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Au delà du #FillonGate, la droite hantée par son incapacité à trancher le débat sur la ligne Buisson
©Reuters

Non clarifications idéologiques

Alors que la droite souffre largement des révélations du FillonGate, son incapacité à se mettre d'accord sur la ligne Buisson s’avère être tout aussi handicapante.

Jean-Sébastien Ferjou

Jean-Sébastien Ferjou

Jean-Sébastien Ferjou est l'un des fondateurs d'Atlantico dont il est aussi le directeur de la publication. Il a notamment travaillé à LCI, pour TF1 et fait de la production télévisuelle.

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Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : En dehors des révélations du Canard Enchaîné, ne peut-on pas voir également une problématique plus profonde, liée à l'idéologie du parti ? Alors que Nicolas Sarkozy avait fait campagne en 2007 puis en 2012 sur la ligne Buisson, la droite française ne souffre-t-elle pas d'un manque de clarification sur ce point dans cette campagne pour 2017 ?

Jean-Sébastien Ferjou :Depuis 2012, la droite n'a jamais été capable de trancher sur ce sur ce qu'elle pensait de la ligne buisson : Nicolas Sarkozy a-t-il perdu à cause de la ligne Buisson en 2012 ou bien a-t-il fait un score relativement inespéré grâce à cette ligne (en réalisant un meilleur score à la présidentielle que tout ce qu'avaient annoncé les sondages pendant les 18 mois précédent) ? 

Quelles que soient les relations personnelles entre Patrick Buisson et Nicolas Sarkozy aujourd'hui, on voit bien que le positionnement de Sarkozy à la primaire restait sur le même moule idéologique. Tandis que celui d'Alain Juppé prenait le parti contraire avec l'identité heureuse. 

D'une certaine manière, la victoire de François Fillon à la primaire a mis un éteignoir sur ce débat puisque son côté conservateur et la manière dont il a su s'appuyer sur les réseaux issus de la manif pour tous et de sens commun a brouillé les lignes de ce point de vue et lui a évité d'avoir à se prononcer véritablement sur cet enjeu. Même si dans les faits, ses prises de position sur le totalitarisme islamique ont fait pencher sa campagne un peu plus du côté de la ligne Buisson. Fillon n'a jamais entretenu de liens avec Buisson et ses filiations idéologiques sont profondément différentes. 

Jérome Fourquet : Ce débat qui divise profondément la droite depuis des années a été tranché dans le cadre de la primaire de novembre dernier. Cette "ligne buisson", d'une certaine manière, a été porté à la fois par Nicolas Sarkozy et par François Fillon au premier tour puis par François Fillon seulement au second tour. Il a été élu très largement sur un corps électoral de 4 millions de personnes avec 66% des voix.

Si l'on considère uniquement les sympathisants de droite qui sont allés voter  (et non tous les électeurs de la primaire) on est sur un rapport de force de 75% en faveur de François Fillon contre 25% seulement en faveur de la ligne identité heureuse porté par Alain Juppé. Alors oui, ce débat agite la droite de manière récurrente, mais il a été bien tranché.

François Fillon n'a pas l'intention de dévier de sa ligne. Avant même l'éclatement du Pénélope Gate, il avait connu un trou d'air dans sa campagne après la primaire au mois de décembre et avait décidé de la relancer en Janvier en se déplaçant à Nice ou il avait tenu des propos très durs sur l'immigration. Même chose il y a encore quelques jours, avec un nouveau re lancement de sa campagne en région parisienne, avec la question de l'insécurité pour principale thématique. Quelque part il incarne cette ligne "buisson" ou "droite décomplexé". 

Quelles sont les conséquences, aussi bien pour le parti que pour les électeurs, de cette difficulté à trancher un tel débat interne à la droite ?

Jean-Sébastien Ferjou : Aujourd'hui, l'incapacité à sortir un plan B relève certes de l'incapacité à mettre d'accord la génération des quinquas mais aussi profondément de la faiblesse générée par ce débat non tranché. 

Fidèle à ses habitudes, la droite a passé le quinquennat Hollande à se diviser sur des questions de personnes, que ce soit à l'occasion de la guerre Fillon Copé -les partisans de l'un ou de l'autre étaient là pour des affinités personnelles, ou des calculs de carrière, peu par adhésion idéologique- à l'occasion de l'élection à la tête de l'UMP qui s'est jouée sur un positionnement pro ou anti Sarkozy, ou encore à l'occasion de la primaire. 

D'une certaine manière, on pourrait même soutenir qu'il n'y a quasiment pas eu d'opposition de la droite parlementaire pendant le quinquennat Hollande. La gauche, fidèle elle aussi a ses habitudes, s'en est elle-même chargée et l'opposition médiatique et politique à François Hollande à l'Assemblée s'est principalement construite sur les frondeurs, Jean-Luc Mélenchon voire Manuel Valls ou Emmanuel Macron. Avec bien évidemment un FN en embuscade. 

