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Appel des économistes en faveur de Macron : petit comparatif avec les arguments de ceux qui soutenaient François Hollande en 2012
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Appel des économistes en faveur de Macron : petit comparatif avec les arguments de ceux qui soutenaient François Hollande en 2012

Les soutiens des économistes à Emmanuel Macron sont de plus en plus importants. Parmi eux, nombreux sont ceux qui avaient déjà soutenu François Hollande en 2012 et qui aujourd'hui semble miser sur le candidat d'En Marche !.

Mathieu  Mucherie

Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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Atlantico : En 2012, une trentaine d'économistes de gauche signaient une tribune pour défendre la candidature de François Hollande. Aujourd'hui chacun semble avoir choisi son camp : Philippe Aghion, Jean-Yves Lorenzi, Philippe Martin ou Élie Cohen du côté d'En Marche ! quand Thomas Piketty, Julia Cagé, Daniel Cohen ou Michel Aglietta sont restés au Parti Socialiste. Comment expliquer cet éparpillement aujourd'hui ?

Guillaume Mucherie : Ce n'est pas vraiment un éparpillement : un majorité du courant « mainstream » a rejoint Emmanuel Macron. Certes, au Parti Socialiste il y a la tentative d'emprise depuis quelque temps de de Thomas Piketty, qui a poussé et poussé au point d'en devenir économiste en chef aujourd'hui. Mais il a peu de chance, car il le devient au moment où le Parti Socialiste est au plus mal ! Du coup, peu d'économistes rejoignent le Parti Socialiste avec lui, car ils sentent que ce n'est pas le choix le plus efficace en terme de gestion de carrière. Il faut bien voir qu'il n'y a pas vraiment de choix idéologique dans ces procédés : les uns et les autres attendent d'être nommés soit au Conseil d'analyse économique, soit dans tel ou tel comité politique, soit à la Caisse des Dépôts et Consignations... Ils ont tous ces objectifs en tête. Idem pour les nominations aux postes-clé de l'OCDE, de la Banque Mondiale, de FMI ou de la BCE. Cela passe par le fait de miser sur le bon cheval.

Certains n'avaient simplement pas vu le coup venir et s'était donc rapproché de Hamon en pensant qu'il serait en bonne position au second tour. Les autres sont allés vers En Marche ! C'est la démarche naturelle adoptée par l'économiste de centre-gauche qui a voté Hollande en 2012. C'est un mélange donc d'opportunisme et de quelques positionnementsd'ordre plus théoriques qui, heureusement, rentrent en compte un minimum. Mais aujourd'hui, le risque de soutenir Emmanuel Macron semble léger. Il y aurait plus de courage à soutenir François Fillon ou Jean-Luc Mélenchon. Pour les autres, soient ils étaient trop à gauche pour aller chez Macron, soient ils rejoignent Macron sans que cela ne corresponde réellement à un véritablement position politique centriste. 

Philippe Aghion signe aujourd'hui une tribune dans Les Échos où il défend la capacité du projet d'Emmanuel Macron a redonner du pouvoir d'achat aux classes moyennes. Ce nouveau soutien tire-t-il les conséquences de cinq années de Hollande au pouvoir ?

C'est compliqué, parce que la thématique de Macron est une thématique structurelle : en gros c'est « je suis à gauche mais je suis pour la réforme de l'offre productive ». C'est un discours de l'establishment centre-droit qui s'oriente vers des positions du centre-gauche en y mettant des éléments de sociale-démocratie nordique et d’efficacité technicienne à la mode ENA-new-age. Mais désormais, la démarche annoncée par M. Aghion promeut une défense du pouvoir d'achat. En gros, en caricaturant un peu, c'est la démarche inverse ! Et je ne vois pas vraiment la cohérence derrière tout cela.

Soit on est pour des réformes productives mais ce n'est clairement pas favorable, du moins dans un premier temps, au pouvoir d'achat. Soit on vise une stimulation de la demande agrégée et là on est dans la continuation d'un certain nombre de politiques telle celle de Nicolas Sarkozy, où l'on fait des réformes structurelles mais où en vérité on dope la demande. C'est contradictoire avec l'idée que l'on va insister sur la réforme de l'offre, l'ubérisation ou le digital comme l'a affirmé Macron.

