Fanatisme religieux : le double jeu de l'Arabie Saoudite | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
International
Fanatisme religieux : 
le double jeu de l'Arabie Saoudite
©

Cohabitation

Fanatisme religieux : le double jeu de l'Arabie Saoudite

Plusieurs observateurs soulignent que les Saoudiens soutiennent l'extrémisme.

Gilles Klein

Gilles Klein

Gilles Klein,, amateur de phares et d'opéras, journaliste sur papier depuis 1977 et en ligne depuis 1995.

Débuts à Libération une demi-douzaine d’années, puis balade sur le globe, photojournaliste pour l’agence Sipa Press. Ensuite, responsable de la rubrique Multimedia de ELLE, avant d’écrire sur les médias à Arrêt sur Images et de collaborer avec Atlantico. Par ailleurs fut blogueur, avec Le Phare à partir de 2005 sur le site du Monde qui a fermé sa plateforme de blogs. Revue de presse quotidienne sur Twitter depuis 2007.

Voir la bio »

"La mort de Ben Laden est une opération chirurgicale qui se produit au bon moment dans un monde musulman qui aspire à plus de démocratie comme le montre le printemps arabe dans de nombreux pays, mais cet homme était un pur produit des idéologies islamistes extrémistes qui continuent d'être soutenues par l'Arabie Saoudite" estime une analyse publiée par le quotidien libanais Daily Star. Même analyse de Thomas L.Friedman dans le New York Times.

"Les démocraties naissantes qui se construisent en Egypte et en Tunisie, celles qui espèrent voir le jour à Bahreïn, en Libye, en Syrie au Yémen et ailleurs sont-elles menacées par les extrémistes islamistes ? Peuvent-elles résister à la pensée salafiste wahhabite, qui a longtemps nourri Oussama Ben Laden et ses semblables, et qui reste l'idéologie professée et protégée de l'Arabie Saoudite ?" se demande Mai Yamani, saoudienne,  auteur du livre The Cradle of Islam (Le berceau de l'Islam) et fille d'un ancien ministre du pétrole de ce pays.

"Le fait est qu'avant l'exécution de Ben Laden, le chef symbolique d'al-Qaïda, par un commando américain, les révolutions démocratiques arabes avaient déjà, en quelques mois seulement, fait plus pour marginaliser et affaiblir son mouvement terroriste au sein du monde islamique que la guerre au terrorisme en une décennie. "Pendant les années 1980, l'Arabie Saoudite a dépensé quelque 75 milliards pour la propagation du wahhabisme, le financement des écoles, des mosquées et des organismes de bienfaisance partout dans le monde islamique, du Pakistan à l'Afghanistan, au Yémen, en Algérie et ailleurs.Les Saoudiens ont continué ces programmes après les attaques terroristes du 11 septembre 2001 (...) les pirates de l'air du 11 Septembre étaient aussi issus de l'idéologie exportée par l'Arabie wahhabite (15 des 19 hommes qui ont mené ces attaques terroristes ont été choisis par Ben Laden parce qu'ils partageaient la même origine et la même éducation que lui), et l'usine d'idées wahhabites fanatiques reste intacte." ajoute Yamani qui pense que si l'on ne combat pas la propagation de cette idéologie, même mort, Ben Baden continuera à faire des émules.


Publié au Liban, l'article Mai Yamani dénoncant le soutien de l'Arabie Saoudite au fanatisme religieux a aussi été repris aux USA. Exemple ci-dessus avec le quotidien The Day du 8 mai 2011.

"Ainsi donc Ben Laden vivait dans une villa spécialement construite pour lui au Pakistan. Je crois deviner d'où vient l'argent. Du cash saoudien ? Ou un emprunt pakistanais ? Non. Je soupçonne que nous trouverons que tout est venu de la source habituelle des fonds d'al-Qaïda : un mélange de donations privées saoudiennes dépensé sous l'œil de l'armée pakistanaise. Pourquoi s'en préoccuper ? Parce ce que c'est le cœur du problème." estime Thomas L. Friedman dans le New York Times daté du 11 mai. Son article a été aussi publié aujourd'hui dans le quotidien indien The Asian Age, ce qui n'est pas étonnant vu les mauvaises relations entre l'Inde et le Pakistan.


