Après le "oui" à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes : tout va très bien pour le gouvernement... vraiment ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Politique
Après le "oui" à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes : tout va très bien pour le gouvernement... vraiment ?
©Capture

Oui mais non ?

Après le "oui" à l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes : tout va très bien pour le gouvernement... vraiment ?

Il a fallu attendre 23h49 ce dimanche soir pour prendre connaissance de la réaction officielle du gouvernement, en l'occurrence du Premier ministre Manuel Valls, fervent défenseur du nouvel aéroport... "La démocratie a parlé. Elle a validé le projet de transfert d’aéroport déclaré d’utilité publique en 2008 (2 pistes), tranchant définitivement le débat sur l’opportunité de ce transfert..."

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

Voir la bio »

Alors que la victoire du "oui" était sans appel depuis  21heures, (55,17% pour le "oui" et 44,83% pour le "non"), il a fallu attendre 23h49  dimanche soir pour prendre connaissance de la réaction officielle du gouvernement, en l'occurrence du Premier ministre Manuel Valls, fervent défenseur du nouvel aéroport ... "La démocratie a parlé. Elle a validé le projet de transfert d’aéroport déclaré d’utilité publique en 2008 (2 pistes), tranchant définitivement le débat sur l’opportunité de ce transfert. Le Premier ministre se félicite de ce choix qu’il a toujours défendu avec les élus du territoire. Les travaux préparatoires à la réalisation du nouvel aéroport s’engageront dès l’automne prochain, dans le plein respect des réglementations nationale et européenne.  Ce nouvel aéroport est une chance pour ce territoire et ses habitants", écrit le Premier Ministre qui ajoute que " les personnes qui occupent illégalement le site du nouvel aéroport devront partir d’ici le début des travaux. L’autorité de l’Etat et les lois de la République s’appliqueront à Notre-Dame-des-Landes comme partout ailleurs dans le pays."

Plus facile à dire qu'à faire ! Officiellement Matignon attendait les résultats de la ville de Nantes, impactée par les nuisances provoquées par l'aéroport actuel. Mais tous les quartiers ne sont pas concernés et les électeurs nantais se sont montrés très partagés : et  le "oui" ne l'emporte que de 100 voix dans la métropole nantaise. (En revanche, l'industrieuse Saint-Nazaire, en plein boom économique avec la construction de paquebots géants, a voté massivement en faveur du futur ensemble).

En fait, au sein même de l'exécutif (entre l'Elysée et Matignon), et au gouvernement ensuite, entre le Premier ministre et la ministre de l'Ecologie et des Transports, Ségolène Royal, les violons n'étaient pas accordés. Après le drame du barrage de Sivens, où un jeune manifestant avait trouvé la mort, Ségolène Royal avait commandé un rapport sur le projet Notre-Dame-des-Landes à l'Inspection Générale de ses services. Ce  rapport avait conclu au caractère "surdimensionné" du projet, et mis l'accent sur son coût ; à la suite de quoi, Mme Royal avait décidé que l'aéroport n'aurait qu'une piste, cela même avant la décision d'organiser un référendum local. Or le communiqué de Matignon ne manque pas de préciser  que le projet dûment validé comporte deux pistes , car la piste unique n'a jamais été validée .Pour l'heure  les partisans du oui ne s'arrêtent pas à ces considérations. L'ancien maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, qui porte le projet depuis des années, s'est montré discret  hier. Mais  le  nouveau président de la Région Pays-de-Loire, le sénateur L.R. Bruno Retailleau, (qui voit dans ce scrutin", la victoire du développement et de l'emploi, et  la défaite des zadistes), tout comme le président PS du conseil départemental de Loire Atlantique, Philippe Grosvalet, ou encore la candidate à la primaire et ancienne ministre de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet, n'ont, eux, pas tardé pour réclamer un démarrage rapide des travaux , ainsi qu'une évacuation de la zone occupée par les opposants au projet. Or ces derniers, n'ont, eux non plus, pas perdu de temps pour faire savoir qu'ils ne se sentent pas du tout contraints par ce vote : une simple  "consultation" d'après eux et ils  envisagent d'ailleurs de nouveaux recours devant la justice administrative française voire européenne. Chez les Verts, on fait valoir que "le périmètre a été sélectionné pour assurer une victoire du oui", et les ministres écologistes restent opposés au projet, mais gardent le silence. Ségolène Royal dit se ranger derrière la décision de Matignon et botte en touche en expliquant que l'évacuation de la ZAD ne relève pas de son domaine, mais de celui du ministre de l'Intérieur. Cependant on voit mal comment le gouvernement pourrait cette fois reculer (Nicolas Sarkozy qui était en déplacement en Bretagne a rappelé qu'il y avait eu "160 décisions de justice en faveur de ce projet"). Manuel Valls a les mois d'été devant lui pour mettre en place son dispositif. En attendant un grand rassemblement des opposants est déjà prévu sur place le week-end précédent le 14 juillet, et c'est en octobre que les premiers travaux devraient démarrer. Mais le démantèlement de la ZAD  sera compliqué car les opposants en ont fait un véritable camp retranché . A moins d'un an des élections présidentielles et législatives l'opération s'annonce périlleuse et le moindre dérapage prendrait des proportions dramatiques. Comme toujours en pareil cas, c'est l'Elysée qui devra trancher ; tout ce que François Hollande n'aime pas faire. Par ailleurs, en réclamant l'évacuation de la ZAD, les élus de l'opposition seraient-ils prêts à partager les risques avec Manuel Valls s'il décide "de faire appliquer l'autorité de l'Etat" avec les conséquences que cela comporte ? L'embarquement à Notre Dame des Landes n'est pas pour demain !

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !