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Si les banques françaises veulent rassurer, qu'elles commencent par parler-vrai
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Kiss kiss, bank bank

Si les banques françaises veulent rassurer, qu'elles commencent par parler-vrai

Moody's vient de dégrader les notes du Crédit Agricole et de la Société Générale. BNP Paribas y a échappé de peu. Mais le discours que tiennent ces banques françaises n'est pas exempt de tout reproche...

Philippe Herlin

Philippe Herlin

Philippe Herlin est chercheur en finance, chargé de cours au CNAM.

Il est l'auteur de L'or, un placement d'avenir (Eyrolles, 2012), de Repenser l'économie (Eyrolles, 2012) et de France, la faillite ? : Après la perte du AAA (Eyrolles 2012) et de La révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires : une solution pour échapper au système bancaire et à l'euro ? chez Atlantico Editions.

Il tient le site www.philippeherlin.com

Voir la bio »

Mardi, l’économiste français Nicolas Lecaussin, publiait une tribune dans le Wall Street Journal dans laquelle il rapporte les propos d’un cadre (souhaitant rester anonyme) de BNP Paribas qui avouait de grandes difficultés  à se refinancer en dollars. La banque dément immédiatement et, en fin de journée, demande une enquête sur cette « rumeur » à l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Et qu’apprend-on le lendemain ? Que BNP-Paribas « ajuste son bilan » en sacrifiant une partie de sa division la plus rentable, la banque de marché (BFI, Banque de financement et d’investissement), et « réduira de 60 milliards de dollars supplémentaires ses besoins de financement en dollar » en 2012 après l’avoir déjà fait de 22 milliards sur le premier semestre 2011. Donc la banque a quand même quelques petits problèmes pour se refinancer en dollars, non ? Bien sûr, on sait au moins depuis la mi-août que les fonds monétaires américains, grands pourvoyeurs de dollars, boudent les banques européennes !

Concernant la Grèce, les banques et les autorités de régulation nous expliquent que tout est sous contrôle et que les fonds propres sont suffisants. Mais il ne faut pas se limiter au montant des emprunts de l’État grec présent dans les bilans, mais prendre en compte l’exposition globale. Ainsi le Crédit Agricole a eu, en 2006, l’excellente idée d’acheter une banque grecque, Emporiki. Le « risque économique » (dette publique + dette privée) s’élève ainsi à 27 milliards d’euros pour le Crédit Agricole, 8,5 milliards pour BNP Paribas et 6,6 milliards pour la Société Générale, ce qui situe les banques françaises nettement au-dessus de leurs consœurs européennes.

On comprend pourquoi Moody’s vient de dégrader les notes du Crédit Agricole et de la Société Générale, tout en laissant sous « surveillance négative » celle de BNP Paribas.

Au fait comment a réagi le Crédit Agricole à cette dégradation ? La « banque verte » a décidé de faire bénéficier sa banque de marché (CACIB), aux activités risquées, d’une « garantie générale » de la part de Crédit Agricole SA, la structure qui chapote les caisses régionales, ce qui veut dire que ses fonds propres et, en dernier recours, les dépôts des épargnants, servent de garantie aux activités spéculatives du groupe… C’est juste un peu inquiétant.

Les deux tiers des Français sont inquiets pour leur épargne, selon un sondage récent. Ils ont raison de l’être. Quelle réponse apporter ? Séparer de façon étanche les activités de marché de la banque de dépôt, comme s’apprête à le faire le gouvernement de David Cameron, avec une ambitieuse réforme bancaire. Existe-t-il une telle volonté politique en France ? Ca n'a malheureusement pas l'air à l’ordre du jour.

 

Les deux tiers des Français sont inquiets pour leur épargne, selon un sondage récent. Ils ont raison de l’être. Quelle réponse apporter ? Séparer de façon étanche les activités de marché de la banque de dépôt, comme s’apprête à le faire le gouvernement de James Cameron avec une ambitieuse réforme bancaire. Existe-t-il une telle volonté politique en France ? Ce n’est malheureusement pas à l’ordre du jour.

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