"Les Wahhabites bénissent le régime saoudien qui se passe de toute élection, et le régime les bénit avec de l'argent tout en leur laissant le champ libre en matière de religion. Le seul défaut de ce système, c'est qu'il fabrique des jeunes Saoudiens qui n'ont rien d'autre qu'une éducation religieuse, ensuite recrutés pour devenir des terroristes style 11 Septembre, ou des spécialistes des l'attentat suicide" ajoute Friedman.

En Arabie Saoudite, "Nous sommes dans un ménage à trois avec les Saoudiens et les Wahhabites. Nous protégeons les Saoudiens qui nous fournissent le pétrole. Les Wahhabites apportent une légitimité aux Saoudiens qui leur donnent de l'argent, et c'est nous qui payons." remarque Friedman avant de conclure "Nous sommes moins en danger depuis que Ben Laden est mort, mais personne ne sera vraiment en sécurité tant que le pouvoir ne changera pas au Pakistan et en Arabie Saoudite". conclut Friedman.

Après avoir lu ces deux analyses, il ne faut pas oublier que Ben Laden a été privé de sa nationalité saoudienne dès 1994, et que la presse saoudienne a salué sa mort, en espérant que l'image des Arabes et des Musulmans sera désormais meilleure. Double jeu ? La mort de Ben Laden s'explique-t-elle parce qu'il avait fini par devenir gênant pour certains de ceux qui toléraient sa présence ou l'abritaient ?

Sur le site Egalité & Réconciliation, Ludovic Alidovitch, un Français musulman tente de nuancer le regard porté sur les Wahhabites et donne sa vision sur  l'origine du terme : "Une distinction : ne pas mettre tous les wahhabites dans le même sac ! Quand on parle d’Arabie Saoudite, on pense aussi à l’islam wahhabite. Précisons d’entrée que, contrairement au terme salafiste, personne ne se fait appeler wahhabiste ou wahhabite. Par contre, on dénomme communément – et abusivement – wahhabite tout musulman réputé extrémiste, ou jugé trop dur dans sa compréhension et pratique de l’Islam."

Alidovitch ajoute "Le terme wahhabite est en fait tiré du nom de Muhammad Ibn AbdelWahhab. Ce savant fût l’auteur de plusieurs pamphlets critiquant les pratiques déviantes de ses contemporains (allant à l’encontre du monothéisme), et diffusa de nombreux tracts expliquant les fondements du monothéisme mis à mal. Pour cet appel, il fut combattu sévèrement par des gouverneurs de la péninsule arabique, lesquels avaient tout intérêt à maintenir l’ignorance dans les rangs de la population musulmane. Le savant avait tout simplement remis au goût du jour les enseignements authentiques du monothéisme (...). Ibn AbdelWahhab reçut l’appui militaire d’un chef de tribu nommé Al Saoud, et leur association permis l’alliance des tribus arabes et la création d’un état (l’Arabie Saoudite), sur des fondements religieux monothéistes et originels."

"En décembre 2010, WikiLeaks révélait la teneur d'un rapport émanant de l'ambassadeur américain à Riyad, James B. Smith , rédigé à la veille de la visite de l'émissaire spécial de la Maison-Blanche Richard Holbrooke, évoquant les « sérieuses sources d'inquiétude » (serious concern) causées par le flot d'argent saoudien dans les caisses d'organisations extrémistes sunnites comme les talibans, le Hamas et le groupe pakistanais Lashkar e-Tayyiba, responsable des attentats de Mumbai en 2008." rappelle le quotidien libanais l'Orient Le Jour.

Le journal cite aussi l'actuelle ministre des Affaires étrangères américaine à propos de l'Arabie Saoudite : "Un an auparavant, la secrétaire d'État Hillary Clinton notait, elle, combien « il est difficile de convaincre nos interlocuteurs d'accorder une priorité stratégique au dossier du financement du terrorisme » et croyait savoir que « le gros des donateurs dans le monde est constitué de Saoudiens »."

L'Orient Le Jour n'est pas optimiste : "L'argument selon lequel le « printemps arabe » est en train de court-circuiter ce courant ne tient pas la route quand on connaît l'art des Frères musulmans, pour ne citer qu'eux, à se fondre dans le paysage en attendant leur heure. Autant de raisons qui font craindre le moment où l'Amérique pourrait constater que l'ennemi public numéro un pourrait, comme le duc de Guise abattu sur ordre d'Henri III, s'avérer « plus grand mort que vivant »". 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !