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Après l’Inde, la Chine : 
Faut-il s’inquiéter du ralentissement 
de la croissance de la deuxième 
économie du monde ?
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Effet domino

Après l’Inde, la Chine : Faut-il s’inquiéter du ralentissement de la croissance de la deuxième économie du monde ?

Pendant des années, la Chine est parvenue à maintenir une croissance élevée au prix d’un accroissement des déséquilibres internes qui se traduisent aujourd'hui par un taux frôlant les 8%. L'économie chinoise est en réalité à un tournant dont l'enjeu est économique, social, mais également politique.

Mary-Françoise Renard

Mary-Françoise Renard

Mary-Françoise Renard est professeur à l’Université d’Auvergne (Faculté des Sciences Economiques et de Gestion) et est responsable de l’IDREC (Institut de Recherche sur l’Economie de la Chine) au CERDI

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Le ralentissement de la croissance économique chinoise fait l’objet d’une attention particulière et de nombreux commentaires souvent alarmistes alors même qu’une croissance de 8% est un rêve inatteignable pour la plupart des pays et que ce chiffre n’est pas inférieur aux objectifs du plan quinquennal chinois. Cette évolution est-elle inquiétante pour la Chine, pour le reste du monde ?

Les 30 ans de réformes qui viennent de s’écouler, après 30 ans de maoïsme, ont constitué une expérience exceptionnelle, mettant en évidence les avantages du gradualisme dans un pays comme la Chine, bénéficiant de fortes institutions.

La crise économique de 2008 a eu un double effet sur cette économie. Premièrement, elle a obligé le gouvernement à modifier le rythme des réformes et à retarder le nécessaire ré-équilibrage de la croissance en faveur de la consommation. Le vaste plan de relance mis en place alors a accentué le poids de l’investissement, notamment dans le secteur des infrastructures, favorisé les entreprises d’Etat et accru les dépenses des gouvernements locaux. Le maintien d’un taux de croissance élevé s’est fait au prix d’un accroissement des déséquilibres internes. Deuxièmement, en pénalisant l’activité économique des Etats-Unis et surtout de l’Europe, premier partenaire commercial de la Chine, elle a souligné la dépendance de la Chine à l’égard de la demande mondiale, même si, contrairement à une idée largement répandue, les exportations ne sont pas le principal moteur de sa croissance. Ce fléchissement de la croissance des exportations explique en partie le ralentissement de la production industrielle, la Chine ayant même connu un déficit de son solde commercial, début 2012. Compte tenu de la forte intégration commerciale des pays d’Asie, une diminution de la croissance de la production industrielle et de celle des exportations de la Chine se traduira par une baisse de ses importations et donc pénalisera l’activité économique de ses partenaires asiatiques. Néanmoins, ceux-ci semblent avoir la capacité à résister à ce choc. Un affaiblissement de la production industrielle pourrait aussi jouer à la baisse sur le prix des matières premières.

Quelles sont les conséquences de ce ralentissement pour la Chine ?

Le ralentissement de la croissance de la production s’est accentué en 2012, avec un taux légèrement inférieur à 12% au premier trimestre, soit le plus faible taux depuis juillet 2009. Combiné à une forte hausse de la productivité du travail, il risque d’accroître le  chômage. Il a aussi comme origine la volonté du gouvernement de dégonfler la bulle immobilière, ce qui s’est traduit par une forte diminution du prix des logements et a entraîné une chute de l’activité des secteurs liés à la construction.

La situation actuelle reflète une certaine ambigüité des caractéristiques de cette économie. Ainsi, les fragilités du système bancaire, dont la réforme est commencée mais non achevée, ont entraîné une mauvaise allocation du capital qui a largement favorisé les entreprises d’Etat, parfois peu efficaces. Mais ce phénomène a aussi permis de maintenir l’investissement quand les entreprises privées ont été en difficultés.

L’économie de la Chine est sans doute à un tournant ; la population urbaine sera bientôt plus nombreuse que la population rurale, les fortes hausses de salaires ont un effet positif sur la consommation intérieure mais imposent à la Chine une évolution de sa spécialisation commerciale vers des produits incluant plus de technologie. Elle doit améliorer la productivité du capital et se doter d’un système financier  plus sophistiqué. C’est une condition à une meilleure allocation de l’épargne et à l’accès des entreprises privées au financement dont elles ont besoin, ce qui est très difficile actuellement. C’est aussi un préalable à l’internationalisation du yuan, question qui va se poser dans les années à venir.

Mais il ne faut pas oublier que la logique de rattrapage d’un pays très pauvre comme l’était la Chine en 1978, conduit à un fort taux de croissance. Son ralentissement ne signifie pas que le développement futur est hypothéqué. Une croissance supérieure à 7% laisse une certaine marge de manœuvre au gouvernement qui bénéficie par ailleurs d’un endettement relativement faible (ce qui n’est pas le cas des gouvernements locaux) et de très fortes réserves de change. Mais l’enjeu n’est pas seulement économique et social, il est aussi politique : la crédibilité du gouvernement et donc sa stabilité, tiennent au maintien de la croissance économique, à la réduction des inégalités, au développement de la protection sociale et à la lutte contre la corruption. L’objectif de croissance a eu jusqu’à maintenant la priorité sur l’équité et la justice sociale. Le niveau actuel du taux de croissance n’est pas alarmant mais pour atteindre le but d’une société harmonieuse visée par le plan, le gouvernement doit limiter les investissements faiblement productifs, mener une politique budgétaire de soutien à la consommation et mieux intégrer les préoccupations environnementales. C’est à cette condition qu’il évitera une instabilité sociale qui mettrait en péril le modèle économique qui reste fragile, alors même que le système politique est confronté à de nombreuses difficultés.

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