'extrême-gauche, des socialistes, des Républicains ou du Rassemblement National, qui risque le plus de souffrir d'un excès d'engagement dans cette affaire ?

Par leur implantation territoriale, leur poids au Parlement, et l'adhésion d'une partie de l'opinion, les Républicains constituent objectivement la force politique ayant le plus de chance, aujourd'hui, de prendre la relève de la majorité LREM. Il n'était pas utile pour eux de s'engager dans cette affaire au point de présenter une motion de censure. En y prenant part, ils finissent par y associer leur image et se lier au boulet qui entraîne tout le monde par le fond. La stratégie du pire n'est bonne pour personne. La politique française donne le sentiment de s'enfoncer toujours plus loin dans l'abîme. Le pouvoir LREM est né du discrédit de la classe politique traditionnelle. Lui-même se trouve à son tour gravement discrédité. Nous touchons au néant absolu en l'absence aujourd'hui, de tout horizon politique pour la France... Le nouveau scandale aurait pu être l'occasion d'une réflexion approfondie des dirigeants politiques et des intellectuels sur l'avenir de la politique française. L'extrême personnalisation du pouvoir, le naufrage de la vie publique dans le scandale permanent,  l'affaiblissement du sens de l'Etat et de l'intérêt général, appellent une remise en question profonde du fonctionnement des institutions, de l'action publique et de la démocratie française. Or, cette question vitale n'intéresse absolument personne...

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