Attentats islamistes en France : la menace se reprécise | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Terrorisme
Charlie Hebdo menace terrorisme terroristes
Charlie Hebdo menace terrorisme terroristes
©Reuters

Lutte contre le terrorisme

Attentats islamistes en France : la menace se reprécise

En plein procès des attentats de janvier 2015, la DRH de Charlie Hebdo a été contrainte de quitter son domicile en raison de menaces djihadistes. L’hypothèse, plus générale, d’attentats en préparation en France est émise par plusieurs experts. Qu’en est-il exactement ?

Jacques Baud

Jacques Baud

Jacques Baud, colonel, expert en armes chimiques et nucléaires, formé au contre-terrorisme et à la contre-guérilla, a conçu le Centre international de déminage humanitaire de Genève (GICHD) et son Système de gestion de l'information sur l'action contre les mines (IMSMA). Au service des Nations unies, il a été chef de la doctrine des Opérations de maintien de la paix à New York, et engagé en Afrique. À l'Otan, il a dirigé la lutte contre la prolifération des armes légères. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur le renseignement, la guerre asymétrique et le terrorisme.

Voir la bio »

Atlantico.fr : La DRH de Charlie Hebdo, victime de menaces, a été contrainte de déménager tandis que se poursuit le procès des attentats de Charlie et de l’Hyper Cacher. La menace est-elle effectivement plus pressente ?

Jacques Baud : Je pense qu’effectivement, la republication des caricatures pourrait avoir stimulé des velléités d’attentats. Toutefois, à la différence des attentats de 2015 qui avaient un objectif stratégique clair – même s’il n’a pas fonctionné – qui était de pousser le gouvernement Hollande à cesser son intervention en Irak, on serait plus vraisemblablement ici dans une démarche de pure vengeance.

L’hypothèse plus générale d’attentats en préparation est émise par plusieurs experts. Qu’en est-il exactement ?

Le terrorisme a toujours une finalité, même si nous ne la percevons pas toujours – souvent en raison de biais culturels. La difficulté est souvent de distinguer entre ce qui relève d’une stratégie et une « simple » vengeance. Le modèle des djihadistes depuis 2004 est l’attentat de Madrid, à la suite duquel le gouvernement espagnol avait retiré ses forces d’Irak. Leur analyse était cependant fausse, car le retrait espagnol n’était pas vraiment une conséquence de l’attentat, mais du changement de majorité gouvernementale après les élections qui avaient suivi. Mais les djihadistes ont surévalué l’impact de leur attentat et ont tenté de reproduire ce modèle à Londres en 2005, puis un peu partout (y compris en 2015 à Paris)… On peut donc admettre que tant qu’il y aura une présence militaire française en Syrie, en Irak ou dans le Sahel, il existera une potentialité d’attentat en France.

La mesure de ces menaces est-elle quantifiable lorsque l’on sait que des éléments souvent non « vassalisés » officiellement par les organisations terroristes islamistes peuvent prendre des initiatives ?

La doctrine établie par les djihadistes depuis une dizaine d’années est de ne pas créer de structures clandestines trop développées. Ils ont compris qu’avec les moyens de renseignement actuels, ces structures ne peuvent survivre très longtemps. C’est pourquoi, ils prônent le « djihad individuel », par lequel des individus répondent à des mots d’ordres génériques et commettent des attentats avec les « moyens du bord », en passant « sous les radars » des services. Le problème est que des individus peuvent alors commettre des actes qui ont l’apparence d’attentats, mais n’ont pas d’objectif stratégique. C’est pourquoi il est parfois difficile pour les services de police ou de renseignement de déterminer si des attaques au couteau, par exemple, sont de nature terroriste ou « simplement » criminelle. La distinction est pourtant importante, car le terrorisme cherche à atteindre une finalité et c’est en travaillant sur cette dernière que l’on pourra combattre le terrorisme (et pas seulement des terroristes). Dans le cas de Charlie Hebdo, la situation est devenue tellement émotionnelle qu’on a – involontairement – créé les conditions pour que n’importe quel illuminé commette un acte criminel en se sentant investi d’une mission.

Jacques Baud vient de publier "Gouverner par les Fake News", chez Max Milo éditions. 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !