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Allons nous tuer l’emploi humain en moins de 10 ans ?
©Reuters

Les entrepreneurs parlent aux Français

Allons nous tuer l’emploi humain en moins de 10 ans ?

Nous assistons depuis un peu plus de 10 ans à des phénomènes inquiétants. Nos Etats ont confirmé que vivre au dessus de leurs moyens était leur mode de fonctionnement génétique et que sacrifier les générations à venir ne posait aucun problème puisque ce sont des électeurs que nos vieux politiques n’auront pas l’occasion d’affronter

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est fondateur du Day One Movement. Il a publié Covid: le début de la peur, la fin d'une démocratie aux éditions Eyrolles.  

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Nous assistons depuis un peu plus de 10 ans à des phénomènes inquiétants. Nos Etats ont confirmé que vivre au dessus de leurs moyens était leur mode de fonctionnement génétique et que sacrifier les générations à venir ne posait aucun problème puisque ce sont des électeurs que nos vieux politiques n’auront pas l’occasion d’affronter. Ils seront alors à l’abri d’une retraite parlementaire confortable. Nos politiques ont refusé à la France les réformes indispensables qui auraient permis de réfléchir à l’emploi des seniors, à un système de formation adapté aux bouleversements des besoins, à un dialogue social renouvelé, à un droit du travail aussi vieux que la société industrielle à l’heure du digital. Refusé de parler d’investissement massif dans les technologies d’avenir etc.

Bref tout ce qui pouvait nous donner un avenir a été enterré par une classe vivant du passé, et dont la frontière intellectuelle était bordée par les échéances électorales. Dans le rouge, nos systèmes sociaux explosent de toute part et réclament au marché une performance surhumaine vers le haut, des bénéfices toujours plus importants, ce qui est impossible à délivrer. Une fois tous les coûts maintenus en laisse et les prix cloués au sol, portés par une politique meurtrière du pouvoir d’achat par clientélisme, il ne reste qu’une couche à sacrifier : L’homme et son travail. Le dernier « creuset » de productivité, la « dernière érection du pendu économique ».

Dans le même temps la société passe de l’industrie au service, or le service s’industrialise mal. Sauf à remplacer là aussi, l’homme par l’IA associée à l’automatisation à outrance. Remplacer les chauffeurs, les livreurs, tous ces jobs que nous avons eu tant de mal à construire, pour des dizaine de milliers d’hommes et femmes n’ayant que cette perspective, vont disparaître sous les bravo des radicaux des technologies, qui s’excusent et s’autoamnistient d’avance en invoquant le bonheur de la destruction créatrice Schumpétérienne. Quand les mots remplacent la réflexion, la paresse l’emporte sur la réflexion et la nuit sur le jour. Fini le temps des lumières, la France et l’Europe, par leur absence du débat sur le digital et les technologies, ont plié boutique et relégué les temps glorieux où intellectuels et acteurs pensaient la société plutôt que la subir. Fini la lumière, vive l’obscurantisme.

Les géants américains et chinois dont dépendent leurs économies (les GAFA représentent 75% de la capitalisation américaine), ont décidé que la domination l’emportait sur le bien de l’humanité et que viser la disparition de l’emploi humain et sa soumission à la machine permettrait de mettre le couvercle bien vissé sur toute contestation future, même violente, et qu’un petit coup d’opium au parfum de revenu universel permettrait de calmer le bon peuple.

Le consommateur, aveugle et sourd, continue de se soumettre à des applications qui promettent le confort et la rapidité, et dont la gratuité dispense de la réflexion. A force de glisser le doigt sur la surface de l’écran, on s’interdit la profondeur de la réflexion. La rapidité l’emporte sur l’intelligence, l’index remplace le cerveau, qui en devient un accessoire servile. On ne pense plus on se positionne, on n’agit plus, on réagit. En confiant 95% de nos recherches sur internet à Google, on creuse la tombe du modèle de civilisation qui avait fait notre fierté.

Nous visons la croissance, avec un gouvernement renouvelé, emmené par celui que nous espérons tous être un réformateur, mais les forces et vents contraires risquent d’être plus puissants que lui. Nous pourrions bien avoir une croissance sans emplois (en nombre suffisant) et surtout voir les emplois créés largement compensés (négativement) par la destruction de 3.5M d’emplois annoncés par nombre de rapports dont celui de Roland Berger l’année passée. A ajouter au 6M de chômeurs. L’addition risque d’être salée, et de faire un bien triste apéritif !

Pour cela il n’y a qu’une solution. Proposer, financer, protéger des modèles alternatifs, qui fassent la part belle aux technologies qui protégeront la place de l’homme sur le marché du travail. Pour que ce modèle social soit soutenable il faudra des modèles économiques pérennes. Pour que le digital soit pérenne il lui faut une taille critique monstrueuse. Raison pour laquelle, non seulement il faudra raisonner à l’échelle Européenne, mais y associer l’Afrique, notre exact complément, afin de donner à nos entrepreneurs Européens et Africains la taille critique que réclame ce marché. Ainsi capables de proposer au monde, un modèle alternatif basé sur un modèle économique valide, centré sur l’homme, alors nous pourrons peser sur la destinée mondiale d’une humanité qui prend un tour bien inquiétant. Sans nous.

The « new fronteer » ce n’est donc pas Mars, mais bien la terre, une terre d’homme, qui peuvent retenir le meilleur et s’éviter le pire, en dessinant une frontière qui se nomme la réflexion et la décision, risquer de s’offrir un avenir et rallumer « les Lumières ». A cette condition le changement que l’on nous vend comme une fin en soi, sera justifié par le progrès qu’il apporte et qui n’est JAMAIS inclus de façon systématique dans la version de base ! A nous, entrepreneurs, acteurs de la société civile, avec ce gouvernement, l’Europe et l’Afrique d’investir dans l’avenir de l’homme.

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