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Les musulmans interdits d’immigration par Donald Trump : mais jusqu’où le parti républicain s’accommodera-t-il du populisme du milliardaire ?
©Reuters

Le coût des mots

Les musulmans interdits d’immigration par Donald Trump : mais jusqu’où le parti républicain s’accommodera-t-il du populisme du milliardaire ?

Mardi 8 décembre, le candidat aux primaires du Parti républicain Donald Trump a défendu l’arrêt total de l'immigration des musulmans aux Etats-Unis. Son discours populiste risque de le priver d'une partie de son électorat dans son propre camp.

Patrick Chamorel

Patrick Chamorel

Patrick Chamorel est professeur à l'université de Stanford.

Il y enseigne les sciences politiques, à l'aulne des relations transatlantiques et des différences de systèmes politiques européens et français. Il collabore réguliérement au Wall Street Journal, Die Welt et CNN. Dans les années 90, il était conseiller politique dans plusieurs cabinets ministériels, à l'Industrie et auprès du Premier ministre.

 

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Atlantico : Mardi, le candidat aux primaires du Parti républicain Donald Trump a défendu "l’arrêt total et complet de l'entrée des musulmans aux Etats-Unis". La surenchère populiste pourrait-elle l’éloigner un nombre important d’électeurs républicains ?  ?

Patrick Chamorel : Bien sûr. Donald Trump représente un style extrême au sein du parti républicain. Il est beaucoup plus populiste et antagoniste que les autres. Il s’attaque à des groupes minoritaires : les immigrés, les femmes... Il se met tout le monde à dos, sauf le cœur du Parti républicain blanc, sudiste et conservateur. Mais c’est précisément ce que ne veut pas le Parti républicain, qui a besoin d’élargir sa base électorale aux hispaniques, voire aux Afro-américains.

Il y aura une opposition forte, que l’on voit d’ores et déjà au sein de ses rivaux dans la primaire. Les critiques ont mis le temps, parce que les autres candidats ne voulaient pas s’aliéner les électeurs de Trump qui sont aussi leurs électeurs potentiels. Maintenant qu’il consolide son avance, c’est sur lui que tout le monde tire.

Si Trump est choisi, ce que je ne pense pas, il risque d’y avoir des débats animés. Il se peut qu’il y ait une révolte, mais les Républicains ont tous les instruments pour barrer Trump aujourd’hui. Même si les électeurs aux primaires sont les plus militants et les plus à droite.

S’ils le rejettent, on le saura très vite, dès les primaires dans l’Iowa et le New Hampshire. Les primaires s’étalent sur de longs mois. Il y a donc toutes les possibilités de corriger le tir. Mais quel que soit le choix des électeurs, les Républicains seront très majoritairement derrière leur candidat.

Ses différences avec les autres candidats relèvent-elles uniquement du style, ou existe-t-il des divergences dans leurs programmes ?

Sur l’immigration, il n’y a aucun doute. Ce n’est pas seulement un problème de style mais aussi un problème de fond. Il adhère à ses propos. Même les autres républicains ne s’y retrouvent pas. S’il insistait sur ce thème dès le début de sa campagne, son discours s’est renforcé suite aux attentats récents. Il se focalisait essentiellement sur l’immigration hispanique et la construction du mur à la frontière mexicaine. Son opposition à l’immigration musulmane s’explique par les attentats de Paris et les évènements de San Bernardino. L’élément de sécurité intérieure prime dans son discours.

Quant à la politique étrangère, il est clair qu’il veut bombarder la Syrie et l’Irak beaucoup plus qu’actuellement. Mais là-dessus, il est plutôt en accord avec le reste des Républicains qui considèrent qu’Obama est trop faible sur ces questions, et veulent intensifier l’effort militaire au Moyen-Orient.
Concernant l’économie, son discours populiste diffère de celui de l’establishment. Son programme est beaucoup moins favorable aux grandes entreprises. Il est assez critique des inégalités, notamment des revenus des financiers de Wall Street. Ce qui braque un certain nombre de Républicains.

L'écart entre les populistes et les Républicains de l’establishment s'est-il accru depuis l’essor du mouvement du Tea Party, à partir de 2008 ?

Il y a incontestablement un changement, lié à l’impact de la récession économique et au creusement des inégalités. Il y a deux cultures encore plus distinctes qu’auparavant. Mais est-ce que Donald Trump est dans la ligne du Tea Party ? En grande partie oui. Mais à l’origine, le Tea Party est un mouvement de middle class, la classe moyenne. Trump est plus dans un mouvement de classe inférieure, moins éduquée. Un profil sociologique proche de celui du Front national. Mais à la différence de la France, c’est comme s’il y avait deux partis en un. Comme si les Républicains et le front National étaient ensemble, en France. Il est plus intéressant, à mon avis, d’avoir ces populistes au sein du même parti, car il faudra aboutir à des compromis. En France, les Républicains sont obligés de retenir leurs électeurs en prenant des positions plus dures. Ce n’est pas le cas des Républicains américains. Le centre de gravité du parti va émerger. Et Donald Trump ne sera sans doute pas choisi.

A moyen ou long terme, l’inflexion populiste de l’aile droite du parti pourrait-elle conduire à une scission du Parti républicain ?

Catégoriquement, non. Aux Etats-Unis, le bipartisme est ancré très profondément dans la culture politique et dans les structures des Etats. L’histoire a montré que les tiers-partis ne gagnaient jamais. Le Parti républicain n’a aucun souci à se faire. Encore une fois, les primaires n’ont pas encore commencé. Ce n’est pas un pays aussi politique que la France. La politique n’est pas leur préoccupation principale. Pour l’instant, une frustration s’exprime, ils se défoulent en répondant aux sondeurs. Mais ça va changer. Il n’est même pas du tout certain que Trump lui-même ne gagne dans l’Iowa. Il se peut que ce soit Ted Cruz, par exemple. 

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