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Joe Biden renseignement défense infox
Joe Biden renseignement défense infox
©ANGELA WEISS / AFP

Guerre de l'information

A propos d’infox : la tentation de Joe Biden de suivre la politique des néoconservateurs

Alors que des nombreuses "infox" ont été publiées par la Turquie ou la Russie, l'administration américaine et l'arrivée de Joe Biden pourrait faire basculer la guerre de l'information. L'évolution de la politique de défense et de renseignement des Etats-Unis sous l'ère Biden est susceptible d'évoluer.

Alain Rodier

Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Son dernier livre : Face à face Téhéran - Riyad. Vers la guerre ?, Histoire et collections, 2018.

 

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Les armées et leurs chefs politiques, le président Emmanuel Macron et la ministre de la défense Florence Parly mettent en avant les infox publiées par la Russie et la Turquie. Si ce constat est loin d’être faux, il reste cependant incomplet car bien d’autres puissances utilisent le moyen de la guerre de l’information pour affaiblir la France. Il semble par exemple que la Chine est concernée mais ce n’est pas le sujet de ce billet. Tout le monde politique, intellectuel, journalistique français semble oublier les États-Unis.

Au moins, le président Donald Trump avec ses tweets incendiaires, ses écarts de langage et son comportement de malotru (exemple, le "broyage" de main avec le président Macron lors de sa première visite en France), exprimait le fond de sa pensée ayant même évoqué l’"ennemi européens" même s’il parlait alors plutôt le concurrent économique et le fait que la vieille Europe profitait du parapluie américain sans consacrer assez de fonds à l’OTAN…

Avec la nouvelle administration de Joe Biden, les cercles d’influence en Europe le présentent comme le "messie" qui va enfin apporter un peu de tenue aux débats. Il est vrai qu’il va adopter un langage plus châtié et plus diplomatique. Mais c’est oublier un peu vite qu’il se présente en leader du "monde libre" qui a l’intention de retrouver sa place dans le concert des nations - et pas seulement avec des moyens pacifiques -. L’influence US va si loin qu’elle avait même fait décerner le prix Nobel de la Paix à Obama alors qu’il déclenchait des conflits à tout va et intensifiait de manière significative les assassinats ciblés (selon ses mémoires, cela lui faisait de la peine mais il devait bien démontrer sa volonté de lutter contre le "terrorisme " sans se risquer à désigner clairement l'ennemi, le "terrorisme" n'étant qu'une méthode de combat). Il a également dit tout le bien qu’il pensait du président Sarkozy dans ses mémoires mais quand il était en fonction, il était resté diplomatiquement correct…

Biden suit la politique des neoconservateurs très actifs aux États-Unis et en particulier au sein des Démocrates. Ainsi, le 12 janvier, le directeur exécutif de l’ONG Human Rights Watch, Kenneth Roth, a estimé que la France "semble assimiler l'islam en général à la menace terroriste". Ils se dit "préoccupé par la manière dont le gouvernement français a répondu à la menace terroriste […] Oui, il y a des actes de violence (1), mais le gouvernement semble assimiler l'islam en général à la menace terroriste, et c'est une énorme erreur". Et pourtant, force est de constater sur le terrain que la grande majorité des terroristes que combat la France sur son sol et à l’extérieur n’a qu’un genre de textes de référence, ceux qui sont la colonne vertébrale de l’islam : le Coran, les Hadiths et la vie de Mahomet. Or ces derniers qui les inspirent en permanence sont bien loin d’une "religion d’amour et de paix". Pour s’en rendre compte, il suffit de lire les textes. Certes, l'immense majorité des musulmans ne se livre à aucune violence. La raison est simple : ils n'appliquent pas ce qui est écrit et qui est présenté comme la parole de Dieu qui n'a pas le droit d'être interprétée. Les guerres à l'intérieur de l'islam (qui constituent la grande la majorité des victimes) ont aussi des causes religieuses: chiites contre sunnites et à l'intérieur du sunnisme, salafistes contre les Frères musulman, contre les wahhabites et tous ceux qu'ils considèrent comme des "apostats". 

Le summum est atteint quand Roth déclare que "La France, en dépit de sa tradition de laïcité, doit trouver un moyen de respecter le droit des gens à croire et à manifester leur croyance, tant qu'il n'y a pas de violence(2)…". Heureusement que Roth n’a pas fait ces déclarations avant la Seconde guerre mondiale. Il aurait été catalogué comme un sympathisant de l’Allemagne, de l’Italie et du Japon… D’ailleurs, pour contrer cette menace visible, certains cercles d’influence mettent en avant celle représentée par l’extrême droite "identitaire". Leurs actions sont totalement condamnables mais leur "inspiration" n’est pas unique comme dans le cas du terrorisme d’origine islamique radicale. Et il est vrai que le "moyen terroriste" peut être utiliser pour toute cause qui a décidé de passer à l'acte.

Pour mémoire, l’ONG en question est largement financée par le milliardaire américain George Soros qui souhaite l’établissement de la "démocratie" de type américain sur la planète et qui se montre très actif à utiliser tous les moyens à sa disposition pour y parvenir.

Pour résumer, la nouvelle administration Biden ne va pas plus aider ses alliés occidentaux (qu’elle considère comme ses vassaux) que la précédente. Ceux qui attendent le miracle vont être déçus car il va défendre les intérêts de ses administrés par lesquels il a été élu - et cela tout à fait logiquement -. Mais au fond, sur le plan international, il est certainement plus "internationaliste" que Trump car les Démocrates en général se sentent investis d’une "mission" de type "évangélisation" à la Démocratie vers tous les "mécréants" de la planète. Il va être intéressant de voir ses intentions vis-à-vis de l’Arabie saoudite dont le prince Mohamed Ben Salman (MBS) a été soutenu par Trump, non pour des raisons morales mais dans l’intérêt des États-Unis.

(1) note de l’auteur : vraiment ? Le président Obama n’a pas jugé bon de se déplacer après l’attentat dirigé contre Charlie Hebdo ; le président Chirac était le premier à venir à New York après le 11/09/2001. Les contentieux entre Paris et l’administration Obama sont nombreux : incarcération d’un grand cadre d’Alsthom, refus au dernier moment d’intervenir en Syrie, etc.

(2) encore heureux…

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