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Angela Merkel assure à Joe Biden que l'Europe est prête à assumer plus de responsabilités. Mais lesquelles ?
©MICHELE TANTUSSI / POOL / AFP

Défense

Angela Merkel assure à Joe Biden que l'Europe est prête à assumer plus de responsabilités. Mais lesquelles ?

En félicitant Joe Biden pour sa victoire à l'élection présidentielle américaine, la chancelière allemande a assuré au président nouvellement élu que l'Europe était désormais prête à assumer plus de responsabilités.

Gilbert Casasus

Gilbert Casasus

Gilbert Casasus est universitaire et politologue. Il Professeur d'études européennes à l'Université bilingue de Fribourg.

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Atlantico : En félicitant Joe Biden pour sa victoire à l'élection présidentielle américaine, Angela Merkel a assuré au président nouvellement élu que l'Europe était désormais prête à assumer plus de responsabilités. Quelles sont ces responsabilités ?

Gilbert Casasus : La chancelière allemande est prête à faire un effort budgétaire dans le cadre du traité transatlantique afin de rétablir une relation de confiance entre les pays membres de l’OTAN. Angela Merkel désire un retour à la situation « anté-Trump ». Elle n’a jamais été sous le charme de celui-ci et espère retrouver la relation de confiance que l'Allemagne et l’Europe avaient lors de l’époque Barack Obama.

Par ailleurs, elle s’inquiète de la proposition de Trump de déplacer 2 000 soldats américains, installés sur le sol allemand, en Pologne. Au-delà du problème logistique, c’est là toucher à l’essence même du partenariat entre l’Allemagne et les USA. Ainsi, l’Allemagne est prête à mettre la main à la pâte pour faire en sorte que ces soldats restent.

Le partenariat américano-européen a-t-il un avenir dans l’hypothèse où l’Europe prend plus de responsabilités ?

C’est la question fondamentale, à savoir si oui ou non, l’Europe est prête à assumer une volonté de puissance au sens premier politique du terme. C’est une position française, formulée par Hubert Védrine, qui depuis une vingtaine d’années développe l’idée de la puissance européenne qui ne peut se réaliser sans la création d’une armée européenne.

Ce point est important car il y a une différence entre l’armée européenne et l’armée des Européens. Une armée des Européens serait armée par l’Europe, mais sous l’entier contrôle de l’OTAN. En revanche, une armée européenne, projet soutenu par Macron, est une armée dont les Européens seraient les maîtres d’oeuvres. La différence n’est donc pas uniquement sémantique mais fondamentale dans son approche, à savoir la capacité des Européens de se doter d’une réelle stratégie de défense.

On peut reprendre la formule du président Macron, qualifiant l’OTAN « en état de mort cérébrale ». On peut aussi se référer à Angela Merkel qui voudrait revenir à la situation antérieure et plaider pour une stabilité retrouvée au sein de l’OTAN. Et enfin, s’interroger sur les divergences de vue, car quel que soit le président américain, les carences transatlantiques demeurent auxquelles seule une armée européenne est en mesure d’apporter, à plus ou moins long terme, une réponse légitime.

Si une armée européenne voit le jour et que les Européens prennent plus de responsabilités, l’Amérique changera-t-elle son centre d’intérêt de l’Asie vers l’Europe ?

Il n’est pas impossible que l’Amérique revienne vers l’Europe, mais ce n’est pas pour demain. Nous sommes sur une perspective à très long terme et c'est aussi le cas avec Biden et Harris à la présidence. Lorsque l’on regarde d’où vient Kamala Harris, San Francisco, on voit qu’elle regarde vers Pékin. Dans les années à venir, il est clair que le regard des USA se tournera vers la Chine et non vers l’Europe. Pour les Américains, le feuilleton européen est terminé, c’est du passé. Cela pourrait les intéresser s'il y avait un danger russe mais vu l’État dans lequel se trouve la Russie, il est à l'heure actuelle presque inexistant.

Ce que vont faire les États-Unis, c’est nouer des alliances régionales ou intervenir de manière très indirecte dans quelques conflits, à l’exemple de ce qui vient de se passer en Azerbaïdjan. Ils essaieront aussi de ne pas aggraver les dissensions entre les membres de l’OTAN ou de prendre leurs distances envers les plus récalcitrants d’entre eux. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’y a pas d’assurance américaine pour pallier le manque de capacité d’intervention des États européens.

Depuis le 22 janvier 2003, date d’une déclaration tonitruante de D. Rumsfeld, alors Secrétaire d’État américain à la Défense, les États-Unis expriment une volonté de diviser le vieux continent entre la vieille Europe la nouvelle Europe c’est là, depuis lors, une continuité dans la politique Américaine.

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