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Le ministre de l'Intérieur voit sa cote de popularité chuter.
Le ministre de l'Intérieur voit sa cote de popularité chuter.
©Reuters

Celui qui réunissait gauche et droite

Ah qu'il est bon de haïr Manuel Valls...

Le ministre l'Intérieur chute dans les sondages. Et il est de très bon ton de l'appeler VallSS.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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C'est un jeu de massacre. Et il fait fureur. Taper sur Valls ! Et sur qui voulez-vous qu'on tape ? Quand même pas sur Hollande : il est définitivement tombé de son scooter. Sur Jean-Marc Ayrault ? Plus personne ne sait qui c'est. Sur Christiane Taubira ? Depuis que – sagement – elle se tait tout le monde s'en fout.

Reste donc Manuel Valls, le premier flic de France. En effet, les sondages ne lui accordent plus qu'une deuxième place après Najat Vallaud-Belkacem. C'est dire sa déchéance.  Il descend de loin, lui qui était parti de si haut. Voilà qui est intéressant et qui donne à quelques plumes, pas toujours trempées dans la meilleure encre, l'occasion de se pencher sur la chute de l'homme qui fut le plus aimé de France.

Dès son arrivée au pouvoir, c'est-à-dire place Beauvau, Manuel Valls fut domicilié sur un petit nuage. Il faisait son travail de flic. Dénonçait la délinquance. Promettait de mettre au pas les voyous des banlieues. Et s'en prenait même aux Roms. De surcroît il ne détestait pas se friter régulièrement avec Taubira, ce qui plaisait beaucoup. La droite se taisait. Que pouvait-elle dire en effet ? Car ses électeurs le plébiscitaient. A-t-on oublié les « Une » des magazines : « Valls est-il de droite » ?

A gauche on n'en pensait pas moins mais on ne le disait pas. Comme les électeurs de gauche étaient aussi soucieux d’ordre et de tranquillité que ceux de droite on la fermait en soupirant. De temps en temps un écologiste quelconque ou un député non moins quelconque de l'aile gauche du PS couinait que Valls flirtait avec le Front National. En conséquence de quoi les sympathisants frontistes faisaient monter les scores du ministre de l’Intérieur.

Puis la droite, souvent bête mais pas toujours stupide, s'est réveillée. Valls était devenu dangereux et donc beaucoup moins sympathique. Il était quand même de gauche ! Et le ministre de l'Intérieur incarna le rôle de l'homme à abattre remplaçant Taubira dans ce jeu de massacre. Son inefficacité fut pointée avec acharnement : il ne pouvait, disait-on, se prévaloir d'aucun résultat dans la lutte contre la délinquance. Son laxisme fut dénoncé : les reconduites à la frontière, avaient, paraît-il baissé. Son manque de patriotisme fut souligné : il naturalisait, toujours paraît-il, à tout va.

Le coup de grâce lui fut donné par l'affaire Dieudonné. Voulant faire la peau d'un personnage politique déguisé en humoriste (ses interviews dans la presse algérienne, iranienne et syrienne – une presse libre bien sûr – sont édifiantes) Valls devint le fossoyeur de nos libertés. Et tous les amoureux de nos libertés, tels qu'on a pu les voir lors du Jour de Colère et d'autres, se sentirent une âme de révoltés. C'en était trop. Valls mettait la République en danger.

La droite bien élevée ne moufta pas : c'était toujours ça de pris. La gauche pour laquelle Valls était quand même un homme de droite supposé fit silence. L’extrême droite par antisémitisme et l’extrême gauche par antisionisme trouvèrent un terrain de rencontre pour fustiger le liberticide ministre de l’Intérieur. Et c'est ainsi qu'il cessa d’être aussi populaire qu'il était auparavant.

Pour autant Manuel Valls n'est évidemment pas à plaindre. Être détesté c'est quand même la moindre des choses quand on est le premier flic de France. Sinon c'est qu'on fait pas son boulot. Mais son cas – un cas d'école – en dit beaucoup sur l'état de la France. Et encore plus sur l'état de la gauche. Il paraît que produire des lois plutôt bienveillantes à l’égard des délinquants c'est être de gauche. Il paraît que vouloir (même sans y parvenir) combattre fermement la violence et la délinquance c'est être de droite. Alors si tel est le cas proclamons haut et fort que la confusion c'est la clarté et que la bêtise c’est l'intelligence.

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