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Amy Winehouse est morte pour rien, et seule...
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Dead Star End

Amy Winehouse est morte pour rien, et seule...

Par opportunisme, on a tôt fait d’intégrer Amy Winehouse dans le club des 27. C’est oublier que sa mort n’est pas pour nous. Sans postérité possible. Dans une époque où sa figure ravagée n’incarnait qu’elle-même.

Jérôme Dittmar

Jérôme Dittmar

Jérôme Dittmar est journaliste et critique. Il collabore notamment à Chronic'art, Fluctuat.net et Le Petit bulletin.
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Les stars sont cosmiques. Elles brillent par-delà l’espace-temps et nous éclairent après leur mort. Le regard vers ces demi-dieux, nous sommes réunis dans l’expérience métaphysique de la pop. Le vingtième siècle aura créé cette possibilité d’une communion, d’un idéal partagé et bâtissant l’image d’un monde, moins nouveau que visible, où prendre place à travers des idoles. Mais ce monde, Amy Winehouse ne l’a pas connu. Elle est née trop tard. Sur les cendres de la pop. L’enfant malade de la soul britannique, odieusement tatouée et ivre d’elle-même, est morte pour rien. Son étoile s’est éteinte prématurément, à une vitesse aussi accélérée que l’époque l’ayant bercée.


Fantomatique

Très tôt à l’annonce de son décès, on a rangé Amy Winehouse dans le club VIP des 27 ; aux côtés de Jim Morrison, Janis Joplin ou Kurt Cobain. Un rock’n roll club mythique sur lequel on a tout dit. L’opportunisme à classer ainsi Amy Winehouse est à l’image de notre incapacité à voir qu’elle était un fantôme. Moins un corps en sursis, qu’une figure dont l’intrigue et l’issue dramatique seraient sans appel après sa disparition. Non car sa carrière et sa chute furent fulgurantes (un facteur), mais parce que toute l’époque lui offrait volontiers une place sur son théâtre.

Quand Kurt Cobain se suicide en 1994, il est le dernier à endosser, comme une résistance au postmodernisme des 90’s, un rôle qui ait du sens et ne soit pas une parodie. Le réalisme dépressif de son personnage fissure alors encore le réel de par son malaise et son addiction. Il est un point de rupture existentiel, symbolisant l’ultime sursaut médiatique d’un rock qu’on ne polira pas. A partir de Kurt Cobain et son acte désespérément héroïque, on pouvait projeter ensemble nos doutes immatures. Créer un pont entre soi et le monde. Se bâtir une image.

Puis les choses ont changé. Les idoles furent concassées sur du silicium dans l’indifférence. Le vintage nous a rassuré pendant que les vedettes jouaient au bal masqué. Parfois très bien. Le nous pouvait ainsi se volatiliser et la drogue perdre enfin son romantisme universel pour devenir un accessoire. Sans plus rien à faire céder, les corps se consument désormais pour eux-mêmes. Morrisson ou Cobain, tous laissaient une faille à investir. Leurs morts étaient symboliques, historiques, des balises sulfureuses. Amy Winehouse était seule, sans compromis dans une industrie paniquée. Son addiction, et son arrêt brutal qui aurait causé sa mort (triste ironie), est irrécupérable. La drogue fut son miroir, pas le nôtre. Elle jouait en solo dans un monde crispé et clean. Son regard est hermétique à nos désirs, il ne nous regarde pas. Sa déchéance est insensée, névrotique. Un grand je, à jouer en boucle.

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