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Des Belges sans gouvernement...
et contents !
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Révolution de la frite

Des Belges sans gouvernement... et contents !

Ce week-end, Wallons et Flamands n'ont plus de gouvernement fédéral depuis 300 jours... et ils ne s'en portent pas plus mal !

Brieuc Benezet

Brieuc Benezet

Brieuc Bénézet est directeur général des Éditions Ellipses, maison d'édition spécialisée dans les publications universitaires et les ouvrages de langue.

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Record battu ! Depuis le 17 février 2011, la Belgique détient officiellement le record du monde de la plus longue crise gouvernementale : 249 jours. Un record détenu jusqu’à présent par… l’Irak des années chaotiques post Saddam Hussein ! Et ce record n’est pas prêt d’être égalé puisque la Belgique poursuit sa performance en atteignant ce week-end le cap des 300 jours sans gouvernement fédéral : les mésententes dans la coalition contre-nature entre socialistes wallons et indépendantistes flamands ne cessant de s’étendre. Objectif, un an ?

A quand des vagues de migrants belges ?

Vu de France, la situation belge paraît des plus angoissantes : 300 jours sans personne pour assurer notre sécurité, notre protection, pour réagir aux tracas de notre quotidien et pour répondre à nos frustrations et autres mécontentements. Pour un pays comme le nôtre, habitué à l’hypermaternité gouvernementale et où les ministres n’ont même plus le droit de partir en vacances hors des frontières, vivre sans gouvernement à nos côtés relève de l’inimaginable, de impossible. Devant une telle situation, nous pourrions d’ailleurs demander quelques comptes à nos gouvernants : ont-ils pris leurs dispositions pour prévenir les vagues migrantes de Belges qui ne manqueront pas d’arriver dans le Nord-Pas-de-Calais ? Faut-il prévoir une intervention humanitaire en Belgique pour régler cette horrible situation à défaut de se déplacer en Lybie ?

La révolution de la frite est en marche

L’inconséquence des Belges dans cette histoire fait presque peine à voir : bien conscients de la gravité de la situation qui menace l’unité de leur pays, les habitants du Royaume en péril, qui ont déclaré il y a peu la « révolution de la frite », n’en perdent pas le sens de l’humour et l’assurance d’avoir en main leur destinée personnelle.

La faute sans doute à un état fédéral intelligemment conçu et ayant su, bien avant que leur voisin ne cède à la mode du repli sur soi avec un régionalisme et une décentralisation à tout-va, répartir les tâches et les responsabilités au plus juste pour permettre une administration fiable et fonctionnelle des trois régions qui le compose. La faute surtout à un état d’esprit bien éloigné du nôtre et où prédomine la logique du débat, du consensus et de la responsabilisation de chacun dans les décisions prises.  Résultat : on vit sans trop d’angoisse, en tout cas sans trop de passions mauvaises, cette situation inédite et personne ne semble douter de sa capacité à être pleinement capable de gérer le lendemain et à y être sereinement apte à décider de son avenir. Non pas qu’il existe moins de sens de la solidarité et de souci de son voisin en Belgique qu’en France, mais chacun semble savoir assumer son quotidien et le vivre en une autonomie bien comprise.

Loin d’un état d’esprit revendicatif et plaintif, les Belges semblent chaque jour un peu plus avoir conscience de leurs capacités à se gérer et à s’entendre par eux-mêmes. Au final, l’échec apparent du gouvernement belge masque peut-être en réalité la plus grande réussite qui soit possible à une telle institution, celle, comme le dit Tocquevile, « d'habituer peu à peu les peuplesà se passer de lui » ? Et si, de la crise belge, émanait un regard neuf sur le rôle de notre gouvernement et son importance dans nos vies ? Hourra ! La révolution de la frite est en marche !

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