Aude de Thuin - Osons la France : "La France est pessimiste et sans vision politique sur l’avenir" | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Aude de Thuin - Osons la France : "La France est pessimiste et sans vision politique sur l’avenir"
©Reuters

L'interview Atlantico Business

Aude de Thuin - Osons la France : "La France est pessimiste et sans vision politique sur l’avenir"

Du 4 au 7 décembre se tiendra le salon "ExpOsons la France de demain" consacré à la promotion des entreprises françaises, au Grand Palais. Sous le haut patronage du ministère des Affaires étrangères, on trouve à l'origine de ce projet Aude de Thuin. Elle revient sur la nécessité de porter un message positif, et ce malgré la crise et le pessimisme ambiant propre aux Français.

Atlantico Business : Quel est l'intérêt d' "oser la France" dans une économie mondialisée et un contexte normatif façonné  par les directives européennes ? 

Aude de Thuin :Nous sommes 65 millions de personnes et la 5ème puissance mondiale. Nous ne voulons pas être entrainés dans la  spirale négative de la crise. Comme le politique seul ne peut pas faire ça, nous pensons que la société civile a un rôle énorme à jouer. Nous rencontrons des gens qui en ont marre du pessimisme et des mauvaises nouvelles, qui en même temps ont besoin d’être entraîner dans un "ailleurs". Notre métier, c’est ça. Grâce à ma carrière je peux dire que j’ai la capacité de mobiliser sur un discours positif. Des entreprises sont prêtes pour cela à présenter leurs produits et leurs nouveaux business model.

[LES AUTRES ARTICLES DE VOTRE BRIEFING ATLANTICO BUSINESS]

Pourtant, certains diront que l’écosystème français est défavorable à la création et au développement de jeunes entreprises innovantes et dynamiques…  

Oui, bien sûr, pour l’instant. Mais si nous sommes nombreux à vouloir faire bouger les choses, on peut le faire. Nous avons une responsabilité, nous, entrepreneurs, pour sortir de cette spirale. Je suis assez saturée d’entendre toujours les mêmes discours, la même langue de bois, les mêmes personnes des mêmes lieux concentriques, tout cet écosystème qui restent entre eux. Je veux casser les codes et amener la France à ne pas se reconnaitre dans ce discours. La France est pessimiste et les français ont une vision très noire d’eux-mêmes, et sans vision politique sur l’avenir. A coté de ça, tout le monde ne va pas partir à l’étranger ! Il y a même des gens qui sont parti pour revenir plus travail. Notre travail c’est de présenter ces gens-là.  Il faut aider les français à se sortir de ce marasme et de cette pensée négative qui traversent le pays. Nous sommes tous lucides sur les défauts de notre pays. En même temps, si on n’envoie pas un message positif maintenant, la dépression aura des effets terribles sur le PIB. Nous devons aider le politique qui est enfermé dans ses dogmes.

Si la France ose trop peu, est-ce la faute des pouvoirs publics ? Ou encore des grandes entreprises ?

Nous avons la chance d’avoir de magnifiques entreprises du CAC40, je dis "heureusement" ! Ces entreprises sont fascinantes dans la façon de se développer. On doit être fier d’elles. Même si Total réalise 90 % de son CA hors de France, à la base, elle est française ! Il faut arrêter de critiquer les entreprises qui font partie du patrimoine français. Elles font vivre cet écosystème. Quand on voit le lien entre le Cac, les ETI, les PME et les Start-up, heureusement que les grandes entreprises sont là ! Beayucoup auraient pu partir. Elles sont là et sont restées parce que leurs racines sont ici. Pour ce qui est des pouvoirs publics, oui, il y a un ensemble de conjonctions défavorables depuis une trentaine d’années. La chose politique est une chose très perverse, parce que les politiques veulent se mêler de tout. Ils veulent s’occuper du bien être, de la morale, de l’économie … Elle n’est pas là pour tout, il faut faire confiance aux français et aux entrepreneurs capables d’eux-mêmes de faire bouger les choses. Les politiques doivent nous appuyer dans cette démarche.

Le Pacte de responsabilité peut-il être un outil pour redonner de l’intérêt à l’économie française ?

Pas tout à fait. A un moment, les responsabilités doivent être partagées. Le seul moyen que nous ayons pour sortir la France de l’étau dans lequel on est, c’est de collaborer ensemble dans  l’intérêt de la France pour les 30 prochaines années. Pour autant, un pacte de responsabilité ne veut pas dire engager les entreprises à recruter. Ce n’est que si l’économie va bien qu’il y a possibilité d’embaucher. L’emploi en France ne peut pas être anticipé et programmé puisqu’il ne peut que être la conséquence d’une économie meilleure, mais pas d’un pacte. Il faut une reprise, et également négocier entreprise par entreprise. Je viens de licencier quatre personnes pour mon salon L’Art du Jardin. Je suis confronté moi-même à une entreprise dont je décale l’activité d’un an, et à coté de ça, j’ai une autre qui se développe pour laquelle je dois recruter. On ne peut demander des contreparties qu’en fonction de la propre histoire de l’entreprise. Mon cas est concret, et je ne suis pas la seule à me retrouver dans cette situation. On oppose l’entrepreneuriat à l’État, mais faire cela, c’est envoyer un message complexe et douloureux au grand public. Il faut arrêter d’opposer systématiquement, et commencer à composer ensemble pour aller vers un apaisement en France.  La contrepartie, elle est dans la flexibilité et la libéralisation dont nous avons besoin pour que les entreprises "se lâchent". L’économie irait beaucoup mieux.

Ce salon sera parrainé par Laurent Fabius. Pourquoi avoir besoin du parrainage de l’État dans la tenue d’un salon sur l’économie et la société civile ? 

Il n’y a pas d’équivalent à l’étranger de pays qui présente à ses habitants une telle réunion de ceux qui font son économie. Nous créons cet évènement avec Exposons la France. Le marché des organisateurs de salon à travers le monde regarde de très près ce que je fais, séduits par l’idée d’organiser une mini-exposition universelle au Grand Palais. La France aujourd’hui a besoin de penser l’économie de façon à ce qu’elle puisse nous aider à affronter l’avenir. Surtout, nous devons aider la France à se sortir de son coté égotique, et la replacer sur l’échelle mondiale. C’est pour ça que nous avons demandé le soutien de L.Fabius pour faire venir des délégations internationales. A ce titre-là, le ministre des Affaires étrangères va mettre l’ensemble des ambassades françaises à notre disposition. Ainsi, pour la partie purement B2B du forum, nous voulons montrer aux étrangers qu’il y a en France ce qu’on fait de mieux dans la création et l’innovation française. Nous, société civile, avons cette capacité de convaincre les investisseurs étrangers que la France transforme sa propre économie mais également le monde entier par son coté inventif reconnu. La France des investisseurs n’est pas seulement ce qu’on entend dire dans les médias. Ensuite, le forum grand public incorporera des témoignages de gens qui ont osé créer des entreprises, se remettre en cause, recruter,  repartir après un échec,  ou même revenir en France. Nous avons déjà une base assez extraordinaire de 200 speakers, souvent des inconnus du grand public, grâce à nos forums « Osons la France » intervenus depuis 2 ans et demi à travers la France.

Propos recueillis par Youness Rhounna

Le sujet vous intéresse ?

Thématiques

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !