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Air France : ce "Je vais bien, ne t'en fais pas" qui reste inquiétant
©Reuters

On efface tout et on recommence

Air France : ce "Je vais bien, ne t'en fais pas" qui reste inquiétant

Air France va mieux. C’est en tout cas ce qu’on peut lire un peu partout dans les médias. Le groupe a en effet annoncé avoir dégagé un bénéfice d’exploitation au cours de l’année 2015, une première depuis 2008, tandis que la valeur du titre a bondi de 10 % en janvier, dans un marché en baisse de 7,5 %. Il n’en fallait pas davantage pour que la presse annonce la fin du plan B, et le retour aux jours heureux. Grisant mais étonnant.

Jacques Tarmac

Jacques Tarmac

Jacques Tarmac est un manager anonyme qui travaille au siège d’Air France depuis une dizaine d’années. Il a décidé de parler car il ne supporte plus les privilèges, les conservatismes, les ingérences politiques et syndicales et surtout le manque de fermeté de la direction générale, qui empêchent cette société d'être gérée comme une vraie entreprise, la conduisant lentement à sa perte.

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Nouveau plan de réformes tout beau tout neuf, vraiment ?

« Air France referme la parenthèse du plan B » (Boursorama), « Le nouveau plan d’Air France exclut tout départ contraint d’ici à 2018 », (Le Monde),« Des possibilités d’embauche prévues dans un nouveau plan » (RTL Emploi). A lire les titres de la presse ces derniers jours, l’impression est donnée que le groupe Air France en a fini avec sa cure d’austérité, et démarre l’année avec des objectifs de croissance ambitieux. Ce n’est qu’en partie vrai.

Oui, le comité central d’entreprise (CCE) extraordinaire du 15 janvier dernier a promis une augmentation du nombre d’avions, qui passera de 104 avions en 2017 à 109 en 2020. Oui, il a annoncé l’ouverture de nouvelles lignes, et présenté des bénéfices pour les salariés, notamment pour les pilotes qui verront leurs carrières se débloquer plus sûrement. Oui, cette stratégie prévoit un peu plus de croissance, et redonne le moral en interne. Mais concrètement, ce nouveau plan ressemble à s’y méprendre au plan A, ou plan Perform 2020, présenté par le PDG d’Air France Frédéric Gagey en 2015.

Comment expliquer que le personnel d’Air France et les médias aient la mémoire aussi courte ? A l’époque, le plan Perform avait été éclipsé par la menace du plan B, brandie par la direction en cas d’échec de cette première mouture. Une menace qui avait braqué tout le monde, occupé toute l’attention médiatique et syndicale, au détriment du plan A, dont les grandes lignes étaient passées inaperçues. Revoici donc ce dernier légèrement toiletté, légèrement dopé à la croissance, et tout le monde est ravi. Preuve que Perform 2020 ne devait pas être si mauvais. Preuve aussi qu’on s’était à l’époque emballé pour pas grand chose, et que tout est une question de perspective.  

Adieu le plan B… ou pas  

Si Perform 2020 vient d’être remis au goût du jour, il ne sonne pourtant pas le glas du plan B, comme on a pu le lire un peu partout. Le premier volet de ce plan, celui de 2016, est en effet engagé, faute d’accords avec les personnels lors des négociations. Tout l’enjeu du nouveau plan présenté le 15 janvier est justement de sortir de ce plan B le plus vite possible pour rejoindre une trajectoire de croissance, le but étant d’éviter la reconduction du plan B pour la tranche 2017, la plus lourde en emplois supprimés et en attrition d’activité.

Nouveau DRH pour un nouveau départ ?

Et pour parvenir à un accord avec les personnels, tous les yeux se tournent vers Gilles Gateau. L’ancien numéro deux du cabinet de Manuel Valls à Matignon s’est installé le 15 janvier dans le fauteuil de DRH d’Air France, en lieu et place de Xavier Broseta. Ancien dircab au ministère du Travail, Gateau est rompu au dialogue avec les syndicats, et plutôt apprécié de ces derniers, qui louent son sens de l’écoute. Une lune de miel que ne boude même pas le SNPL, syndicat majoritaire des pilotes pourtant pas spécialement connu pour sa jovialité envers la direction, ce qui ne l’a pas empêché de saluer une vidéo internet du nouveau DRH.

Cet état de grâce n’est pas sans évoquer celui dont a bénéficié Alexandre de Juniac à son arrivée chez Air France. La grève des pilotes de 2014 l'a fait oublier, mais il avait réussi à ses débuts à refondre les accords sociaux avec le consentement des pilotes, et ce en un temps record. On voit comme le vent tourne vite au sein de la compagnie, une fois qu’il s’agit de passer des paroles aux actes.

Les pilotes fidèles à eux-mêmes

Autre enseignement à tirer de l’apaisement des relations entre syndicats et direction : l'échec de la position de rigidité incarnée par Frédéric Gagey dans la négociation avec les pilotes. Braqués à cause des 17 % de gains de productivité exigés, découragés par le caractère inflexible de la direction, ces derniers sont restés campés sur leurs positions : 4 % et pas plus. Un dialogue de sourd dont on voit peut-être enfin le bout, à condition que toutes les forces en présence fassent des concessions. Ce que ne laisse pas forcément présager une tribune publiée dans le Monde par Philippe Evain le 13 janvier dernier.

Dans cette tribune, le président du SPNL en appelle une nouvelle fois à l’Etat, de façon plutôt convaincante et moins geignarde que d’habitude. La tentation était grande, il n’a pas pu y résister : il en profite également pour donner un coup de griffe à Alexandre de Juniac, PDG d’Air France-KLM, à qui il reproche de vouloir aller chercher la croissance à l’extérieur du groupe, en faisant le principal artisan de la délocalisation du groupe. Un raisonnement un peu boiteux : si les pilotes acceptaient de négocier, peut-être n’en serions-nous pas là ?

Dialogue social : on efface tout et on recommence

Quoi qu’il en soit, les conditions semblent réunies pour que le dialogue social reprenne ses droits chez Air France. Les deux pilotes accusés d’avoir ouvert les portillons d’accès au siège lors du CCE houleux du 5 octobre dernier ont écopé de la peine plancher envisagée par le conseil de discipline, composé de trois représentants de syndicats de pilotes et de trois membres de la direction : une mise à pied sans solde de 15 jours.

Quant à l’inspection du travail, qui avait à se pencher sur la validité du licenciement du salarié accusé de violence sur deux vigiles et le DRH Xavier Broseta, dont la chemise avait été mise en lambeaux, elle a tout simplement invalidé ce licenciement. Délégué du personnel CGT, le salarié a été gracié par l’inspectrice du travail, qui a estimé qu’il « est impossible de déterminer avec certitude » s’il « bouscule des salariés volontairement, ou s’il est lui-même chahuté ». Avant d’ajouter, un peu physicienne dans l’âme, que les images télévisées ne permettent pas « de déduire la force de la poussée » et « qu’en conséquence son caractère violent ne peut être établi ». Une disculpation un brin osée, qui prend sans doute tout son sens quand on apprend que l’inspectrice du travail, Caroline Morio, est elle même déléguée SUD… ce qui n'a pas manqué de scandaliser sourdement la direction d'Air France, démunie contre cette audace syndicale difficilement esquivable !

 

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