Après COVID-19 en 2020, dette sera le mot de 2021. Mais quelle dette ? « Dette-Covid qui n’existe pas », dette perpétuelle, dette à ne pas rembourser, dette à lire dans les programmes qui s’écrivent pour la Présidentielle de 2022… ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
covid-19 coronavirus pharmacie test dette endettement quoi qu'il en coûte
covid-19 coronavirus pharmacie test dette endettement quoi qu'il en coûte
©MARTIN BUREAU / AFP

Prospective 2021

Après COVID-19 en 2020, dette sera le mot de 2021. Mais quelle dette ? « Dette-Covid qui n’existe pas », dette perpétuelle, dette à ne pas rembourser, dette à lire dans les programmes qui s’écrivent pour la Présidentielle de 2022… ?

Jean-Paul Betbeze évoque l'épineuse question de la dette face à la crise du Covid-19.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

Voir la bio »

1 995 304 763 729 euros : c’est la dette négociable de l’état le 31 octobre 2020 selon l’Agence France Trésor. La dette publique française augmente à chaque seconde, et ce n’est pas la seule : tous les pays font pareil, comme partout les entreprises et les ménages. La dette des entreprises pèse ainsi 85% du PIB, celle des ménages 65%, celle des administrations 114% ! Tout le monde s’endette, le monde lui-même s’endette, se demandant qui lui fait une telle confiance. La réponse est pourtant simple : c’est le monde d’après.

Pour s’en sortir dans cette période de vœux, il faut trouver une solution pour régler la question. En voici 10, en allant par ordre décroissant de qualité.

  1. Rembourser bien, mais pas facile : dire la vérité. Dire que le COVID-19 est un rappel à la réalité de nos interdépendances et de nos fragilités. La santé est affaire mondiale, européenne, avec l’exigence de partager des informations sûres. Pour la zone euro, la crise sanitaire montre l’importance de compléter une stratégie d’autonomie, avec les normes, les frontières, la santé, le militaire… Pour guérir des virus mondiaux qui abondent, il faut surveiller, avertir, vacciner et surtout rembourser. Si l’on s’engage dans cette démarche, le prix à payer sera moindre.

  2. Pratique, mais prend du temps : prolonger les dettes pour les rembourser plus tard : c’est l’idée des Banques Centrales, en accord en fait avec les autorités politiques qui ne cherchent évidemment pas une récession accentuée. Il s’agit d’envoyer à tous un double message : la dette sera payée, mais plus tard. C’est obligatoire pour éviter que les ménages et les opérateurs financiers ne proposent un placement plus sûr, Bitcoin ou Libra. Il faut faire patienter les épargnants inquiets, qui placeront à taux négatif et mener les autres vers les startups, titres verts, éthiques….

  3. Vrai, mais provocateur : dire qu’on remboursera la dette… en en faisant plus. C’est bien sûr ce que font et feront les Banques Centrales, mais sans le dire aussi crûment. Le risque majeur actuel est la déflation, pour en sortir il faut décourager ou ponctionner l’épargne avec des taux négatifs et faire beaucoup de crédit pour diluer la dette par une montée mesurée des prix. Si les crédits manquent, les prix chutent et le coût réel de la dette monte : donc il ne faut pas être chiche, et surtout le dire, habilement !

  4. Pas mal, mais à expliquer : dire qu’on remboursera par un supplément de croissance, lié à un avantage fiscal sur l’investissement fiscal en start-up, de façon à encourager la prime de risque. Comme les SICAV Monory, les SICAV ( 500 Franc) : un avantage fiscal modeste, mais qui avait en son temps convaincu et bien aidé la Bourse et les entreprises.

  5. Inutile : nommer les dettes pour les ranger, sauf s’il s’agit de préparer les esprits à des taxes. C’est plus psychologique qu’autre chose : on fera ainsi un distinguo dans les vagues de montée des dettes : avant les subprimes, après aux Etats-Unis, puis avec la crise des dettes souveraines en zone euro, puis avec le COVID-19 puis après. On verra alors que tout ceci s’établit sur des étagères, de plus en plus hautes. Mais classer n’est pas payer, pas encore…

  6. Plus compliqué et difficile, avec un emprunt forcé partiel : dire qu’on paiera avec une part de la surépargne née du confinement, qui sera remboursée ensuite, sur le modèle de l’emprunt sécheresse de Raimond Barre, en totalité pour les bas et moyens revenus, en partie pour les autres.

  7. Pour énerver et inquiéter : dire qu’on remboursera la dette par l’impôt des « riches ». A partir de quand l’est-on ? Et jusqu’où et combien de temps ?

  8. Programmes présidentiels, pour énerver tout le monde : établir des conventions citoyennes pour retenir que faire avec 150 citoyens tirés au sort parmi les militants et sympathisants des divers partis. Il s’agit de leur demander des idées qu’ils n’ont plus.

  9. Dramatique : dire que la dette COVID-19 n’existe pas. C’est un risque majeur. Dire ainsi qu’il y a trois dettes : pré-COVID, COVID et post-COVID et que la deuxième est de la monnaie, correspondant à des titres achetés par la Banque Centrale, en somme de la dette publique rachetée par l’état. Elle est donc un simple épisode : la première dette devra être remboursée, la troisième aussi, donc il faudra y faire attention, mais celle « du milieu » ne compte pas. Elle sera gardée et refinancée dans le temps, sans qu’il faille s’en préoccuper. Mais ceci ne prend pas en compte le fait qu’il y a, en réalité, différentes dettes COVID, puisque les rendements des obligations d’état sont différents : 0,9% pour les États-Unis, -0,5% pour l’Allemagne, 0,3% pour la France et 0,5% pour l’Italie, ces rendements étant liés. Derrière ces différentes dettes, en zone euro, il y a une Banque Centrale mais des états, à la fois solidaires et différents, mais il ne faut pas tendre la corde. On verra ce qui se passe avec la remontée des taux américains, qui pourrait les faire tous monter, et quelles sont les réactions des marchés si on dit qu’on ne s’en soucie plus. Le rendement de la dette-COVID 19 italienne « qui n’existe pas », pas plus que la française, explosera alors, tout le monde allant sur la dette allemande et mettant à bas des années de stratégie de la BCE.

  10. Pire que tout : dire qu’on ne la remboursera pas et que ceci n’est pas grave. Quand on fait défaut une fois, c’est semer le doute qu’on le fera une autre.

Faites vos vœux de remboursement ! Et faites ainsi votre bonne année 2021 !

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !