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A vos casseroles citoyens ! La patrie est en danger…
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Beaucoup de bruit pour rien

A vos casseroles citoyens ! La patrie est en danger…

Cet ustensile de cuisine est votre arme la plus puissante pour combattre le diable et la diablesse. De leurs vrais noms : François Fillon et Marine le Pen.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Français, Française, entendez-vous le bruit des casseroles sur nos plaines ? Français, Françaises, sortez de la paille les casseroles, les casseroles, les casseroles ! Français, Françaises, entendez-vous dans les campagnes mugir ces féroces casseroles ? Oui Français, vous aussi… Car, au nom de l'égalité des sexes, cette arme ne peut être réservée uniquement qu'à  vos femmes et à vos compagnes. Les cuisines sont désormais un arsenal pour tous et pour toutes. 

La frange militante à l'avant-garde de notre peuple a compris que la casserole était la plus noble conquête du révolutionnaire, de l'insoumis et de l'indigné. Seuls quelques rares attardés ou quelques femmes non libérées pensent encore qu'il s'agit d'un vulgaire ustensile de cuisine. Or il a sa beauté intrinsèque et se décline sur toute la gamme de la diversité que nous aimons tant. Il y en a des blanches,  des bronzées (celles en cuivre). Mais pas encore des noires… (Le CRAN va certainement y remédier).

Mais surtout, les casseroles sont une redoutable arme de destruction massive. Aucun François Fillon, aucune Marine Le Pen ne peut y résister.  Au demeurant, s'agissant de la candidate du FN il y a une certaine ambiguïté. Est-ce que les casseroles qui l'accueillent ne signifient pas : "reviens à tes fourneaux, mémère"! C'est difficile à prouver. Mais si tel était le cas, Marine Le Pen serait fondée à déposer plainte pour discrimination sexiste. 

Un peu de sérieux maintenant. Des casseroles, il y en a des dizaines de millions. Certaines sont en cuivre. Certaines sont en inox, les plus modestes en fer blanc. Evoquons dans un souci d'exactitude les casseroles avec bec verseur et les casseroles sans bec verseur. Ces dernières, selon les puristes, ne méritent pas le nom de casserole. Des vulgaires marmites tout au mieux. 

Ceux qui tapent dessus ne sont ni des millions, ni des milliers, ni même des centaines. Quelques dizaines tout au plus. Mais les médias leur prêtent une oreille attentive et s'emploient à amplifier des couinements, qui sans leur concours resteraient inaudibles. Qui n'a pas entendu ou lu : "François Fillon a été accueilli par un concert de casseroles"? Qui d'entre vous a réussi à échapper à l'obligatoire : "des contestataires munis de casseroles ont réservé un bruyant accueil à Marine Le Pen"? 

Il y a quelques jours, des caméras et des micros étaient place du Trocadéro pour filmer les dizaines de milliers de personnes venues acclamer François Fillon. Au même moment, il y avait tout autant de caméras et de micros, place de la République ou quelques dizaines d'infatigables tambourinaient contre Fillon sur leurs casseroles.  Comme quoi un vagissement peut, par une miraculeuse alchimie, se transformer en coup de tonnerre. 

Dans nos colonnes, Gilles Lipovetsky avait pronostiqué l'arrivée de l'ère du vide, Il s'est trompé : c'est de la naissance de l'ère de la casserole qu'il aurait dû parler. Cet objet a des vertus magiques car il permet enfin à des individus capables seulement d'émettre des onomatopées, d'exprimer de façon sonore, la richesse de leurs sentiments et les complexités de leur âme. C'est pourquoi les médias les aiment. Pendant la période élisabéthaine, Shakespeare écrivit une délicieuse comédie : "Beaucoup de bruit pour rien". Et pourtant il ne connaissait pas la France de 2017.

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