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Ben Ali, Kadhafi, Gbagbo… La mondialisation précarise le statut de dictateur
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Zone franche

Ben Ali, Kadhafi, Gbagbo… La mondialisation précarise le statut de dictateur

Une retraite digne couronnant une carrière longue et pénible, c'est tout ce que demandent les dictateurs pour céder la place.

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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A force de se concentrer sur les exactions commises par les dictateurs au cours leur carrière, on finit par perdre de vue qu’ils sont des fonctionnaires comme les autres, aussi préoccupés que n’importe quel agent EDF par les conditions d’une cessation d’activité dans le confort matériel et la dignité.

Dans le temps, celui d’avant la mondialisation, l’ingérence humanitaire, les ONG, les tribunaux à compétences universelles et autres fariboles philanthropiques, le dictateur dictatait gentiment jusqu’à ce que l’un de ses fistons prenne le relais, finissant alors paisiblement ses jours sur la Côte d’Azur ― entre une clinique quatre étoiles de la Baie des Anges et une villa avec vue sur Mare Nostrum.

C’était civilisé.

Bon, il arrivait parfois que le fiston ne se montre pas suffisamment à la hauteur et qu’un petit adjudant monté en graine prenne le contrôle des studios de la télé d’État avec des explosifs fournis par une grande puissance ou une autre mais, dans l’ensemble, il s’agissait d’un métier stable.

Et d'ailleurs, quelle maman n’aurait pas rêvé, pour son petit dernier, d’une carrière aussi prestigieuse, où l’on a l’occasion de voir le monde, de mener grand train et de faire le bonheur moral et matériel d’une famille, d’un clan ou de son patelin d’origine en contrepartie du malheur de tout un pays ?

Désormais, tout est changé et, en fait, c’est tout juste si l’on ne préfère pas carrément se faire élire démocratiquement deux-trois fois et passer ses dernières bonnes années à grappiller quelques centaines de milliers de dollars par jour sur le circuits des conférences internationales façon George Bush ou Tony Blair.

Bousculé par trois ados s'étant rencontrés sur Facebook...

Parce que franchement, depuis Saddam, planqué dans une cave sans salle de bain avant d’être pendu comme le premier rebelle venu, on imagine que ça gamberge dans les palais nationaux. Prenez Ben Ali, par exemple, forcé d’aller se réfugier dans un pays où l’on ne trouve pas une goutte de Gevrey-Chambertin par trois ados s’étant rencontrés sur Facebook… Et Moubarak, achevant ses trois décennies de bons et loyaux services dans une chambre d’hôtel sans clim de Charm-el-Cheikh, station balnéaire fanée où se bousculent les touristes low-cost débarqués d’un charter Marmara…

Vous seriez Kadhafi ou Gbagbo, ça vous ferait envie, ça ? Bien sûr que non ! Vous n'auriez pas envie de tenter le tout pour le tout en bombardant allègrement vos populations civiles avec vos dernières munitions ? Bien sûr que oui !

Hum, ce qui manque et l’on regrette que le débat sur les retraites qui secoue la planète au rythme de l’allongement de la durée de la vie ― qui est une chance, ne manquons jamais une occasion de le rappeler ―, c’est une porte de sortie honorable pour tyrans fatigués. Une sorte de havre de paix confortable avec room service et accès par Internet à la gestion de ses comptes à l’UBS.

Pour des gens qui cumulent parfois jusqu’à 50 annuités de cotisations, c’est bien le moins…

Tiens, même le Guide libyen les a, ses 42 années du nouveau système français, dont chacun s’accorde à dire qu’il est le pire qui soit. Pile poil, même ! Et qu’on ne vienne pas leur parler de pénibilité, hein, parce que dictateur, c’est tout de même assez stressant sur la durée. Il y a des menaces de putschs, des arrêts de Guerre Froide inopinés, des factions séditieuses, des complots sionistes… Il y a des avantages, OK, mais on est tout de même toujours sur la brèche.

D’autant plus qu’un changement d’attitude à leur égard et un retour à un peu plus de considération de la part de la communauté internationale épargnerait bien des dépenses, entre les interventions militaires, les réunions de ministres à New York et à Genève, les coups de téléphone interminables de président à président sur les portables…

Ouvrons à nouveau les palaces de la Riviera à tous les potentats de la planète ! Aménageons pour eux une « gated community » verdoyante avec golf-18 trous et piscine à remous ! N’acceptons pas cette précarisation progressive du statut d’autocrate, fille naturelle de la financiarisation de l’économie mondiale et de la destruction des États souverains !

Derrière chaque dictateur, n'en doutez pas, il y a un agent EDF, bon sang.

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