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La première façon de relancer l’inflation est de procéder à une dévaluation massive.
La première façon de relancer l’inflation est de procéder à une dévaluation massive.
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Sadomonétariste !

La BCE abaisse ses taux : et si finalement on lançait la planche à billet, plutôt que de dépenser des milliards inutilement ?

La BCE a abaissé jeudi son taux directeur de 1% à 0,75%. Mais avec des perspectives de croissance très incertaines pour la zone euro, les marges de manœuvre deviennent de plus en plus faibles. Faut-il prôner la "planche à billet" afin que la BCE puisse acheter directement de la dette souveraine, ou simplement plus d'intégration budgétaire comme le souhaite l'Allemagne ?

Jean-Marc Daniel

Jean-Marc Daniel

Jean-Marc Daniel est professeur à l'ESCP-Europe, et responsable de l’enseignement de l'économie aux élèves-ingénieurs du Corps des mines. Il est également directeur de la revue Sociétal, la revue de l’Institut de l’entreprise, et auteur de plusieurs ouvrages sur l'économie, en particulier américaine.

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Depuis les débuts de la crise grecque, un spectre hante l’Europe, le spectre de l’inflation. Abandonnée solennellement par les pays du G7 à Tokyo en 1979, l’inflation comme moyen d’effacer les dettes fait un retour en force au nom de la formule célèbre de Keynes de l’« euthanasie des rentiers . »

La première façon de relancer l’inflation est de procéder à une dévaluation massive. Ceux qui voient dans une sortie de la zone euro - et la dévaluation qui s’en suivrait - une solution pour les pays surendettés, se fondent sur une vision très irréaliste de la dévaluation. Après une dévaluation, les exportations supplémentaires attendues sont rarement au rendez vous, alors que l’inflation y est toujours.

La deuxième façon, moins brutale, serait aux dires de certains la « planche à billets », c'est-à-dire la création de monnaie pour financer la dette publique des pays en difficulté. Ce que semble ignorer les partisans de cette solution, c’est que, dans la situation actuelle, les banques qui achètent la dette créent déjà de la monnaie. C’est même leur rôle fondamental : la création monétaire repose sur le crédit. Les crédits font les dépôts, et ce crédit est assumé par les banques commerciales. La banque centrale ne crée pas de monnaie, mais refinance les banques commerciales qui l’ont créée, n’augmentant pas la masse monétaire, mais en changeant la nature.

On peut dès lors s’interroger sur les préventions de la BCE vis-à-vis des rachats de dette publique, puisque la monnaie pour la financer a été créée en amont. La Banque d’Angleterre - la Bank of England ou BoE - a le même statut que la BCE. Signataire du Traité de Maastricht, le Royaume-Uni a donné en 1997 à sa Banque centrale le statut commun. Cela n’empêche pas la BoE de racheter la dette publique anglaise sur le marché secondaire (marché de l'achat et de la vente d'actifs financiers déjà existants) au point d’en détenir 25%.

Si les deux banques centrales peuvent faire la même chose, pourquoi ne le font-elles pas ? Parce que la dette qu’elles ont en face d’elles n’est pas de la même nature. En face de la BoE, elle est homogène et représente la politique budgétaire de l’État britannique. En face de la BCE, elle est diverse et représente l’absence de réflexion budgétaire de la zone euro. Dès lors que cette absence s’estompe, Mario Draghi a indiqué qu’il se porterait acquéreur de toute dette publique sur le marché secondaire. La solution au problème des dettes publiques européennes allant dans le sens de ce qui se passe au Royaume-Uni, passe donc par la création d’un Trésor européen (les eurobonds), seule chose dans l’immédiat qui constituerait  un saut fédéral efficace.

Reste l’idée d’un financement direct de l’État par la banque centrale. Là encore, une différence apparaît entre une Banque centrale propriété d’un État comme au Royaume-Uni et la BCE. Si la BoE finance directement l’État anglais, cela revient à lui faire des taux nuls : les intérêts versés deviennent les bénéfices de la BoE, qui reviennent à l’État sous forme de dividende. En revanche, en zone euro, les intérêts versés par la Grèce reviendraient à l’Allemagne et à la France sous forme de dividende… Est-ce cela que l’on cherche ? Il faut donc en fait bel et bien un Trésor unique en face de la BCE, d’une BCE continuant à acheter la dette sur le marché secondaire.

Nous n’avons pas besoin de planche à billets, mais de mutualisation budgétaire !

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