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Abandon de la réforme constitutionnelle : pourquoi François Hollande et Jean-Christophe Cambadélis doivent effectivement présenter leurs excuses
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Abandon de la réforme constitutionnelle : pourquoi François Hollande et Jean-Christophe Cambadélis doivent effectivement présenter leurs excuses

Ce 30 mars au matin, à l'issue du Conseil des Ministres, François Hollande a fait part à la France de sa décision. "J'ai décidé de clore le débat", a dit le Président de la République au sujet de la déchéance de nationalité et de la réforme de la Constitution. Après quatre mois de débats infructueux sur la question, François Hollande et Jean-Christophe Cambadélis ont donc décidé de faire porter le chapeau à la droite, et spécialement la droite sénatoriale.

Xavier Saincol

Xavier Saincol

 Xavier Saincol est haut fonctionnaire. Il s'exprime ici sous pseudonyme.

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Atlantico : Le Président de la République a annoncé, après son conseil des ministres du 30 mars, l'abandon de la réforme constitutionnelle. Revenons sur l'argumentaire porté par François Hollande et Jean-Christophe Cambadélis… jusqu'où chargent-ils la droite de cet échec ?

Xavier Saincol : J'estime que cet argumentaire proposé notamment par le Président de la République est assez mesquin, assez bas.

Le problème de cette idée qu'est la déchéance de nationalité, c'est qu'elle a été lancée dans des conditions très spécifiques, qu'on connait. Ensuite, elle s'est présentée comme une manœuvre politicienne destinée à obtenir une victoire politique. Nous savions tous que le concept n'avait pas de sens… et pour cause ! Il existait d'ores et déjà. L'article 25 du code civil fait déjà état de la déchéance de nationalité et à l'évidence cette mesure était inutile. Pour seule différence avec ce que mentionne l'article 25 du code civil c'est que, telle que proposée, la déchéance de nationalité pouvait engendrer des situations d'apatride. Or, il s'avère que cette mesure aurait été proprement et simplement inapplicable en cela qu'elle est contraire au droit international, qui interdit de générer de telles conséquences. Si l'on dresse un bilan de la déchéance de nationalité, on constate d'une part que cette "nouvelle mesure" existe en fait déjà et ne nécessitait pas nécessairement une révision. D'autre part sa nouvelle version n'aurait pas pu servir, puisqu'en opposition avec le droit international.

Inutile, certes, mais pas seulement : c'était aussi une manœuvre purement politique et électoraliste. Elle a été ressentie en tant que telle par tout un pan de la classe politique, réunissant à la fois des gens de droite et des gens de gauche ; et c'est pour cela qu'elle a échoué. C'est échec, indéniablement, ne relève pas d'eux : il relève pleinement et entièrement de la responsabilité du pouvoir actuel.

Quand Jean-Christophe Cambadélis prétend "présenter ses excuses" aux Français pour n'avoir pas su convaincre la droite "de rentrer dans l'union nationale pour renforcer notre droit dans la lutte contre le terrorisme", il est primordial de souligner son hypocrisie ! Une grande partie de la gauche ne voulait pas de cette réforme. Elle était même fondamentalement hostile au principe de déchéance de nationalité. N'oublions pas non plus – surtout pas – de lui demander de s'excuser auprès des Français d'avoir tenté de manipuler l'opinion ; particulièrement sur un sujet aussi grave que le terrorisme. Le tout, pour des raisons électoralistes. A mon sens, c'est plutôt à lui de s'expliquer.

Quant à François Hollande, qui rejette aussi la responsabilité de cet échec sur la droite, il convient de lui tenir le même discours. Encore une fois si cette mesure a été rejetée, c'est parce qu'elle n'avait pas le moindre intérêt pratique – comme l'a reconnu le Premier ministre – dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Ce n'était qu'une manœuvre politicienne et son rejet est logique : elle ne s'ancrait que dans une mesure électoraliste visant à faciliter la réélection du Président en 2017. C'est d'ailleurs très clair du rapport qu'ils peuvent avoir tout deux, François Hollande et Jean-Christophe Cambadélis, à la politique. Ils n'ont qu'une idée en tête, garder leur place. L'intérêt de la nation, l'intérêt général est totalement laissé de côté, au profit d'une logique sectaire qui consiste à mettre la droite en difficulté pour gagner des élections. C'est une triste image, et une image détestable de la politique. Heureusement, cela ne concerne que la gauche actuellement au pouvoir.

Pour conclure, rappelons que l'origine de cette affaire c'est la mort de 130 personnes – pas uniquement françaises – dans les rues de Paris et au Bataclan le 13 novembre 2015. Il est triste de voir ce que devient la politique, une basse opération de manipulation de la population, quand derrière le fond du problème est celui – primordial – de la sécurité des Français. François Hollande a tenté une opération de récupération, laquelle a échoué.

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