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Avant de quitter le Mali : que faire des putchistes encore au pouvoir ?
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Et après ?

Avant de quitter le Mali : que faire des putchistes encore au pouvoir ?

Alors que le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, estime que "70% du travail" est fait au Nord-Mali, la situation politique empire au sud du pays. Les divisions croissantes entre les partisans du régime putschiste et ceux de l'ancien président Amadou Touré menacent la reconstruction de l'Etat malien.

Alain Antil

Alain Antil

Alain Antil est chercheur et responsable du programme Afrique subsaharienne à l’IFRI.

Il enseigne à l’Institut d’Etudes Politiques de Lille et à l'Institut Supérieur Technique Outre-Mer (ISTOM).

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Atlantico : La reconquête est pratiquement achevée, n’entre-t-on pas dans une phase plus politique ? Dioncounda Traoré, le président malien, a ainsi annoncé des élections pour le mois de juillet.

Alain Antil : La phase militaire n’est pas encore achevée, puisque la région de Gao n’est pas encore sécurisée et il existe encore des poches de résistances dans le massif des Ifoghas. Même si ces résistances peuvent paraître résiduelles, il faut comprendre que même dans les zones « reconquises » aux jihadistes, la sécurité n’est pas revenue, on signalait ces derniers jours, dans la région de Goundam (proche de Tombouctou), que 4 commerçants avaient été assassinés par des membres supposés d’Ansar Dine, vraisemblablement pour être dépouillés de leurs marchandises. Nous avons un phénomène de transformation des anciens combattants de différents mouvements en « coupeurs de routes » (banditisme). Recrudescence de vols de bétails, insécurité des voyageurs, rackets divers, il ne faut pas oublier que l’une des raisons de l’exaspération des citoyens du nord Mali avant la crise, et pas seulement les Touaregs, était précisément que l’Etat malien ne pouvait assurer la sécurité du Nord Mali. Il faut donc que les forces armées maliennes et de la communauté internationale, au-delà de la lutte indispensable contre les jihadistes, n’oublient pas cet aspect.

En ce qui concerne la phase politique, c’est évidemment l’affaire des maliens. Des échéances électorales ont été annoncée (présidentielles) pour le mois de juillet 2013, ce qui parait, d’un point de vue logistique, irréaliste. Le président par intérim Dioncounda Traore a fait valider une feuille de route par le parlement malien fin janvier, qui prévoit notamment la mise en place d’une commission vérité et réconciliation. Il est évidemment important que la communauté internationale soutienne ce travail politique de sortie de crise, mais si ce travail est précipité et réalisé avec de mauvais interlocuteurs du nord du pays, alors nous aurons de nouveau des épisodes violents dans quelques années.

Pendant que la reconquête des territoires continue au Nord, la tension politique va croissante dans le sud-Mali. Un directeur de presse vient ainsi d'être arrêté le 6 mars dernier par les forces d'Amadou Haya Sanogo, capitaine qui était déjà à l'origine du coup d'état de mars 2012. La gestion des putchistes au pouvoir ne devient-elle pas le principal problème de Paris dans le conflit malien ?

Depuis le coup d’Etat, le Capitaine Sanogo est clairement devenu un partenaire encombrant, pour ne pas dire un obstacle à la mise en place d’un processus politique rapide et efficace. Même si ce dernier a accepté, sous pression internationale, de se retirer du pouvoir en cédant la place à un président d’intérim puis de transition, il n’en finit pas de faire parler de lui. Il a d’abord contribué au retardement de la demande officielle du Mali d’intervention de la communauté internationale (septembre 2013). Il essaye de peser sur le processus politique,  il est par exemple en partie responsable de la démission du premier ministre Cheikh Modibo Diarra. Il contribue de plus à l’insécurité des personnes à Bamako car en réalité il ne contrôle pas ses hommes. Il est, lui et ses soutiens, devenu l’un des principaux problèmes à Bamako, pour la communauté internationale, comme pour le Mali.

Plusieurs observateurs ont fait état d'affrontements au sein de l'armée malienne entre les "bérets verts" fidèles à Sanogo et les "bérets rouges". Cette situation peut-elle dégénérer ? 

L’armée malienne est à reconstruire, elle souffre de plusieurs maux. D’abord, elle subit un processus de paupérisation depuis une vingtaine d’année. Beaucoup d’hommes de troupes sont peu entraînés et finalement assez peu aptes au combat bien qu’ils n’aient jamais su se départir de leur habitude de vengeance sur des civils désarmés. 

Ensuite, il y a eu une véritable césure entre une partie des hommes de troupes et des officiers subalternes d’une part, et une partie de la haute hiérarchie militaire d’autre part. Les premiers reprochant aux seconds, parfois avec raison, de détourner une partie des soldes voire de participer à certains trafics. Après le massacre de près de 100 militaires maliens au mois de janvier 2012 à Aguelhoc par des jihadistes, les veuves et les collègues des martyrs ont particulièrement peu apprécié le manque de soutien voire le désintérêt de la part des dirigeants et de la haute hiérarchie militaire à leur égard. De plus, Amadou Haya Sanogo est aujourd’hui le responsable de la reconstruction de l’armée et dans toutes les armées du monde, il est souvent difficilement accepté qu’un capitaine puisse commander des plus gradés que lui.

Enfin, les bérets rouges, troupes les plus fidèles au président renversé Amadou Toumani Touré, qui ont même tenté un contre putsch, ont réagi au fait que Sanogo voulait les envoyer combattre au nord, intégrés dans plusieurs unités différentes, ce qu’ils ont ressenti comme une volonté de dissoudre leur régiment, d’où les brefs combats qui ont eu lieu à Bamako. Triste spectacle de voir des militaires maliens se battre entre eux alors que des soldats d’autres nationalités viennent reconquérir, pour la nation malienne, une partie du territoire.

Propos recueillis par Théophile Sourdille

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