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Angela Merkel à propos de la zone euro
Angela Merkel à propos de la zone euro
©Reuters

Comme une pierre attachée aux pieds

Et après avoir détourné la croissance européenne ces dernières années, l’Allemagne bien partie pour entraîner la zone euro vers le fond

Selon les premiers résultats de l'Insee publiés ce jeudi 14 août, pour le deuxième trimestre consécutif, la France affiche une croissance nulle. Parallèlement le Produit intérieur brut de l'Allemagne a reculé de 0,2%.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Lire également : Le grand hold-up : comment l’Allemagne a capté 89% de la croissance européenne sur les 5 dernières années (et pas seulement grâce à ses mérites)

Le 12 août était publié l’indicateur ZEW, établissant le sentiment économique en Allemagne. Une chute de 18 points en un seul mois, établissant un plus bas depuis juin 2012. Le communiqué décrit la situation :

"Le déclin du sentiment économique est probablement relié aux tensions géopolitiques qui ont affecté l'économie allemande. En particulier, les chiffres actuels de la production industrielle et des commandes entrantes suggèrent une activité nettement réduite sur le front de l'investissement de la part des entreprises allemandes, celles-ci étant confrontées à des perspectives de ventes incertaines. Etant donné que l'économie de la zone euro ne s'améliore pas, des signes montrent que la croissance économique en Allemagne sera plus faible que prévu en 2014."

L’Allemagne est confrontée à un problème sérieux. Sa dépendance aux marchés internationaux rend son modèle économique vulnérable aux tensions géopolitiques et aux politiques économiques menées dans le reste du monde. Une approche qui lui avait pourtant parfaitement réussi pour le moment.

Et c’est cette stratégie qui est aujourd’hui proposée à la zone euro dans son ensemble : Une faible demande intérieure qui permet de contenir la progression des salaires et une volonté d’aller vers plus de "compétitivité" pour prendre des parts de marché à l’export. Et à première vue, les résultats sont là. La balance commerciale de la zone euro s’améliore.

Balance commerciale en % de PIB. Zone Euro. 1999/2013

Pourtant, alors que son excédent commercial n’a jamais été aussi fort, l’économie européenne dans son ensemble n’a jamais été aussi faible. Une contradiction qui n’a pas l’air de beaucoup choquer. Et c’est bien là le nouveau problème auquel la zone euro se confronte aujourd’hui. En essayant vainement d’exporter sa récession, l’Europe se met en situation de totale vulnérabilité économique. Sur le modèle allemand. Et Comme pouvait l’indiquer le Wall Street Journal dès le mois de juillet :

"Bye Bye, l’histoire de la croissance allemande…

En moins d’une année, l’Allemagne qui était vantée comme étant le moteur de la croissance européenne, la puissance de la région etc. pourrait se retrouver face à une falaise de non croissance, et possiblement tirer le reste de l’Europe avec elle. L’industrie est faible, le chômage a l’air de vouloir remonter à nouveau et les données récentes montrent que les importations et les exportations ont chuté de façon inattendue en mai. La cerise sur le gâteau est que les indicateurs avancés de l’OCDE montrent une chute pour le troisième mois consécutif."

Une vulnérabilité qui se révèle en effet peu à peu au gré du contexte économique mondial et ce dans l’attente de la publication des chiffres de la croissance allemande pour le deuxième trimestre 2014. Une vision défendue par le Financial Times :

"Alors que l'économie allemande reste la plus forte de la région, les attentes formulées plus tôt cette année, indiquant qu'elle pourrait stimuler la croissance dans les régions les plus faibles de la zone monétaire, sont maintenant regardées de façon douteuse."

Car comme le montre l’indice ZEW, le monde n’est pas en forme en ce moment. Le parti communiste chinois est en train de revoir sa copie sur son modèle de croissance, la Russie n’est pas au mieux, le Brésil sombre…Quant aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, ils semblent avoir repris le rythme d’une croissance acceptable qui ne nécessiterait pas de nouveaux plans de relance nourris au stéroïdes.

Au mois de juin, la production industrielle allemande s’est ainsi tassée de 4.3% par rapport au même mois de l’année dernière. Les exportations ne progressent plus depuis bientôt deux ans. La demande adressée à l’Allemagne de la part des pays émergents se tasse. Dans de telles conditions, aller chercher la croissance en dehors de ses frontières devient un exercice périlleux. Une situation qui devrait être regardée attentivement par l’ensemble des membres de la zone euro qui souhaitent calquer leur modèle sur une vision mercantiliste.

Et pour pallier cette situation, pas la peine de compter sur la demande européenne. Celle-ci a été mise au piquet par la Banque centrale européenne. Ce que l’Europe est en train d’accomplir aujourd’hui correspond à une volonté d’appauvrissement de son marché intérieur afin d’essayer de gagner une plus grande part de croissance extérieure dont elle ne maîtrise rien. Elle lâche la proie pour l’ombre au prix d’un chômage record.

Le risque est d’autant plus important pour la zone euro aujourd’hui que les chiffres de l’inflation sont faibles. Car tout choc extérieur propulserait alors la zone euro dans les bras de la déflation.

Lire également : Le grand hold-up : comment l’Allemagne a capté 89% de la croissance européenne sur les 5 dernières années (et pas seulement grâce à ses mérites)

Pour lire le Hors-Série Atlantico, c'est ici : "France, encéphalogramme plat : Chronique d'une débâcle économique et politique"

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