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Après avoir nié leur existence, la Chine légalise l'utilisation des camps de rééducation pour extrémistes religieux
©JOHANNES EISELE / AFP

Brutal

Après avoir nié leur existence, la Chine légalise l'utilisation des camps de rééducation pour extrémistes religieux

Après avoir nié l'existence de camps de rééducation dans la province du Xinjian, la Chine vient de légaliser le recours à des camps pour "éduquer et transformer" les Ouïghours.

Emmanuel Dubois de Prisque

Emmanuel Dubois de Prisque

Emmanuel Dubois de Prisque est chercheur associé à l'Institut Thomas More et co-rédacteur en chef de la revue Monde chinois nouvelle Asie.

 
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Atlantico : Après avoir nié l'existence de camps de rééducation dans la province du Xinjian, la Chine vient de légaliser le recours à des camps pour "éduquer et transformer" des personnes influencées par l’extrémisme, en l’occurrence, les Ouïghours. Comment analyser cette réponse de Pékin aux protestations internationales concernant le sort réservé à ces populations ? 

Emmanuel Dubois : Est-ce qu'il s'agit d'une réponse à la pression internationale ? Sans doute en partie, mais il s'agit au moins autant d'un processus interne à la Chine. La loi adoptée en mars 2017 qui prétendait lutter contre la radicalisation était assez floue et laissait les mains libres au Parti. Les buts affichés et la méthode adoptée depuis mars 2017 révèlent la foi du PCC dans sa capacité à éradiquer non seulement le terrorisme mais plus "radicalement" à modeler comme il l'entend les populations qui lui sont soumises. Les commentateurs occidentaux ont tendance à penser que la répression que la Chine exerce sur les Ouighours est si violente qu'elle se paiera nécessairement, comme s'il existait une justice immanente, comme si la férocité du Parti devait nécessairement provoquer le juste soulèvement des musulmans chinois et ainsi être punie un jour. George Orwell, qui dans son ouvrage 1984 imaginait un pouvoir totalitaire éternellement triomphant, ne serait pas d'accord. En outre, le PCC lui-même pense sans doute que sa réponse est la meilleure: il veut transformer pour les rendre meilleurs ce qu'il considère être de mauvais citoyens, qui mettent la religion avant l'Etat et Dieu au dessus de la Chine. De son point de vue, aussi curieux cela nous semble-t-il, la mise en place de ces centres de rééducation et de transformation des citoyens est une bonne action, une faveur accordée aux Ouïghours pour lesquels on dépense moyens et énergie pour en faire de bons Chinois civilisés. Les membres du Parti envoyé jusque dans les foyers musulmans où ils vivent à demeure et dispensent la bonne parole sont en mission. Ce sont des agents de l’Empire du Bien, avec des caractéristiques chinoises.

Ne peut-on pas voir ici une forme de pied de nez "juridique" adressé à la "communauté internationale" ? 

Pour le Parti, la loi n'est qu’un moyen de gouvernement parmi d'autres, en aucun cas "l'Etat de droit" ne saurait être considéré comme le souverain auquel il devrait se soumettre. Du point de vue de la Chine, "la communauté internationale" n'est en l'occurrence rien d'autre que le porte-voix des États-Unis, pays dont le but est de contenir, voire d'abattre la puissance chinoise. C'est le sentiment dominant aujourd'hui à Pékin.

Qu'est ce que ce cas d'espèce peut révéler de la faiblesse du multilatéralisme actuel ?

La faiblesse du multilatéralisme, je ne sais pas, mais la faiblesse des réactions internationales, en particulier celle des pays musulmans est frappante. La Malaisie est une exception, il y en a peut-être d'autres, mais en tout état de cause elles restent discrètes. À l'étranger, la Chine peut adopter un discours "inclusif" et respectueux de la diversité des cultures, mais sur son territoire, elle n'éprouve aucun scrupule à mener des politiques coercitives d'assimilation sur des populations qui sont pourtant chez elles.

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