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"Il faut déjà rappeler que la peine de mort n'était donnée que très rarement"...
"Il faut déjà rappeler que la peine de mort n'était donnée que très rarement"...
©Flickr/Adam Jones, Ph.D.

30ème anniversaire

La peine de mort n'existe plus : on préfère laisser crever à petit feu pour avoir bonne conscience

En plein anniversaire des trente ans de l'abolition de la peine capitale en France, Maître Coutant-Peyre joue les rabats-joie. Selon l'avocate et femme du terroriste Carlos, la France abuse des peines de perpétuité...

Isabelle  Coutant-Peyre

Isabelle Coutant-Peyre

Isabelle Coutant-Peyre est avocat. Associé dans le cabinet de Jacques Vergès. Elle est depuis 1984 l'avocate du terroriste Ilich Ramírez Sánchez dit Carlos condamné à perpétuité qu'elle a épousé en 2001.

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Atlantico : Alors que l'on s'apprête à célébrer en grandes pompes les trente ans du vote au Sénat de l'abolition de la peine de mort, ce vendredi, quel est votre sentiment en tant qu'avocat et épouse d'un prisonnier - Carlos - à perpétuité ?

Isabelle Coutant-Peyre : Il faut déjà rappeler que la peine de mort n'était donnée que très rarement. Et elle était encore plus rarement exécutée. Sa suppression a provoqué une inflation extraordinaire de condamnations à perpétuité - étant précisé qu’en France, les condamnés peuvent rester détenus jusqu’à 40 ans, alors que dans certains pays, les peines n’excèdent pas 15 ans...

Je déplore cette inflation de “la-peine-de-mort-tous-les-jours” -compte tenu des conditions terribles dans les prisons françaises-, de gens qui n’ont absolument aucun espoir “vivant”. J’entends par “vivant”, en état de vivre dans la société. C’est un système totalement hypocrite. Le système judiciaire ne veut plus accepter la responsabilité d’exécuter une peine de mort. Il se défausse vers une fausse peine de mort : une peine de mort à petit feu qui donne bonne conscience à tous. Je ne reviendrai même pas sur les conditions exécrables dans lesquelles se trouvent les prisons françaises... Je peux dire que même les parloirs d’avocat sont dans des conditions inadmissibles : deux mètres carré dans lesquels on étouffe - mais c’est un autre problème...

Bref, les prisons sont indignes de la réputation de la France. On ne sait que trop qu’il y a dans les prisons françaises des taux de suicide très élevés. J’ai même lu récemment que certains directeurs de prisons démissionnaient,  les uns après les autres, parce que l’Etat ne leur donnait pas les moyens d’exécuter correctement les missions qui leur sont données...


On vous connaît également car vous avez défendu, puis épousé Carlos, discutez-vous de cette problématique avec lui ?

Nous n’en parlons pas. C’est un problème totalement marginal. Quand je parle de peine de mort à petit feu, je parle de la situation en général, pas pour lui. Je n’ai aucun pathos à ce sujet. C’est mon analyse en tant qu’avocat.


Mais les défenseurs de l’interdiction de la peine de mort soutiennent justement qu'une peine de prison - même longue - laisse le temps d'enquêter et de faire triompher une éventuelle injustice, non ?

Mais c’est justement ce raisonnement qui est lâche car il permet justement de se donner bonne conscience.

Si je peux politiser un peu, je dirais que la France exécute la peine de mort... à travers l’OTAN. Et en plus, c’est une peine de mort chaque jour, sans jugement car la France exécute de manière très active des gens qui n’ont rien fait. On doit sortir du débat un peu niais des trente ans de l’abolition de la peine de mort.


Les idées de Carlos ont déteint sur vous visiblement ?

Non, je suis assez grande pour me faire une opinion toute seule. Je n’ai pas besoin de mentor !

Pour démontrer la véracité de ce que j’avance : essayez de compter le nombre de peines à perpétuités lancées depuis trente ans (1) ! Vous verrez qu’il est bien supérieur à ce qui se pratiquait avant... Je dis cela car je voudrais que l’on replace les faits dans un cadre moins “festif” car je m’attends à ce que Badinter profite de cette “grande oeuvre”, mais c’est tricher...

Je suis pour la peine de mort mais dans le sens où cela éviterait ces cas effroyables dus à tous ces gens emprisonnés qui finissent comme des légumes. A quoi cela sert-il de fabriquer des gens qui finissent comme des légumes ? D’autant que chaque année, on apporte des “peines incompressibles”. Même quand les gens sont libérables, il existe tout un tas de bazars, de commissions, qui décident s’ils sont susceptibles d’être dangereux un jour et s'ils peuvent rester encore très longtemps en prison...

 

 

(1)  Selon la Ligue des droits de l’Homme (LDH) : “Le nombre de condamnés à perpétuité, sanction pénale parfois qualifiée de "peine de mort lente ", a été multiplié par trois en trente ans, selon une étude non publiée du ministère de la justice : ils étaient 524 au 1er janvier 2005 contre 185 au 1er janvier 1975.


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