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"Le fourrage ne manque pas !
Il est juste au mauvais endroit !"
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Agriculteurs sur la paille

"Le fourrage ne manque pas ! Il est juste au mauvais endroit !"

Nicolas Sarkozy a présenté en Charente un plan d'aide aux éleveurs qui prévoit notamment de «décaler d'un an» les remboursements des prêts accordés aux éleveurs en 2009 et l'exonération de la taxe sur le foncier non bâti. Des mesures insuffisantes selon la Coordination rurale pour qui les agriculteurs sont déjà suffisamment endettés et que, de surcroît, la paille ne fera pas défaut.

Bernard Lannes

Bernard Lannes

Bernard Lannes est le président à la Coordination rurale. Agriculteur dans le Gers, il est à la tête d'une exploitation de 75 ha en polyculture (céréales et poulets sous label de qualité).


 

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Atlantico : Etes-vous satisfait par les annonces du gouvernement ?


Bernard Lannes : Non, j’ai vu les annonces de Nicolas Sarkozy faites dans les Charentes. Mais quand on ne parle, comme lui, que des reports financiers, ou quand on ne fait que reprendre le plan de Bruno Lemaire, et qu'on dit aux agriculteurs : je vous ai obtenu 700 millions d'euros de prêts au Crédit agricole à 2% : les paysans, c'est pas ça qu'ils veulent ! Parce que déjà, ils sont endettés et qu'ils ont besoin d'alimentation à bas prix. Un éleveur nourrit ses bêtes tous les jours. Or là, il les nourrit déjà avec les stocks prévus pour l'hiver ! S'il n'a pas ramassé assez de matière alimentaire, son inquiétude est de savoir comment faire demain. Certes, il y a eu le grand élan sur la paille - avec toute la spéculation qui va dessus ! Alors que la paille, il n'en manquera pas ! Il y en a moins et le seul problème est qu'il n'y en aura pas au bon endroit. Nous avions demandé au ministère (sans qu'il en fasse l'annonce et que les routiers s'en accaparent), qu’on puisse juste bénéficier rétroactivement d'une aide au transport. Il est en effet très facile aux agriculteurs de faire transporter le fourrage et de se faire ensuite rembourser les factures. Il suffit de mettre en rapport des agriculteurs de zones d'engraissement avec des agriculteurs de zones céréalières pour trouver de la paille pas chère – voire donnée.


Avez vous un exemple ?


Oui, je suis du sud-ouest, dans l'Aveyron. On a retrouvé dans le Gers et dans deux départements limitrophes, de gros céréaliers qu'on a convaincus de conserver leur paille intacte et non de la broyer au moment de la moisson comme c'est l'usage pour se transformer en humus pour la terre. Pour un céréalier habituellement, il est plus simple d'appuyer sur un bouton et de broyer la paille que de la garder... Donner la paille durant une année ne sera pas catastrophique pour lui. Son seul problème c'est d'être sûr que la paille sera bien ramassée. C'est pour cela que nous militons pour une mise en relation directe des agriculteurs. On a fait cette opération aussi avec de gros engraisseurs de l'Orne qui sont descendus dans l'Eure-et-Loire, où ils ont trouvé mille hectares de paille pour la remonter !


Achètent-ils cette paille ?


Oui, mais ils achètent toujours de la paille en plus. Et ce n'est pas grave d'aller un peu plus loin cette année. A eux de négocier avec les transporteurs pour « tirer » les prix. Ça leur coûtera un peu plus cher, mais on pense quand même qu'il y aura des aides de ce côté-là.


Que pensez-vous de l'intervention de l'armée demandée, notamment, par la FNSEA ?


C'est une blague. A l'époque, on avait une armée de conscrits et non de métier. Aujourd'hui ce serait impossible. Cette armée est trop peu nombreuse et trop occupée pour transporter de la paille !

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