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"Lorsque je lis le Monde sur papier ou sur ma liseuse, c'est le même journal."
"Lorsque je lis le Monde sur papier ou sur ma liseuse, c'est le même journal."
©Flickr/NS Newsflash

La fin du papier ?

Avenir de la presse : qui survivra à la révolution de nos modes de consommation de l’information ?

A l'occasion de son cinquième anniversaire, la revue XXI publie un manifeste pour un autre journalisme. Les auteurs, Patrick de Saint-Exupery et Laurent Beccaria, dénoncent un "bluff technologique" : le numérique accentue, selon eux, la crise de la presse.

Benoît Thieulin

Benoît Thieulin

Benoît Thieulin est le fondateur de l'agence La Netscouade et président du Conseil National du Numérique.

En 2006-2007, il a participé à la campagne Internet de Ségolène Royal, notamment à travers la création du site Désirs d'Avenir.

 

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Atlantico : A l’occasion de ses cinq ans d’existence, le magazine XXI publie avec son numéro de janvier un manifeste pour un autre journalisme. Manifeste qui pose la question de l’avenir de la presse à l’heure ou le lectorat diminue et les modes de consommations setransforment. Quels sont les types de médias qui vont survivre à cette révolution ?

Benoît Thieulin : En France, on se focalise toujours beaucoup sur une soi-disant crise de la demande concernant la presse. Les gens n'auraient pas envie de lire. Or, en réalité, l'un des facteurs de la révolution digitale, c'est plutôt le retour de l'écrit et de la lecture. Dans le métro, les gens passent leur temps à lire et écrire. On ne peut parler de crise de la demande au moment où le public consomme autant d'écrits. A mon avis, le principal problème en France provient de l'offre. Les journaux, en particulier la presse écrite quotidienne, manquent de valeur ajoutée, notamment parce que l'information très chaude est relayée par d'autres médias comme les réseaux sociaux ou les chaînes d'info. Cette information-là ne constitue pas une valeur ajoutée suffisante pour que les gens achètent leurs journaux.

Cela ne veut pas dire pour autant que les gens n'ont pas envie d'avoir une information de fond et de qualité. A l'inverse, l'un des effets pervers de la révolution numérique, c'est qu'il y a trop d'informations, qu'elle est trop foisonnante et trop technique. Beaucoup de nouveautés sont apparues à l'occasion de la présidentielle comme le "fact-checking". Cela correspond à une demande de plus en plus forte de la population de décryptages et d'analyses. La génération de mes parents regardait la télé, la génération de mes enfants lit beaucoup plus dans son quotidien. En réalité, les gens connectés à l'actu de manière écrite sont aujourd'hui plus nombreux qu'il y a 30 ou 40 ans. En revanche, le type d'informations qu'ils vont consommer va être très différent. Celles pour lesquelles ils vont être prêts à consommer vont absolument avoir une valeur ajoutée importante. Les journaux se recentrent de plus en plus sur l'analyse, le décryptage, l'investigation et la pédagogie. J'y vois moins une crise qu'un nouvel âge d'or du journalisme. En revanche, cela ne veut pas dire qu'il s'agit d'un âge d'or des journaux tels qu'on les a connus. Les transformations sont puissantes.

La presse traditionnelle et les nouveaux médias peuvent-ils coexister ou les grands quotidiens sont-ils voués à disparaître pour laisser place à la presse en ligne ?

Aujourd'hui, la presse et les nouveaux médias cohabitent. La plupart des grands journaux papier sont aussi les grands journaux en ligne. Sur un positionnement différent, on voit aussi émerger les "pure players" comme Rue 89 et Atlantico. La France est d'ailleurs un des pays au monde où il y a eu le plus de créativité dans ces nouveaux médias. Ce n'est pas un hasard. En France, la crise de l'offre médiatique était peut-être plus importante qu'ailleurs. Beaucoup de journalistes comme Pierre Haski ou Edwy Plenel ont quitté la presse traditionnelle pour inventer de nouveaux formats et faire du journalisme différemment. Aujourd'hui, la presse traditionnelle et les nouveaux médias cohabitent et cela fonctionne plutôt bien.

Les auteurs du manifeste, les fondateurs de la Revue XXI, Patrick de Saint-Exupery et Laurent Beccaria, sont convaincus que les journaux font fausse route. Selon eux, la presse se rend victime d'un "bluff technologique" : "le numérique accentue la crise de la presse". Ils dénoncent un "journalisme assis", un "journalisme d'écran" qui néglige le reportage. Qu’en pensez-vous ?

Pour moi, la question du support n'est pas primordiale. Lorsque je lis le Monde sur papier ou sur ma liseuse, c'est le même journal. La vraie question est celle de la temporalité et des formats de contenu. Est-ce qu'on va vers une actualité très chaude ou plutôt vers l'analyse, le contenu ? Le succès de XXI n'est pas forcément uniquement la démonstration que le support papier fonctionne. Le succès de XXI, c'est d'abord le choix de formats longs non entrecoupés par la pub et le refus des marronniers.

Quand on lit XXI, on retrouve des choses qu'on semblait avoir perdu : des textes longs. C'est aussi un succès économique : une économie très légère d'un point de vue structurel (très peu de permanents), mais des gens bien payés pour faire de beaux papiers. XXI n'est pas la démonstration que le papier c'est l'avenir, mais plutôt la démonstration que lorsqu'on trouve un bon créneau et qu'on revient aux fondamentaux du journalisme, on peut trouver son public. Peut-être que dans cinq ou dix ans, XXI sera une très belle application sur tablette.

Selon un article du magazine Forbes, la lecture de la presse sur les téléphones portables ne cesse de progresser. 2013 sera-t-elle l'année où les téléphones portables deviendront le principal support pour s'informer ? Quelles conséquences pour l'info ?

L'année 2013 va clairement tourner autour du mobile. Le mobile va permettre d'équiper en ordinateurs tous les êtres humains, y compris dans les pays du Sud. Le mobile est en train de devenir un ordinateur personnel embarqué. L'année 2012 a été l'année du "responsive design" qui permet par le biais d'applications de consulter le même site Web à travers une large gamme d'appareils (moniteurs d'ordinateur, smartphones, tablettes, TV, etc.). Cela commence à rentrer dans les mœurs.Les consultations de site seront bientôt plus fréquentes sur mobile que sur ordinateur.

 Propos recueillis par Alexandre Devecchio

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