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Allemagne : après les marchandages entre les Verts, la CSU et le FDP sur l'immigration et l'écologie, la future coalition se dirige vers un accord a minima
©Reuters

Discussions difficiles

Allemagne : après les marchandages entre les Verts, la CSU et le FDP sur l'immigration et l'écologie, la future coalition se dirige vers un accord a minima

Lors des discussions visant à former une nouvelle coalition pour gouverner, la CDU-CSU s'est retrouvée écartelée entre deux partenaires bien turbulents.

Fabien Laurençon

Fabien Laurençon

Fabien Laurencon est agrégé d'allemand, diplômé de Sciences Po Paris. Il a enseigné l'histoire et la civilisation allemandes à l'université Sorbonne nouvelle Paris III et à Paris X. 

 

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Atlantico : Il y a un mois, s’ouvrait le début des négociations concernant le compromis de coalition gouvernementale en Allemagne, mais celles-ci peinent à aboutir. Entre la CDU CSU, le FDP et les verts, quels sont les acteurs qui portent le plus de responsabilité dans ce blocage ? Comment départager la part de jeu politique et la part de réelle préservations des intérêts de ces partis dans cette discussion ? 

Fabien Laurençon : La première phase de négociations, ou pour reprendre le terme allemand, d'entretiens exploratoires (Sondierunsgespräche) s'est achevée vendredi matin après un marathon de 15 heures de discussion entre les quatre partis sur un constat implicite d'échec: Verts, libéraux, CDU et CSU ne sont parvenus à s'entendre sur aucun objectif concret. Les discussions doivent reprendre aujourd'hui pour aboutir, dans le scénario idéal, à un accord de principe d'ici dimanche soir - date limite tacitement acceptée par les négociateurs, et avancée par le secrétaire général de la FDP, Wolfgang Kubicki. 

C'est l'impression de découragement et de frustration qui dominait les commentaires cette semaine tant les points de désaccord ne semblent pas avoir diminué, voire se sont multipliés à l'issue des négociations malgré une série de compromis de part et d'autre, notamment de la part des Verts qui ont assoupli un certain nombre d'exigences, par exemple sur la généralisation de la voiture électrique à partir de 2030. Au delà des jeux tactiques et des postures de négociation, les difficultés sont d'abord imputables au format complètement inédit, à quatre parties, et aux combinaisons qui en découlent. 

Parmi les acteurs de ce blocage, figurent au premier chef les libéraux incarnés par Christian Lindner en affichant une position intransigeante sur le fond, tout en multipliant des déclarations conciliantes de façade. La FDP affirme même être prête à de nouvelles élections. Le blocage autour des questions fiscales, et en particulier la question de l'abandon du Soli, ou Solidaritätzuschlag, illustre cette ligne politique dure, sûre d'elle même, voire arrogante de la FDP, qui donne l'impressions de se considérer comme le réel pivot de la coalition, fidèle en cela à sa position historique de "faiseuse de rois", dans les coalitions précédentes des années 1970 et 1980.

L'autre facteur de paralysie dans ces négociations tient à la CDU-CSU et à la double crise de leadership de cette coalition dans la coalition: du côté de la CSU, l'affaiblissement de son dirigeant, Horst Seehofer,et la guerre de succession interne au parti et au sein du Landtag pour le remplacer par Markus Söder, constitue un handicap certain dans les négociations vis-à-vis des autres partenaires. Structurellement, l'érosion du parti est un phénomène ancien, qui a commencé bien avant la poussée de l'AfD. 

Côté CDU, la paralysie des discussions révèle les limites du mode de gouvernance de la chancelière, et son incapacité à fixer un cap, un sens à ses partenaires, et au fond une vision pour les quatre ans à venir . Cette dimension de chef d'orchestre au sein du quatuor politique en cours de constitution, fait aujourd'hui défaut, et c'est une des raisons des dissonances chroniques depuis un mois. 

Le dernier facteur tient à l'incapacité des "petits" partis (et au fond à une forme d'immaturité), à dépasser leur positionnement durant la campagne, adressé d'abord à leur base électorale, pour passer en mode négociations, et enfin rechercher des compromis véritables . 

Alors que les points de désaccords les plus sensibles concernent l'immigration et la question écologique, une sorte de "marchandage" semble avoir lieu entre les partis sur ces thèmes. Ces échanges sont ils classiques dans de tels accords de négociations, ou atteint on ici un point haut dans l'histoire contemporaine allemande ? Comment analyser la position de la CDU sur cette question, et plus particulièrement celle de la CSU ? Faut il voir une première conséquence du bon score de l'AFD ? 

Les marchandages sont une constante de ce type de négociations, cependant, il est clair que le sujet "immigration" revêt une sensibilité particulière  , voire une dimension émotionnelle dans le débat politique en Allemagne depuis 2015. Les Verts souhaitent la mise en place du regroupement familial pour les réfugiés issus des zones de conflit, se heurtant à l'opposition catégorique de la CSU, les premiers prévoyant un flux de 70 000 réfugiés par an, tandis que les seconds tablent sur 750 000 personnes. Au delà de la bataille de chiffres, pour les deux partis, le sujet est existentiel, voire identitaire : pour les Verts, l'accueil des réfugiés est constitutif de leur ADN politique, pour la CSU, doublement affaiblie par l'échec des élections du 24 septembre dernier et la fin de règne de son leader, et la plus menacée par la surenchère politique de l'AfD sur sa droite et le risque de "mitage" territorial de sa base électorale comme le montrent les bons scores du parti d'extrême droite populiste en Bavière, c'est une question de survie. 

Sur les autres points de blocage comme la fiscalité (l'abandon du Soli, ce prélèvement fiscal destiné historiquement pour financer la reconstruction des nouveaux Länder, et qui s'élevait à 17 Mds€ l'an passé), l'écologie (le nombre de GW issue des centrales à charbon à laquelle l'Allemagne devrait renoncer ou la voiture propre), ou la défense, les déclarations en off ou en on des différents partis au cours des dernières semaines indiquent que des concessions tactiques seront envisageables, en revanche sur la question des réfugiés, qui devient un différenciant identitaire pour ces deux partis, les divergences paraissent insurmontables.  

Quels sont les partis, ou les personnalités qui ont le plus à perdre lors de ses négociations ? Quels sont les pronostics que l'on peut formuler en imaginant une issue à cette tentative de compromis ?

De part sa position centrale, de sa responsabilité et des attentes qui pèsent sur lui, le parti chrétien-démocrate est le plus exposé. Les concessions importantes qu'il a acceptées de faire à ses trois partenaires témoignent en creux de sa volonté d'aboutir vite. Un échec des discussions est néanmoins peu probable tant les conséquences d'un nouveau scrutin seraient désastreuses pour la crédibilité même du système politique allemand qui profiterait au discours anti-système de l'AfD. Tous les partis seraient perdants dans ce scénario et aucun dirigeant n'a réellement intérêt, pas même la FDP, à jouer le pourrissement de la situation. 

In fine, les quatre partenaires devraient donc converger dimanche sur un accord a minima et initier ainsi la phase des négociations proprement dites, qui ont pour objectif d'aboutir à la signature d'un accord de coalition, et à la répartition des postes (tractations qui ont de fait déjà commencé, comme en témoignent les discussion sur l'avenir du ministère de l'aide au développement, et son possible rattachement à un grand ministère des affaires étrangères et de la mondialisation, qui pourrait revenir au n°1 des Verts, Cem Özdemir, ou à la FDP). 

Du fait de sa position très inconfortable évoquée plus haut sur l'échiquier politique, c'est la CSU qui a le plus à perdre à l'heure actuelle. 

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