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Atlas des cités perdues : Centralia, terre brûlée à jamais
©Reuters

Bonnes feuilles

Atlas des cités perdues : Centralia, terre brûlée à jamais

Les villes sont mortelles comme les civilisations et peuvent disparaître de la carte du monde. L'Atlas des cités perdues relate les destins inattendus et pourtant bien réels de plus de quarante cités aujourd'hui disparues. Extrait de "Atlas des cités perdues", de Aude de Tocqueville et Karin Doering-Froger, publié aux éditions Arthaud (1/2).

Aude  De Tocqueville

Aude De Tocqueville

Passionnée par le patrimoine et l'histoire, Aude De Tocqueville est l'auteure de nombreux ouvrages sur Paris et les richesses du patrimoine français.

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Un feu que personne n’arrive à éteindre depuis… plus de cinquante ans ! Le fait est à peine croyable. Cet incendie perpétuel, Centralia le subit depuis un jour de mai 1962.

En prévision du Memorial Day, fête célébrant les Américains morts pour la patrie, des ouvriers communaux ont mis le feu à un tas d’ordures bordant l’un des cimetières de cette petite ville de Pennsylvanie. Inconscience ou bêtise ? Aucun d’entre eux ne s’est aperçu que le feu s’est propagé à la mine de charbon souterraine qui étend ses galeries sous la ville... Le destin de Centralia est scellé... Les anciens racontent que ce funeste sort avait été annoncé près d’un siècle à l’avance ! Un dimanche de la fin du xixe siècle, un curé l’aurait bien prédit : furieux de l’inconduite de ses paroissiens, il leur aurait assuré que leur ville disparaîtrait tout entière dans les flammes, à l’exception de son église et de son cimetière. Apparemment, sa colère fut entendue : de Centralia ne restent aujourd’hui qu’une église, quatre cimetières et un local municipal abritant un camion de pompiers, au cas où…

Dans cette cité ouvrière, fondée en 1866 après la découverte d’un gisement de charbon, toute l’activité était organisée autour de la mine : Centralia ne possédait ni grands monuments ni aménagements spectaculaires, mais des rangées de petites maisons réparties autour de deux rues principales, deux églises, des boutiques, une gare, un terrain de base-ball, des écoles et quelques bâtiments publics. Une localité comme il en existe beaucoup aux États-Unis, sans trop de caractère mais qui fut le cadre de vie quotidien pour plusieurs générations laborieuses : des immigrés issus principalement d’Irlande, de Pologne et d’Ukraine, et qui vivaient ici en bonne intelligence.

Malgré une vie rude consacrée à extraire le charbon, il existait une grande solidarité dans cette communauté de mineurs, jusqu’à la catastrophe qui marqua le début de l’exode. Si l’incendie souterrain passa d’abord inaperçu, il provoqua au fil des mois des incidents vraiment inquiétants : non seulement le feu ne s’éteignait pas, mais il s’étendait lentement, dégageant dans l’atmosphère, par les larges fissures qui entaillaient le sol, des jets de monoxyde de carbone, des fumées qu’on aurait dit venues des enfers.... Incommodés par les odeurs nauséabondes émanant de ce brasier souterrain, les habitants furent nombreux à quitter la ville. Beaucoup, cependant, faute d’autres perspectives, continuèrent d’y vivre vaille que vaille. En 1981, on frôla le drame : un gamin manqua d’être englouti par un effondrement de terrain. Les autorités locales et fédérales prirent la décision d’évacuer toute la cité, qui comptait encore un millier de résidents. Au fur et à mesure des départs, les maisons furent rasées, et la fameuse église catholique du curé à l’origine de la sinistre prophétie subit elle aussi le même sort. En 2002, le code postal de la ville fut supprimé.

Depuis, quelques irréductibles se cramponnent à leur ville et refusent de ranger Centralia dans leur boîte à souvenirs, fermant leur porte à la curiosité des touristes. Centralia est devenue une attraction de Pennsylvanie : elle a d’ailleurs inspiré les créateurs du jeu vidéo Silent Hill dont il existe une adaptation au cinéma. On comprend aisément que l’endroit inspire les cinéastes lorsque l’on se retrouve sur la surréaliste route 42. Autrefois bordée de bars et de boutiques, aujourd’hui déserte, elle est le début d’un réseau de voies goudronnées qui ne mènent désormais nulle part. De part et d’autre de ces voies, on aperçoit, émergeant de la végétation, des tas de pierres, parfois chaudes, vestiges des maisons détruites. Autour du cimetière, seul endroit qui semble presque « pimpant » avec ses drapeaux américains plantés sur les tombes, le sol fume encore. Personne n’a jamais réussi à éteindre ce feu, qui tord le bitume, fait naître des crevasses autour desquelles s’accrochent quelques mousses, comme un défi lancé par la nature à cette entreprise de désolation. Les spécialistes estiment que cet incendie souterrain pourrait continuer deux cents ans au moins, le temps de consumer tout le carbone qui se trouve sous terre.

La ville désolée n’attire pas que des touristes. Chaque dimanche, une poignée d’anciens habitants, venus parfois de loin, se retrouvent sur la colline où se dresse l’église orthodoxe Saint-Ignatius, seul endroit encore vivant de Centralia. Lorsque les cloches sonnent, à l’heure de l’office, ils peuvent évoquer un court moment cette époque bénie où leur première « patrie » n’avait pas encore été dévorée par un feu infernal.

Extrait de "Atlas des cités perdues", de Aude de Tocqueville et Karin Doering-Froger, publié aux éditions Arthaud, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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