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Abandon du numerus clausus bonne nouvelle pour les déserts médicaux français mais attention aux effets secondaires
©FRANCOIS GUILLOT / AFP

Etudes de médecine

Abandon du numerus clausus bonne nouvelle pour les déserts médicaux français mais attention aux effets secondaires

Si le gouvernement envisage , sans doute à juste titre, d'abandonner le numerus clausus pour répondre à la question du manque de médecins en France, le défi actuel nécessite d'autres actions pour satisfaire la demande.

Claude Le Pen

Claude Le Pen

Claude Le Pen est un économiste français, professeur à l'université Paris-Dauphine où il dirige le master d’économie de la santé. Il est président du Collège des économistes de la santé.

 
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Atlantico : Selon des informations de Franceinfo, la fin du numerus clausus (règle qui fixe le nombre de médecins à former) serait envisagée par le gouvernement % entre dans le cadre de la réforme des professionnels de santé. Alors que le nombre de généralistes a diminué de 8.7% entre 2007 et 2016, une telle réforme pourrait-elle répondre à la désertification médicale que connaîtrait le pays ? 

Claude Le Pen : C’est vrai que le nombre des généralistes baisse en France et, en termes de densité médicale, on se situe maintenant au milieu des pays de l’OCDE alors qu’on était plutôt en tête (3,4 médecins / 1000 habitants contre 4,2 en Allemagne, 4,0 en Italie et 3,8 au Royaume-Uni). Mais ce chiffre cache des disparités régionales et infra-régionales très importantes ainsi qu'entre spécialités médicales. Il ne reflète pas non plus l’évolution sociale de la pratique médicale, de la féminisation du corps médicale, et de l’aspiration des jeunes médecins, filles ou garçons, à équilibrer temps de travail et temps de loisirs, comme tout le monde. Ce qui a baissé plus que le nombre de médecins c’est le temps de disponibilité médicale avec des inégalités accentuées. Ce sont ces évolutions structurelles que le système de numerus clausus, un rationnement quantitatif aveugle et arbitraire a négligé. On est ainsi passé de 8.500 futurs médecins admis chaque année à poursuivre leurs étude à 3.500 dans les années 90. Ce qui donne aujourd’hui schématiquement un médecin qui s’installe pour 3 qui partent à la retraite !

On comprends que cela angoisse les français. Pourquoi cette baisse drastique dans les années 70-80. Parce qu’on craignait la « pléthore médicale » et son effet sur les dépenses de santé : plus il ya de médecins, pensait-on dans les ministères, plus il font de la médecine et plus ils coûtent cher à la Sécu ! Ce raisonnement de gribouille a conduit à la situation actuelle de rationnement relatif. Maintenant, fallait-il le remonter brutalement à 8.000 il y a dix ans ? Je n’ens suis pas sur.. Car avec le développement de la médecine en réseau, de la télé-médecine, des praticiens  étrangers appelés à la rescousse pour pallier nos manques, on risque d’avoir trop de médecins dans 10 ans ! Mais c’est l’effet de cet instrument de planification quasi-soviétique qu’il est effectivement temps de faire disparaitre.

Quelles seraient les démarches à entreprendre pour mieux anticiper les besoins de la nation ? 

Ce qui caractérise l’instrument « numérus clausus » c’est son incapacité à anticiper : on fixe le nombre de médecins en fonction du ressenti du moment (pléthore ou pénurie) en oubliant que l'étudiant sera sur le « marché » profesionnel 10 ou 15 ans après dans un contexte médico-socio-économique très différent. C’est une situation unique dans l’enseignement supérieur. Une solution serait laisser le marché opérer comme aux Etats-Unis mais ce n’est guère possible. On aurait à court terme une multiplication par 10 ou 20 des inscriptions dans des facs qui ne pourront pas faire face et, à long terme, des médecins désabusés qui devront se reconvertir. La solution, mais c’est la plus difficile, consiste effectivement à réfléchir à la médecine et aux médecins que vous voulons dans les 10 ou 15 prochaines années et à faire de la planification souple, diversifiée en fonction des situations locales et intelligente. La santé nécessite une vision à très long terme mais cela a été rarement le cas dans le passé.

Quelle est la réalité et les enjeux de cette désertification médicale ? Quelles sont les projections réalistes à faire en ce domaine à court et moyen terme ? 

A court terme, les réponses à la désertification et au changements pratiques médicales sont classiques. Création de maisons médicales, développement de télémédecine (on peut faire beaucoup de chose en téléconsultation), améliorations transports sanitaires, etc.  Mais la distance moyenne entre médecins et patients va augmenter de même que la taille des listes d’attente. Les Français n’ont pas été habitués à cela même si c’est courant au Royaume-Uni où, soit dit en passant, la médecine est excellente. Je n’ai pas de souci pour les pathologies graves qui resteront bien prises en charge dans ce pays, avec une bonne qualité de services et sans rationnement. Mais c’est pour la médecine du quotidien qu’on est en droit d’être inquiet, comme en témoigne la crise des « urgences ». Elle risque de souffrir bien qu'elle concerne tout le monde.

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