Bazooka monétaire, le retour : pourquoi la première salve d’assouplissement quantitatif impulsée par Mario Draghi n’a pas suffi | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Photo d'illustration // Un bazooka.
Photo d'illustration // Un bazooka.
©wikipédia

Qui veut gagner des milliards

Bazooka monétaire, le retour : pourquoi la première salve d’assouplissement quantitatif impulsée par Mario Draghi n’a pas suffi

Le 22 janvier dernier, Mario Draghi révolutionnait l’approche monétaire européenne en mettant en place un plan d’assouplissement quantitatif. En promettant l’injection de plus de 1000 milliards d’euros au sein de l’économie de la zone euro sur une période de 18 mois, le Président de la Banque centrale européenne emboîtait le pas d’une politique déjà menée aux Etats-Unis, mais avec quelques années de retard.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

Voir la bio »

Quelques mois après l’action, l’amélioration de la conjoncture économique européenne ne fait que peu de doutes. En effet, alors que la croissance européenne s’affichait à 0.9% au cours de l’année 2014, une reprise modérée commence à se mettre en place. L’année 2015 devrait générer une croissance de 1.4%, alors que la livrée 2016 est attendue à 1.7%. Cependant, le caractère « mesuré » de ce retour de la croissance est encore insuffisant pour permettre une rapide décrue du chômage en Europe. Si cette baisse a bien eu lieu, le chômage de la zone euro est passé de 11.5 à 10.7% au cours des 12 derniers mois, le rythme d’amélioration reste trop poussif. De la même façon, et alors que le mandat de la Banque centrale européenne est d’assurer une inflation proche mais inférieure à 2%, celle-ci n’est que de 0.1% pour ce mois d’octobre 2015. Il existe donc une importante marge de manœuvre pour la Banque centrale européenne, justifiant que celle-ci soutienne l’activité économique jusqu’à ce que ce chiffre de 2% soit atteint.

Cependant, la situation spécifique de la France vient contrebalancer cette vision, notamment en raison de la persistance de la hausse du chômage. En effet, depuis le début de l’année 2015, le chômage a continué de progresser dans le pays, soit 89 100 chômeurs de plus en catégorie A depuis le mois de décembre 2014 selon les chiffres de la DARES. Le doute existe donc sur la capacité de la Banque centrale européenne à produire une baisse du chômage en France. Pourtant, la décomposition des chiffres permet d’entrevoir une autre analyse ; le QE européen fonctionne, mais il est encore trop timide pour générer une baisse du chômage en France. En effet, selon les statistiques publiées par l’INSEE, les chiffres de création d’emplois sont bien repartis à la hausse au cours de l’année 2015 :

Solde annuel de l’emploi marchand. Par Trimestre. France. Source INSEE

Entre le 3e trimestre 2014 et le 3e trimestre 2015, ce sont près de 50 000 emplois qui ont été créés en France. De plus, le détail de ces créations d’emplois permet d’appréhender la source de cette amélioration :

Cliquez pour agrandir

Si le secteur de la construction est encore en berne, traduisant le déclin de l’investissement des ménages, l’industrie ne fait pas beaucoup mieux, révélant au passage que les réformes de compétitivité menées par le gouvernement ne produisent pas les effets escomptés. A l’inverse, la poussée de l’emploi dans les services (tertiaire hors intérim) est plus que suffisante pour absorber le déclin des autres catégories, ce qui est révélateur d’une progression de la demande intérieure. Soit précisément l’objet de la politique de la BCE, au contraire de la politique gouvernementale évoquée, celle de la compétitivité. 

Mais sur cette dernière année, l’anomalie du chômage français s’explique par un autre facteur. Selon les données fournies par Eurostat, le taux de chômage du pays est passé de 10.5% à 10.8% entre octobre 2014 et octobre 2015, ce que Eurostat chiffre par une progression de 117 000 chômeurs sur cette période. Cependant, en prenant en compte ces mêmes données (le taux de chômage est exprimé en pourcentage de la population active), il apparaît que la population active française a progressé de près de 269 000 personnes depuis octobre 2014. La conclusion est donc simple, la France créé bien des emplois, mais en nombre insuffisant pour absorber la croissance de la population active et donc pour envisager une décrue du chômage. La conclusion est claire, le QE fonctionne, mais doit être intensifier pour produire des résultats en France.

C’est dans ce contexte que les gouverneurs de la BCE se réuniront ce 3 décembre, pour décider de l’action à mener. Ou non. Pourtant, sur un terrain technique, il ne sera pas nécessairement utile de brandir des milliards d’euros supplémentaires pour améliorer la situation. Car plus qu’un soutien supplémentaire en termes de montant, ou de durée (1100 milliards d’euros en 18 mois), l’enjeu de cette réunion repose avant tout sur l’architecture même du plan d’assouplissement quantitatif. En effet, l’expérience américaine démontre que le plan qui a produit les meilleurs résultats est le QE3, (QE ou quantitative easing, assouplissement quantitatif) lancé en septembre 2012. Ce plan se démarquait par sa structure « open-ended », ce qui signifie qu’aucun montant total n’avait été communiqué à priori, ni de date d’expiration. Ici, seule la réalisation de l’objectif compte. Pour suivre cette logique, la BCE devrait annoncer son objectif ; c’est-à-dire le retour à une inflation inférieure mais proche de 2%, et des moyens, soit une injection mensuelle de liquidités de x milliards d’euros. Le message est alors le suivant : la BCE continuera d’injecter ces x milliards mensuels au sein de l’économie européenne aussi longtemps qu’elle n’aura pas atteint son objectif. Ainsi, les marchés financiers n’auront plus à se poser la question de savoir si 18 mois ou 1100 milliards suffisent pour atteindre l’objectif annoncé. Dès lors, l’objectif devient une promesse prioritaire et non plus une supposition lointaine et abstraite, et la confiance dans le moyen-long terme des acteurs économiques se rétablira alors progressivement. 

Si Mario Draghi parvient à imposer une telle vision aux autres gouverneurs de la BCE, il aura atteint les limites de son mandat. Et la France pourra enfin profiter, comme d’autres, d’une baisse de ton taux de chômage.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !