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"Gare au diktat allemand !"
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Jusqu'où ira Angela Merkel ?

"Gare au diktat allemand !"

Non-intervention en Libye, hésitations devant l’urgence de sauver la Grèce et la zone euro, propos aussi durs que malencontreux de la Chancelière à l’encontre de la Grèce et des pays du sud, sortie du nucléaire... L'Allemagne doit changer sa vision de l'Europe.

Henrik Uterwedde

Henrik Uterwedde

Henrik Uterwedde est politologue et directeur adjoint de l'Institut Franco-Allemand de Ludwigsburg.

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Quel paradoxe : Alors que l’économie allemande est sortie de la crise plus forte que jamais, confirmant sa suprématie en Europe, le gouvernement d’Angela Merkel manque de souffle. Abstention sur l’intervention en Libye, hésitations devant l’urgence de sauver la Grèce et la zone euro, propos aussi durs que malencontreux de la Chancelière à l’encontre de la Grèce et des pays du sud, sortie du nucléaire : l’Allemagne est accusée de manquer de solidarité, de jouer cavalier seul, voire de tourner le dos à l’Europe.

Ces critiques ont leur coté contradictoire, voire hypocrite. L’Allemagne hésite à s’engager ? Quel manque de leadership ! Elle reprend l’initiative, en proposant un pacte pour la compétitivité (devenu pacte pour l’euro) ? Gare au « diktat allemand ! » Elle insiste sur la stabilité budgétaire et demande des efforts aux pays en déficit ? On dénonce le « père fouettard », comme s’il était indécent de rappeler certaines vérités primaires concernant la gestion publique et le lien entre responsabilité et solidarité ! Pourtant, le malaise est là. Tout au long de la crise de la zone euro, l’attitude allemande a été défensive, hésitante, et son engagement européen traditionnel de moins en moins visible. Pourquoi ?

Des discours démagogiques... avant de signer des chèques

La chancelière porte une partie de la responsabilité. Affaiblie suite aux défaites électorales importantes, elle subit des pressions fortes par sa base conservatrice, qui craint de voir la stabilité de l’euro menacée par des « cancres » … et de devoir payer la facture. Face à cette montée d’un populisme eurosceptique, Angela Merkel a voulu d’abord rassurer son électorat. Au lieu de se livrer à une explication franche sur les enjeux européens, elle a multiplié des discours intransigeants (et malencontreux comme ses remarques sur le temps de travail des Grecs) envers les pays en déficit budgétaire. Mais elle a toujours fini par participer aux mécanismes européens d’aide financière… Ce grand écart entre discours et actes, tout en brusquant les partenaires européens, a encore renforcé le scepticisme les électeurs.

Mais le malaise est plus profond. C’est la vision allemande de l’Europe économique qui se trouve mise en cause. Pour l’Allemagne, l’UE doit être avant tout un acteur de régulation, doté d’un cadre réglementaire économique et monétaire et de règles communes ; de même, l’UEM doit être pilotée par les règles du pacte de stabilité, les sanctions et la BCE indépendante. D’où le refus d’un gouvernement économique qu’on a toujours soupçonné être interventionniste et dirigé contre l’indépendance de la BCE. Cette vision « apolitique » de la gouvernance économique européenne n’ayant pas résisté à la réalité ni aux besoins, l’Allemagne doit adapter son approche. Pas facile quand il faut lever des tabous déclarés sacro-saints ! Pourtant, la défense – légitime – des préférences et orientations allemandes devra passer désormais par une approche plus européenne et plus politique.

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