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La défaite de la droite sera-t-elle 
une chance pour les libéraux ?
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Abstention

La défaite de la droite sera-t-elle une chance pour les libéraux ?

Le taux d'abstention de ce second tour de l'élection présidentielle 2012 est de 19,6%, en hausse par rapport à l'élection de 2007. Des Frontistes, qui ont suivi le mot d'ordre de Marine Le Pen, mais aussi des libéraux de centre droit, déçus par le bilan de Sarkozy et pas convaincus par les promesses du Parti socialiste.

Daniel Tourre

Daniel Tourre

Daniel Tourre est notamment l'auteur de Pulp Libéralisme, la tradition libérale pour les débutants (Tulys, 2012) et porte-parole du "Collectif Antigone". 

 

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En 2012, pour la première fois de ma vie je me suis abstenu à une élection présidentielle. En 2007, j’avais voté pour Sarkozy dès le premier tour. Auparavant en électeur centre droit discipliné j’avais, de législatives en présidentielles, systématiquement voté pour le candidat centre droit le plus proche de la victoire.

Pas en 2012. En 2012, je me suis abstenu,  et même milité avec d’autres pour expliquer ce choix à travers la candidature fictive de Frédéric Bastiat.

Entendons nous bien, cela ne me fait pas plaisir de voir la mine réjouie de Mme Aubry ou de Mme Duflot donner quelques leçons de morale avant d’aller grenouiller pour un poste ministériel.

De même, j’ai une vraie tristesse à imaginer le gâchis qui attend notre pays dans les prochaines années. Il n’y aura pas de sortie de crise, mais davantage d’inflation, de taxes, d’usines à gaz réglementaires, de bureaucraties, le tout arrosé par quelques gadgets sociétaux politiquement correct. Les grands principes d’organisation des soins, de la retraite hérités du conseil de la résistance (et de la révolution nationale de Pétain) seront maintenus en l’état, gérés par des syndicats subventionnés et non-représentatifs.

Le problème est que cet avenir ressemble comme deux gouttes d’eau au bilan de Nicolas Sarkozy.  Et que, mis à part quelques effets de manche sur le travail ou sur l’Etat qui ne s’occupe pas de tout, il ressemble à l’avenir que lui aussi nous préparait.

Ce bilan ressemble aussi à celui  Jacques Chirac avant lui. Le centre droit est sinistré en France par l’étatisme et le socialisme. Là où depuis longtemps les conservateurs politiques et les libéraux ont trouvé un terrain d’entente dans les grandes démocraties qui nous entourent, la droite française reste avec un logiciel profondément étatiste. 

S’abstenir en 2012 était donc pour moi la chose la plus utile à faire pour plusieurs raisons.

a) D’abord la conviction que les socialistes de gauche ne pourront pas faire d’énormes bêtises – en tout cas pas beaucoup plus que la droite-. En 1981, l’état de grâce avait duré 18 mois. En 2012, il ne durera pas 18 minutes avant la faillite ou l’austérité larvée. La situation est de toute manière catastrophique et leur marge de manœuvre sera minuscule.

b) Ensuite pour sanctionner un mauvais bilan. Nous espérions un réformateur qui allait nous amener à un point A à un point B, nous avons eu danseur de salsa qui a beaucoup de fait de surplace en prétendant avancer.  Mis à part ses qualités de leader, la gestion de la crise de Nicolas Sarkozy n’est pas bonne, faisant la part belle à la planche à billets et aux montages approximatifs dont nous n’avons pas fini de subir les conséquences.

c) Enfin, la campagne de Nicolas Sarkozy entièrement axée vers les conservateurs politiques – eux aussi cocufiés d’ailleurs par son mandat- ne s’adressait par contre pas du tout aux libéraux. Elle alimentait même souvent l’hystérie anti-libérale qui a caractérisé cette campagne.  Si pendant la campagne un candidat de centre droit ne prend même pas la peine de s’adresser aux libéraux, cela donne une idée de ce que sera son mandat ensuite.

d) Enfin et surtout, s’abstenir c’était permettre au centre droit de profiter de la défaite pour remettre ses idées à l’endroit.  L’UMP devant les bêtises socialistes qui vont venir va, comme par hasard, retrouver des vertus au libéralisme.  S’il veut revenir au pouvoir, il ne pourra pas de toute manière le faire en faisant de la surenchère dans le socialisme.

Je vais donc subir pendant les prochaines années ce gouvernement socialiste, mais avec deux consolations que je n’ai pas eu pendant les 5 ans de Sarkozy, les 10 ans de la droite au pouvoir.

Je n’ai pas cautionné cette politique, ni voté pour leurs responsables.

La défense du libéralisme dans cet espace libéré par la défaite de la droite sera beaucoup plus efficace et permettra de réellement préparer l’avenir. Si ce calcul avait été fait bien plus tôt, nous n’en serions pas là en 2012.

Ce sont des maigres consolations par rapport à ce que j’aurais aimé –un vrai libéralisme aujourd’hui présent, renouant avec la tradition française de Benjamin Constant à Frédéric Bastiat et sortant notre pays de sa dépression profonde- mais en matière d’élections, même l’abstention peut n’être qu’un moindre mal.

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