C'est un enjeu politique tout autant que sociologique, puisque la ligne Buisson s'est révélée la seule adroite capable de mobiliser en électorat populaire.

Jérome Fourquet : La question n'est pas forcement de trancher mais d'arriver notamment dans le cadre d'une présidentielle à pratiquer un rassemblement, le plus large possible, sur une ligne qui soit assez claire. La difficulté qui peut être celle de la droite c'est d'arriver à parler à cette droite décomplexée qui est aujourd'hui nettement majoritaire, tout en retenant avec elle un électorat plus modéré et plus centriste qui pourrait sinon être tenté par d'autres candidatures comme celle de Macron par exemple. Aujourd'hui la question c'est plutôt de savoir comment mettre en cohérence tout cela et à partir de cette base idéologique assez claire, comment arriver à pratiquer de manière efficace une stratégie de rassemblement qui soit large et permette de toucher tous les segments de l'électorat de droite. 

Plus précisément, comment se démarque la ligne Fillon de la ligne Buisson, ce dernier ayant accusé "le fillonisme d'être le "Rotary à l'heure de l'apéritif"?

Jean-Sébastien Ferjou : La ligne Buisson a souvent été assimilé à une manière d'envisager et de parler de l'identité française, des défis de l'immigration des défauts de l'intégration. C'est oublier–comme on a pu le constater lors de l'échange avec Marine Le Pen dans l'émission politique de France deux–que l'analyse politique et idéologique de Patrick Buisson consistait largement à dire que la droite ne devait pas se contenter d'être la droite des élites économiques et de la bourgeoisie mais qu'elle devait véritablement intégrer les catégories populaires, y compris en prenant en compte leurs aspirations économiques et sociales. De ce point de vue-là, François Fillon est sur une demie ligne buisson, même sans que ce soit exprimer ainsi ses positions sur l'identité française à l'immigration peuvent s'inscrire dans la ligne d'analyse idéologique et d'efficacité électorale de l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy. Sur le programme économique et social, pas du tout.

Jérome Fourquet : Il faut être prudent sur les thermes. Parler d'une "ligne buisson" laisserait penser qu'il y a une doctrine très précise et préétablie. Hors on sait qu'à droite il y a toujours une part importante laissée au pragmatisme. 

Cela dit, on retrouve quand même un certain nombre d'ingrédients de cette ligne dans les propos et les actes de campagne de François Fillon : 

D'une part sur cette droite décomplexée qui veut en terminer avec la domination intellectuelle et morale de la gauche. Qui veut par exemple en finir avec tous le cycles de repentance, affirmer ses valeurs  familiales, son attachement à la patrie... Tout cela peut se retrouver chez Patrick Buisson. 

D'autre part, la question de l'enracinement et de la transmission. En disant notamment que la France n'est pas une société multiculturelle sans racine mais au contraire le fruit d'un héritage séculaire dans lequel la religion catholique a joué un rôle important et que c'est cet héritage qui doit être conservé et transmis dans la génération suivante. Une thématique très présente dans les discours de campagne François Fillon.  

Il y a donc toute une série d'ingrédients intellectuels et idéologiques qu'on va retrouver. Manifestement Buisson peut trouver que cette synthèse est un peu trop bourgeoise ou qu'elle s'adresse avant tout au segment de droite le plus aisé socialement. 

N'oublions pas que la ligne Buisson a évolué, 2007 n'est pas 2012. D'ailleurs la forme la plus aboutie et la plus efficace électoralement reste celle de 2007 où le candidat de droite (Nicolas Sarkozy) a marché sur deux jambes : Une identitaire et régalienne (avec des annonces fortes en matière de sécurité et d'immigration) et une autre jambe plus sociale avec la revalorisation de la valeur travail, l'éloge de la France des usines et la mesure emblématique de la défiscalisation des heures supplémentaires. Sans doute Buisson estime aujourd'hui ce volait plus sociale fait défaut aujourd'hui à la synthèse idéologique que François Fillon a proposé au pays.

Et quand on voit les dégâts qu'ont causés, avant même le Pénélope Gate, les polémiques sur les réformes de la sécurité sociale, il est sans doute dans le vrai. Entre novembre, décembre et janvier, le candidat LR avait déjà perdu 80 points d'intention de vote (en moyenne globale) et 9 points dans l'électorat populaire.  Ce dernier a donc clairement été troublé par ces annonces et ne se retrouvaient pas dans la synthèse programmatique de François Fillon. 

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