Ce que dit Aghion, cela sent bon la dernière ligne à trois semaines de l'élection dans laquelle chacun fait son petit cadeau. Avec les classes moyennes, c'est génial, parce que cela concerne en gros huit Français sur dix ! S'agit-il une façon de critiquer le bilan de François Hollande ? En creux forcement ! Chaque candidat affirme être le candidat du pouvoir d'achat : François Hollande avait fait le coup, Nicolas Sarkozy avait fait le coup aussi, mais le pouvoir d'achat dépend des gains de productivité. On ne peut pas redistribuer si on ne gagne pas, et les gains de productivité sont très faibles en Occident, et en particulier en Europe, et en particulier en France. Cela demanderait des réformes structurelles ou encore monétaires pour financer les réformes structurelles par une dévaluation comme l'avait fait De Gaulle avec Jacques Rueff en 1959. On ferait alors un programme de cent jours à la Fillon financé par une forme de réforme monétaire. Mais comme on n'a plus de monnaie et que l'on ne veut pas embêter la BCE chez Macron, on fait des réformes à sec.

Et comme on est chez Macron, on ne veut pas vraiment faire des réformes à sec, donc on parle de pouvoir d'achat et on prépare des petites réformettes. C'est un peu la définition de la deuxième phase du hollandisme, celle des années Valls-Macron.

Comment expliquer ce soutien des économistes les plus en vue en France alors que les économistes anglo-saxons (Stiglitz, Krugman et autres) n'ont de cesse de critiquer les choix globaux de la zone euro ? Comment expliquer un tel décalage ? 

C'est qu'on a pas vraiment à faire à des économistes si on regarde bien cette liste ! C'est une façon bien particulière de faire de l'économie que représentent ces gens-là.

Soit on à faire à des académiques, qui ont théorisé par exemple sur les coûts de transaction, qui ont écrit des articles très sérieux dans des revues cinq étoiles. Ainsi de Jean Tirole, Blanchard, Aghion, qui ne sont pas des praticiens. Ils ont obtenu un poste important à Harvard ou au MIT et deviennent des sortes de stars quand ils reviennent en France, on les met au Collège de France... Alors oui, ce sont des stars, d'accord, mais dès lors ils s'expriment sur beaucoup de sujets sur lesquels ils n'ont jamais travaillé de leur vie ! Car ce n'est pas la même chose de parler dans un article de 30 pages très chiffré sur les coûts de transaction et d'ensuite parler de la sécurité sociale. C'est un transfert de légitimité qui atteint beaucoup d'économistes dont on a parlé, même si c'est surtout le cas de Jean Tirole.

Il a une deuxième catégorie, celle des économistes de cocktails mondains, qui sont dans des conseils d'administration et à la télévision dans C'est dans l'air. Mais quand on leur demande de creuser le concept, on se rend compte qu'il n'ont pas travaillé ni en salle de marché, ni sur le terrain ou sur des prévisions macro-économiques depuis très longtemps. Patrick Arthus est au board de Natixis : il n'a pas la liberté de dire du mal des banques ! Ou seulement en off. Ces économistes sont parti prenante du système, et ne font rien pour s'en extraire.

Et enfin il y a des économistes pas mainstream, en dehors du système, par exemple tous les paléo-marxistes, qui sont azimutés et dont personne ne veut. Ils n'ont pas de reconnaissance au niveau international. C'est une sorte de tribu qui a des positions très éloignée des standards de la profession, car ils n'ont pas la même optique du tout.

Il y a donc soit des stratégistes qui sont plus des économètres que des économistes, soit des pointures au niveau théorique, mais en fin de règne ! Vous avez étudié l'âge des personnes que vous m'avez cité ? Ce sont des proches du PS dans les années 70-80 qui avaient déjà une chaire à l'EHESS dans les années 90 et on est en 2017 ! On a pas à faire à la nouvelle génération des quadras qui elle est active, qui elle travaille, qui est dans la « matière » et qui n'est pas en relation avec le monde politique.  En opposition totale avec ces gens qu'on entend dans la sphère médiatique, qui n'ont soit jamais travaillé ou soit ont travaillé il y a longtemps, mais pas sur les sujets sur lesquels on les interroge aujourd'hui. 

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