Acte XIX des Gilets jaunes : pourquoi les médias peinent à trouver le bon dosage en matière de diffusion des images de violence | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Media
Acte XIX des Gilets jaunes : pourquoi les médias peinent à trouver le bon dosage en matière de diffusion des images de violence
©Zakaria ABDELKAFI / AFP

Equilibre

Acte XIX des Gilets jaunes : pourquoi les médias peinent à trouver le bon dosage en matière de diffusion des images de violence

Après la tuerie de masse en Nouvelle Zélande, certains médias ont été critiqués pour avoir publié la vidéo du massacre et le manifeste du tueur.

Dominique Wolton

Dominique Wolton

Dominique Wolton a fondé en 2007 l’Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC). Il a également créé et dirige la Revue internationale Hermès depuis 1988 (CNRS Éditions). Elle a pour objectif d’étudier de manière interdisciplinaire la communication, dans ses rapports avec les individus, les techniques, les cultures, les sociétés. Il dirige aussi la collection de livres de poche Les Essentiels d’Hermès et la collection d’ouvrages CNRS Communication (CNRS Éditions).

Il est aussi l'auteur de nombreux ouvrages dont Avis à la pub (Cherche Midi, 2015), La communication, les hommes et la politique (CNRS Éditions, 2015), Demain la francophonie - Pour une autre mondialisation (Flammarion, 2006).

Il vient de publier Communiquer c'est vivre (Cherche Midi, 2016). 

Voir la bio »

Atlantico : Dans un contexte d'attentats et des violences entourant les mobilisations des Gilets jaunes, le CSA a mis en place une cellule chargée de "vérifier le respect de certains principes fondamentaux tels que la dignité de la personne humaine, l’ordre public, la rigueur dans la présentation et le traitement de l’information, et la protection des personnes et des publics". Dans le traitement médiatique des attentats, la presse doit-elle en place une charte particulière ?

Dominique Wolton : Oui ! Elle doit étendre sa charte habituelle et tenir compte de la situation internationale, on ne peut pas réglementer le statut des journalistes et la rigueur de l'information en fonction seulement des Etats nations. Il faudrait une sorte de réglementation internationale, soit par autorégulation, soit par un minimum de lois et de règlements, mais le terrorisme ne s'arrête pas aux frontières d'un état en particulier. Il faudrait établir une charte où l'on refuse le sourçage à la ligne, éviter la prolifération des images, mettre fin à la concurrence aux informations. D'autre part, tenir compte des cultures et des différentes traditions par pays, comme nous sommes dans un contexte international éviter la distribution d'informations pouvant aider les terroristes. Il y a toute une culture dans le nouveau cadre de la mondialisation qu'il faut mettre en place. Au-delà de la question du terrorisme, aujourd'hui le problème est culturel, les techniques permettent d'avoir une information mondiale très rapide par contre il n'est pas certain que nous ayons les clés culturelles pour traiter les faits. Si l'on veut éviter les dégâts de compréhension et de communication, il faut faire un effort mutuel !     

Ou s'arrête le devoir d'informer et où commence la nécessaire retenue pour éviter de faire le jeu de la propagande des terroristes ou des casseurs ?

Il n'y a pas de réponse générale, c'est du cas par cas ! La communauté des journalistes et la tradition journalistique de chaque pays jouent en fonction des faits. Dans le cadre d'un conflit de valeurs, les journaux devraient expliquer les différents points de vue, et pourquoi ils sont en contradiction. Il faut expliquer au public certaines débats, d'où la difficulté d'informer, mais ne prenons pas le public pour un idiot non plus. Ayons le courage de dire que le surplus d'informations vient de la concurrence effrénée des différents médias entres eux, la presse n'en parle pas mais le public, lui, en a parfaitement conscience, sa maturité est plus grande que ce qu'en pense les rédactions.  

A l'heure des réseaux sociaux, le silence des médias classiques ne risque-t-il pas de laisser le contrôle de l'information à des médias non-journalistiques et moins rigoureux, voire aux propagandistes ?

Oui c'est le risque, les gens pensent qu'il n'y a plus besoin de journalistes et qu'ils peuvent faire de l'information eux-mêmes, voir même que les faits non traités par les journalistes sont plus véritables. Nous sommes dans une bataille politique sur la liberté et le traitement de l'information, les journalistes devraient expliquer de temps en temps les différences et qualités de leurs travaux, comparés à ceux trouver sur le net. Plus il y d'informations, plus l'on a besoin de journalistes, contrairement à l'idée inverse qui veut que l'on puisse s'en passer, on ne peut pas se passer de journalistes pour l'information comme de médecins pour la santé ou de professeurs pour l'éducation. Quand on est de bonne foi, on ne peut pas faire de l'information directe, c'est très démagogique de penser que l'on peut présenter des infos brutes. Tout ceci devrait être mieux expliqué au public, il en va de la liberté d'informer, d'une certaine manière la technique est en avance par rapport à la maturité de réflexion critique, cela dure depuis vingt ou trente ans. Jusqu'où doit-on informer ? Comment informer ? Qu'est-ce qu'informer ? Ces questions se posent de nos jours dans le cadre de la mondialisation.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !